La municipalité de Rougemont a modifié son règlement de zonage pour permettre à des producteurs de tenir des «tables champêtres». Cette mesure devrait faciliter le cheminement de leurs demandes devant la CPTAQ, estime le maire Michel Arseneault.
La municipalité de Rougemont a modifié son règlement de zonage pour permettre à des producteurs de tenir des «tables champêtres». Cette mesure devrait faciliter le cheminement de leurs demandes devant la CPTAQ, estime le maire Michel Arseneault.

«L’agrotourisme ne va pas à l’encontre de l’agriculture»

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Le tourisme a beau en prendre pour son rhume ces jours-ci, cela n’a pas empêché les maires de Rouville d’adopter une résolution pour demander divers amendements à la Loi sur la protection des territoires et des activités agricoles afin de rendre celle-ci plus souple à la réalité des producteurs d’aujourd’hui qui souhaitent ajouter un volet agrotouristique à leur entreprise.

Dans la longue résolution adoptée mercredi soir, les maires demandent à Québec d’ajouter le volet économique à la notion d’agrotourisme définie dans la loi.

Ils suggèrent de modifier un article de celle-ci afin que la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) puisse prendre ses décisions toujours à partir d’avis de non-conformité aux schémas d’aménagement, mais aussi à partir d’avis de conformité motivés, et de revoir certains critères décisionnels du mandat de la commission pour prendre en compte l’aspect économique des activités agricoles.

Le conseil de la MRC de Rouville fait valoir que « les producteurs agricoles ne sont pas de simples cultivateurs ou éleveurs, ils sont de véritables entrepreneurs qui mettent en valeur les potentiels de développement du territoire ». Celui-ci étant à près de 90 % en milieu agricole, l’agrotourisme constitue une porte de sortie pour la diversification des activités dans Rouville, en plus d’être un important moteur économique qui mettrait en valeur les produits locaux.

« L’agrotourisme n’est pas considéré comme de l’agriculture aux yeux de la loi, déplore le préfet Jacques Ladouceur. Il faudrait mettre la loi au goût du jour, parce que les fermes, ce sont rendu des business. Il y a les produits maraîchers, les vergers, mais aussi tout plein d’activités agritouristiques autour de ça. Et parfois, la loi complique la vie de nos producteurs. »

Denis Paquin, maire de Sainte-Angèle-de-Monnoir, considère que la loi doit être assouplie pour s’adapter à la réalité des producteurs agricoles.

Par exemple, la municipalité de Rougemont a récemment modifié son règlement de zonage pour permettre l’usage « table champêtre » dans certains secteurs agricoles. Des producteurs souhaitent effectivement diversifier leur offre de services en permettant aux visiteurs de découvrir leurs produits dans un contexte agrotouristique et cette mesure devrait faciliter le cheminement de leurs demandes devant la CPTAQ.

« On en a déjà beaucoup qui le font, mais on a deux gros producteurs ici pour qui c’est un problème, précise le maire Michel Arseneault. Là où le bât blesse, c’est au niveau des places assises, dans les tables champêtres, les salles de réception, alors que la viabilité du projet dépend vraiment de la capacité d’accueil de l’entreprise. Mais on aura beau faire des ajustements, ce sera toujours la CPTAQ qui aura la décision finale. »

Moderniser sans se tirer dans le pied

« C’est un règlement qui date de plus de 30 ans, on considère que certains assouplissements sont nécessaires pour s’adapter à la réalité d’aujourd’hui, sans perdre de vue son objectif premier de protéger les terres agricoles, croit pour sa part Denis Paquin, maire de Sainte-Angèle-de-Monnoir. C’est une question de gros bon sens. À notre point de vue, c’est sûr que de faire pousser une carotte, ce n’est pas la même chose que d’avoir une table champêtre, mais c’est une manière de faire rayonner notre agriculture et de mettre en valeur les produits locaux. L’agrotourisme ne va pas à l’encontre de l’agriculture. »

Le maire de Saint-Paul-d’Abbotsford, Robert Vyncke, abonde en ce sens. « La loi est très vieux jeu, on parle de fermes et la notion d’agriculture y est très limitée », dit-il.

L’élu est toutefois d’avis que la modération est de mise lorsqu’il faut permettre de nouveaux projets agrotouristiques sur le territoire afin de ne pas saturer le marché et nuire davantage à ceux qui sont déjà en affaires.

« On veut permettre un minimum de projets, bien encadrés, dit-il. Il ne faut pas ouvrir la porte tous azimuts. »