En collaboration avec sa jeune fille Mila Cool, Maggy Flynn a installé son camion Grumman dans la cour de l’usine Polytech, vendredi. L’imposant bolide est en réalité un prétexte pour faire naître un espace créatif de rencontre et d’interaction.

L’artiste Maggy Flynn à l’assaut du parc industriel de Granby

On ne penserait pas se rendre au parc industriel de Granby pour faire des rencontres. Les camions lourds, la fumée émanant des bâtiments et le bruit dominent l’ambiance. À travers ce brouhaha, l’artiste Maggy Flynn s’intéresse toutefois à ce qui se cache à l’intérieur des usines : les humains.

En compagnie de sa jeune fille Mila Cool, Maggy Flynn a installé son camion Grumman dans la cour de l’usine Polytech, vendredi.

L’imposant bolide est en réalité un prétexte pour faire naître un espace créatif de rencontre et d’interaction. Il a d’ailleurs attiré le regard des passants à quelques reprises.

Le projet Punch ta pause se veut une démarche exploratoire visant à connaître la réalité quotidienne des travailleurs et travailleuses d’usine, « ceux qui sont au service de notre société, mais qu’on ne met jamais sur un piédestal », note l’artiste.

Lors de sa première résidence au 3e Impérial, centre d’essai en art actuel, en mai 2018, Maggy Flynn a fait du repérage à travers Granby, à la recherche d’une communauté intéressante avec laquelle entrer en contact. Le parc industriel lui est rapidement tombé dans l’œil.

« Ça a été le lieu qui m’a le plus intrigué, parce que tu vois qu’il y a de la vie, mais on ne voit personne nulle part. On voit juste des grosses usines partout et des autos. La machine fonctionne, mais tu ne vois pas les travailleurs », relate celle qui s’apprêtait à terminer sa deuxième résidence au 3e Impérial lorsque La Voix de l’Est a voulu en apprendre davantage sur son projet hors du commun.

L’artiste multidisciplinaire profite de la pause de quelques minutes des employés pour échanger avec eux, leur offrir un café ou un biscuit dans l’optique d’engendrer la discussion.

Martin Boisvert, directeur d’usine chez Polytech, a accepté d’accueillir Maggy Flynn et sa fille pour les aider à faire évoluer leur projet. Il se dit même ouvert à les accueillir à nouveau en septembre prochain, lors de la troisième résidence de Maggy Flynn.

Vendredi matin, la pause de ses employés a été toute spéciale alors qu’une dizaine de personnes discutaient à l’extérieur et exploraient le camion aménagé.

Le temps

Non seulement Maggy Flynn explore l’art relationnel, mais elle se penche inévitablement sur la notion du temps au travail.

« Les pauses, c’est bien, mais tu es comme en latence. Tu as un moment de liberté, mais tu n’es pas libre parce que tu as juste 10 ou 15 minutes. Tu es restreint dans ta liberté », observe-t-elle.

Elle a donc obligé les travailleurs et elle-même à susciter des rencontres improbables.

« Je m’oblige à une observation, à être sur le terrain dans un milieu que je n’ai jamais expérimenté avant », dit-elle.

Maggy Flynn demande aux travailleurs d’usine d’imiter la position ou le geste le plus fréquent qu’ils exécutent au travail. Elle croque ainsi au vif une posture hors contexte qui amène le sujet à se questionner sur sa posture au travail.

C’est ce qui l’a amené à réaliser que ces lieux de travail « manquaient de couleurs » et que les rencontres étaient moins faciles que dans un parc, par exemple.

D’autant plus qu’avec le manque d’employés dont souffre Polytech, le stress de la productivité a un impact sur les travailleurs, qui doivent plus que jamais respecter leur temps de pause, observe Maggy Flynn.

Il est intéressant de savoir que tous les projets du 3e Impérial sont des projets axés sur l’art infiltrant et la création de liens avec la communauté.

Punch ta vie s’inscrit dans le cycle d’exploration du 3e Impérial Trancher dans le vif du Temps : Infuser/Diffuser.

« Comme on travaille avec la communauté, le centre d’artistes a une approche de coproduction. On discute beaucoup des projets avec les artistes. On veut les aider à faire des démarches pour que les projets prennent forme », souligne Marie-Claude De Souza du 3e Impérial.

Le corps

Outre la création d’un espace relationnel, Maggy Flynn s’intéresse au corps et à sa posture en situation de travail.

Lorsque l’heure est venue de retourner à l’intérieur pour les travailleurs, Maggy Flynn leur propose d’imiter la position ou le geste le plus fréquent qu’ils exécutent au travail.

Elle croque ainsi au vif une posture hors de son contexte qui amène le sujet à se questionner sur sa posture au travail.

Elle songe d’ailleurs à amener cette dimension à un autre niveau.

« Peut-être qu’il y aura une autre étape à ça », lance-t-elle.

Maggy Flynn et Mila Cool ont entre autres visité l’écocentre et ont passé du temps avec le propriétaire d’une cantine mobile entre le 14 et 23 août.

Elles ont même préparé un dîner mexicain à quelques travailleurs des usines Supra et GNR Corbus.

Les deux complices retournent à Montréal samedi, mais il ne faut pas s’inquiéter puisqu’elles seront de retour juste à temps pour les Journées de la culture se déroulant du 27 au 29 septembre, alors que Maggy Flynn entamera sa troisième résidence au 3e Impérial.

Peut-être aurez-vous l’occasion de discuter avec elles…