On voit ici Élizabeth Groulx-Tellier, coordonnatrice de projets en environnement pour l’ACBVLB et son collègue Sébastien Fortin, lors d’une opération sur le lac Bromont.
On voit ici Élizabeth Groulx-Tellier, coordonnatrice de projets en environnement pour l’ACBVLB et son collègue Sébastien Fortin, lors d’une opération sur le lac Bromont.

Lac Bromont: les algues bleues reculent, le myriophylle à épi prolifère

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Alors que les cyanobactéries, les fameuses algues bleues, perdent du terrain dans le lac Bromont depuis l’épandage de Phoslock, certaines plantes envahissantes continuent de proliférer rapidement. C’est le cas du myriophylle à épi. Plusieurs options pour contrôler la propagation de cette plante aquatique nuisible ont été dévoilées, mercredi, par l’Association de conservation du bassin versant du lac Bromont.

Le bilan de santé global du lac Bromont s’améliore. Le myriophylle à épi demeure toutefois dans la mire de l’ACBVLB. À la demande de riverains, l’Association a fait un état de la situation. Comme il est quasi impossible d’éradiquer complètement cette plante exotique envahissante, des mesures pour freiner sa propagation dans le plan d’eau devront être mises en place sous peu.

Les premiers herbiers de myriophylle à épi ont été aperçus dans le lac Bromont en 2012, a indiqué lors de la présentation la coordonnatrice de projets en environnement pour l’ACBVLB, Élisabeth Groulx-Tellier. Ils sont recensés depuis 2016. Par ailleurs, huit étangs qui ont un embranchement dans le lac, sur un total de 52, ont été contaminés par le myriophylle à épi, a révélé une étude réalisée il y a quatre ans.

De 2017 à 2019, la plante envahissante a proliféré de 18% dans le lac Bromont. À ce jour, le myriophylle couvre l’équivalent de 6% de la superficie du plan d’eau.

Selon Élisabeth Groulx-Tellier, la baisse du niveau de l’eau du lac est une des principales causes de l’accroissement du myriophylle.

«Entre 2017 et 2019, le niveau de l’eau a baissé d’environ 20 cm. Essentiellement parce que la porte du barrage a été laissée ouverte. Avec la transparence de l’eau qui augmente, ça fait en sorte que de nouveaux habitats sont disponibles pour ces plantes», a-t-elle expliqué.

La myriophylle à épi a grandement proliféré de 2017 à 2019.

Prévention

Quatre axes de prévention ont été évoqués par l’Association. La sensibilisation des usagers et des riverains en fait partie.

«C’est important de savoir reconnaître la plante pour éviter de la propager», a fait valoir un collègue de Mme Groulx-Tellier, Sébastien Fortin. Un des principaux comportements à adopter consiste à éviter la fragmentation des tiges du myriophylle, «une des méthodes de reproduction favorites de la plante». Retirer les résidus des berges est également une saine pratique.

Le nettoyage d’embarcations est aussi à préconiser. D’ailleurs, une station de lavage sera installée aux abords du lac, a confirmé la Ville.

Le suivi de l’évolution des herbiers a également été évoqué. «C’est vraiment un problème de bassin versant et non uniquement un problème du lac», a souligné M. Fortin.

Notons que les fragments de myriophylle survivent trois heures hors de l’eau et 35 heures dans des conditions humides, a mentionné le représentant de l’Association.

L’aménagement de zones restreintes d’accès devrait aussi être envisagé. Celles-ci seraient balisées par des bouées. «On voudrait que ça demeure les icônes de la lutte au myriophylle à épi dans le lac», a dit Sébastien Fortin durant la présentation.

Contrôle

L’arrachage manuel et mécanique puis le recouvrement des herbiers à l’aide de jute ou de matériel synthétique sont deux façons de contrôler l’expansion du myriophylle à épi.

Le faucardage, l’option préconisée dans le lac Boivin à Granby, ne l’est toutefois pas dans le lac Bromont. «Lorsqu’on fait du contrôle mécanique, le lac demeure inaccessible en partie. Ce n’est donc pas une méthode avantageuse pour nous, a indiqué Sébastien Fortin. Et ça ne permet pas de gérer les fragments.»

L’arrachage manuel est néanmoins dispendieux. On parle, selon l’ACBVLB, de 2000$/jour. Concernant le recouvrement, une toile de deux mètres carrés couvre une superficie d’herbier deux fois inférieure. De plus, cette technique nécessite un minimum de 10 personnes et cinq plongeurs ainsi que quelques embarcations.

Les tarifs varient en fonction du matériau choisi: la jute coûte entre 4,50$ à 5,75$/mètre carré (incluant l’implantation), tandis qu’il faut débourser environ 18$ le mètre carré pour de la toile synthétique. Ce dernier a l’avantage d’être réutilisable, alors que la jute se décompose après trois à cinq ans.

Selon la méthode de contrôle retenue, des autorisations du ministère de l’Environnement peuvent être requises. Toute demande en ce sens doit émaner d’une municipalité.

Cette carte montre la propagation de la myriophylle par secteur dans le lac entre 2017 et 2019.

Stratégie

L’ACBVLB privilégie une stratégie en trois axes. Premièrement, documenter l’évolution des herbiers dans le lac. Deuxièmement, miser sur la prévention, par le biais du balisage de zones restreintes déjà identifiées, une station de lavage et la sensibilisation des usagers. Le dernier point consiste à former un comité de lutte au myriophylle.

Ce groupe devra élaborer un plan d’action, déterminer les secteurs d’intervention prioritaires et les méthodes de contrôle. À cela s’ajoutent la recherche de financement et les demandes d’autorisation ministérielles, le cas échéant.

L’Association privilégierait l’utilisation de jute pour recouvrir les herbiers. «On trouve que le recouvrement est une des méthodes les plus documentées et son efficacité est prouvée», a fait valoir Élizabeth Groulx-Tellier. De telles initiatives ont notamment été réalisées dans le lac Lovering (près de Magog) et le lac Brompton. Selon les estimations de l’organisation, il en coûterait près de 32 000$ pour couvrir le myriophylle dans le secteur des deux plages du lac. La facture grimperait à environ 300 000$ pour une telle intervention dans l’ensemble du plan d’eau.

Pour le moment, peu de programmes gouvernementaux subventionnent ce genre d’initiative verte. La facture est, la plupart du temps, assumée par les municipalités et les riverains. Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires de la Ville de Bromont, jeudi.