Zachary Dubé-Enright, en compagnie de sa mère, Sara-Kim Enright, et de sa chienne Mira, Argentina.

La zoothérapie, une façon de sortir de sa coquille

Zachary Dubé-Enright fait partie de ceux que la zoothérapie a aidés à gérer leurs émotions et à évoluer en tant qu’êtres humains. Diagnostiqué autiste à trois ans, le jeune garçon, aujourd’hui âgé de 7 ans, s’est littéralement épanoui à travers les services du Centre de zoothérapie de Granby, dirigé par Nadia Lessard.

« Pour communiquer avec nous, il nous pinçait, nous mordait ou nous griffait. Donc, il avait beaucoup de violence envers nous, raconte sa mère Sara-Kim Enright. Je ne savais pas quoi faire pour le contrôler. »

Quelque peu en détresse et en attente des services du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement de la Montérégie-Est (CRDITED), les parents se sont tournés vers la zoothérapie.

De l’âge de 3 à 4 ans, Nadia Lessard a accompagné Zachary une fois par semaine pour travailler sa motricité fine et globale par l’entremise du chien Rosette, un caniche royal, et du cochon d’Inde Pinky. « On a réussi à le sortir de sa coquille », lance Mme Lessard.

Un prétexte

La zoothérapeute explique que l’animal est en réalité un prétexte pour entrer en contact avec la personne. « L’animal fait le lien pour lancer une discussion ou pour avoir un contact visuel, par exemple avec une personne ayant une déficience intellectuelle », explique-t-elle.

À son avis, pour exercer ce métier, il faut d’abord et avant tout avoir un amour infini envers l’être humain.

« L’animal vient t’accompagner : c’est un collègue de travail. J’ai besoin de lui pour faire de la zoothérapie parce que sinon, ce serait juste de la thérapie », souligne Mme Lessard.

Zachary s’occupait, par exemple, de nourrir Rosette ou Pinky. « Ce n’était pas des gros projets. Pour lui, c’était assez et ça le détendait beaucoup », souligne Mme Enright.

Qu’est-ce qui explique qu’un animal puisse faire le pont entre l’intervenante et un petit garçon autiste ? « Un chien ne te juge pas, pardonne tout et est beaucoup plus patient qu’un humain », croit Sara-Kim Enright, reconnaissante que Mme Lessard ait croisé sa route.

« C’est grâce à elle qu’on a découvert que Zach aimait autant les animaux et que ça marchait aussi bien avec lui. C’était la meilleure décision pour lui, assure sa mère. Zach faisait des crises et avec les chiens, il se calmait. »

La mère de quatre enfants — dont un qui est atteint du syndrome d’Asperger — souligne la patience de Mme Lessard. « J’ai une admiration sans bornes pour elle. Zach essayait de la mordre et jamais elle ne se fâchait », se souvient-elle.

Nadia Lessard est zoothérapeute depuis 7 ans. Elle est accompagnée de Rosette, Ohana et Frimousse.

La zoothérapeute relève qu’il importe de comprendre l’élément dans l’environnement de l’enfant qui le pousse à agir de la sorte.

« Je suis là pour accompagner l’être humain dans ce qu’il est sans jugement. Que je parle avec quelqu’un qui a une déficience intellectuelle ou qui a l’Alzheimer, je vois seulement un être humain qui a besoin d’avoir un contact », ajoute celle qui s’est lancée en zoothérapie après une dépression majeure qui l’a poussé à changer de carrière.

Transition

La zoothérapeute a accompagné la famille granbyenne pendant une année, le temps qu’elle ait accès aux services du CRDITED. Avec l’aide d’une éducatrice spécialisée, Zachary a dû apprendre la base pour aller à l’école. « Il n’était pas propre, il ne parlait pas et il n’aimait pas avoir les gens autour de lui. Il avait aussi beaucoup de misère à manger », se rappelle Mme Enright.

Même si le jeune garçon n’a désormais plus recours à la zoothérapie — qui a agi à titre de transition dans son cheminement — il participe toujours au camp de jour d’été du centre, où il apprend à socialiser, jouer et partager avec les autres.

« Zachary est parti d’un petit garçon introverti qui s’ouvre et cherche de plus en plus à entrer en contact avec les autres. C’est ça qui est beau à voir », indique Mme Lessard après avoir suivi l’évolution de Zachary pendant près de quatre ans.

Autonomie et assistance continue

Les animaux aident également à développer l’autonomie de l’enfant, car l’animal est dépendant de lui pour manger, boire ou faire ses besoins.

Mme Enright croit effectivement que toutes ces expériences ont fait gagner beaucoup d’autonomie à son fils. « Il est plus responsable et plus indépendant », remarque-t-elle.

À l’âge de cinq ans, après trois ans d’attente, Zachary a finalement reçu sa chienne Mira, Argentina. Elle viendra non seulement solidifier sa confiance, mais aussi sa gestion de ses émotions.

« Depuis qu’il a son chien, c’est comme s’il avait quelqu’un à s’occuper, alors ça lui donne confiance. Il devient autonome parce qu’il veut s’occuper de son chien sans ses parents », mentionne Mme Enright.

« Avant d’avoir son chien, il n’était pas propre la nuit, faisait des crises et des fugues », énumère sa mère.

Elle relève qu’Argentina est une deuxième partie de lui : « sa sécurité ». Elle arrive à détecter lorsqu’il ne va pas bien avant même que ses parents le remarquent.

Bien qu’un chien Mira aide l’enfant à pousser ses limites, la zoothérapeute met toutefois en garde qu’avoir un tel animal n’est pas de la zoothérapie à temps plein. « C’est un chien d’accompagnement qui est entrainé pour que l’enfant se sente bien en sa présence. Pour faire de la zoothérapie, ça prend un triangle : le zoothérapeute, l’animal et le client », plaide-t-elle.

Dès le mois de mars, Zachary pourra passer à la prochaine étape : celle d’amener son chien à l’école, le seul endroit où Argentina ne pouvait pas encore accompagner son fidèle maître.

BÉNÉFIQUE POUR TOUS, Y COMPRIS LES PERSONNES ÂGÉES 

Nadia Lessard va surtout à la rencontre des gens dans les écoles et les CHSLD. Elle soulève que la zoothérapie peut être bénéfique pour les personnes en deuil, en transition et même en fin de vie. 

Si la zoothérapie développe l’autonomie chez les enfants, il en va de même chez les aînés. Dans les CHSLD, l’animal peut motiver la personne à aller marcher, par exemple. Les animaux éveillent également quelque chose de particulier chez les personnes ayant des troubles cognitifs:  « Je voyais une dame Alzheimer pendant trois ans avec mes deux chiens. Un moment donné, je suis venue avec juste un d’entre eux et elle m’a demandé: il est où l’autre? Le coeur s’était souvenu de ce que la tête ne se souvenait pas », observe Mme Lessard. 

Cette dernière travaille beaucoup la mémoire avec ses animaux. Voir un chien, rappelle à l’aîné un chien qu’il a déjà eu. Ce simple souvenir peut ouvrir la discussion entre l’aîné et la zoothérapeute.

 « Les gens se souviennent des animaux avant moi et c’est correct parce que c’est eux qui entrent en contact avec les gens », lance Mme Lessard.