L'attaque chimique attribuée par certains à Bachar Al-Assad a fait au moins 87 morts, dont une trentaine d'enfants, et un grand nombre de blessés mardi à Khan Cheikhoun, à 100 km d'Alep.

L'angoisse au coeur

La guerre fait de plus en plus de victimes en Syrie. Pendant ce temps, à Granby, une famille a le coeur tordu d'angoisse à l'idée que ses proches restés à Alep fassent partie des victimes.
L'attaque chimique attribuée par certains à Bachar Al-Assad a fait au moins 87 morts, dont une trentaine d'enfants, et un grand nombre de blessés mardi à Khan Cheikhoun, à 100 km d'Alep. La mère, le frère et deux soeurs d'Ammar sont toujours à Alep, de même que le frère et la soeur de sa femme, Rana. Ils rappellent qu'il ne s'agit pas de la première attaque du genre en Syrie. 
La première, en 2013, avait été encore plus dramatique. Le massacre de la Ghouta avait coûté la vie à plus de 1000 personnes en banlieue de Damas.
« Quelle est la différence entre une attaque chimique et des bombes qui tuent la population ? Pourquoi est-ce qu'ils décident d'agir seulement quand il y a une attaque chimique ? », se questionne le père de famille dans la langue de Shakespeare. « Le monde agit seulement quand ils voient cette attaque, mais ils nous tuent par toutes les armes, pas seulement avec le gaz sarin. Je ne peux pas le comprendre. Mon pays fait 186 000 km carrés seulement. Comment ça se fait que le monde ne puisse pas nous aider à arrêter cette guerre ? »
« Parce qu'ils ne veulent pas nous aider », laisse-t-il tomber avec amertume.
Les personnes visées par les bombardements du gouvernement syrien sont des citoyens, critiquent Ammar et ses fils, Mohammad et Abdulrahman. 
« Je ne veux plus regarder les nouvelles parce que c'est comme si quelqu'un m'enfonçait un couteau dans le coeur, confie Abdulrahman, 21 ans. Ça me rend trop triste. Nous voyons que les gens en Syrie ne peuvent pas vivre une belle vie. C'est difficile de voir tous ces gens mourir, être tués. »
Un jeu ?
Quant au récent tir de 59 missiles américains sur une base aérienne syrienne, « je pense que c'est un jeu, dit le père de famille. La Russie et Bachar Al-Assad sont une équipe. Les Américains ont averti les Russes. Et c'est sûr que les Russes ont averti Al-Assad pour qu'ils quittent le secteur. Rana croit que si les Américains veulent en finir avec la guerre, ils peuvent le faire en cinq minutes avec les armes nucléaires. »
D'un autre côté, ils ne voient pas la dernière attaque américaine d'un bon oeil, craignant qu'elle provoque le régime de Bachar Al-Assad et qu'il attaque de nouveau la population avec des gaz toxiques.
Le coeur brisé
Dans tous les cas, la famille se trouve privilégiée d'avoir pu émigrer au Québec il y a quatre mois. S'exprimant en anglais, les parents et leurs trois fils racontent avoir quitté Alep pour l'Égypte. Ammar et Mohammad en premier il y a quatre ans, Rana, sa fille et ses deux autres fils, dont le plus jeune Amr, un an plus tard. Leur fille est restée en Égypte pour se marier. 
Ils ont eu la chance d'avoir les moyens financiers et physiques de fuir quand il était encore temps. Le reste de la famille a eu moins de veine.
« Les gens de notre pays avaient une bonne vie, commente Mohammad, 20 ans. Nous allions à l'université, nous travaillions fort, nous étudiions fort pour gagner notre argent, pour développer et élever notre pays. Mais il y a des gens qui ne veulent pas être en paix. »
Ils se désolent de voir leur pays être réduit en poussières. « La plus vieille capitale du monde est Damas. Maintenant, tout est détruit, comme les châteaux et les musées, souligne Mohammad­. Ce que vous voyez à la télévision, c'est seulement 2 % de la réalité. »
« Pour notre ville, Alep, c'était une ville de manufactures, poursuit son père. Maintenant, tout est détruit. Avant, il y avait 6 millions de personnes à Alep. Maintenant, c'est 700 000 personnes. Tout le monde est parti, mort, ou prisonnier. »