Les voici (enfin, en partie !) : les nouveaux propriétaires de La Voix de l’Est.

La Voix de l'Est continue!

CHRONIQUE / « P’pa, on va-tu être correct ? » Cette question, mon fils aîné me l’a posée vers 14 h 30, le 19 août dernier. Le souvenir que j’en ai est très clair.

Attablés dans un ancien poste de police transformé en microbrasserie de la vallée de la Matapédia, mes deux fils, ma blonde et moi étions dans une torpeur loin de nous caractériser.

Quelques instants avant de faire cet arrêt, dans les derniers jours de nos vacances d’été passées là où la Terre finit et où les ondes cellulaires n’ont que bien peu d’emprise, j’apprenais que mon employeur, Groupe Capitales Médias, propriétaire de La Voix de l’Est, était en faillite.

La question de mon ado était tout à fait légitime. Il s’inquiétait pour moi, pour l’impact que la fermeture du journal aurait sur ma vie, sur nos vies.

Moi, je m’inquiétais plutôt pour ma gang.

Je suis du genre à sauter dans l’action plutôt qu’à y assister tel un spectateur. Savoir que l’avenir de notre journal se jouait alors que j’étais à plusieurs centaines de kilomètres de la salle de rédaction, sans pouvoir sentir le pouls de mes collègues, les écouter, leur parler et partager leurs inquiétudes, c’était invivable.

Nous sommes passés bien près de la fin, ce jour-là.

Que je puisse vous écrire aujourd’hui, dans les pages papier ou numériques de La Voix de l’Est, tient du miracle.

Mais ce miracle n’est pas le fruit d’un acte divin. Il est plutôt le résultat d’un travail acharné de tous les artisans de notre groupe de presse, de tous ceux qui bâtissent chaque jour La Voix de l’Est.

À force de créativité, d’ingéniosité et de détermination, nous avons mis au jour un modèle coopératif qui, nous le croyons sincèrement, nous donne les meilleures chances de survie.

Et pour cause. Pour la première fois depuis le début des années 60, le quotidien de Granby appartient à des gens d’ici, en chair et en os, et non à une corporation dont le vrai nom est composé de chiffres.

Ces nouveaux propriétaires sont de Saint-Joachim, d’Upton, de Saint-Césaire, de Shefford, d’Abercorn, de Granby et j’en passe. C’est Jérôme, Marie-Ève, Roxanne, Micheline, Valérie, Ginette, Josée, Christian et Jean-François. Ils sont les personnes qui, chaque jour, travaillent d’arrache-pied pour créer ce qui est en soi un petit miracle : La Voix de l’Est, journal d’information locale, plus petit quotidien francophone d’Amérique du Nord.

Ces quelque 40 personnes ne reculent aujourd’hui devant aucun sacrifice de temps ou d’argent afin que La Voix de l’Est, cette grande institution qui fêtera bientôt son 85e anniversaire, ait les moyens et l’ambition de franchir le cap du centenaire.

Nombreux sont ceux qui nous prédisent une mort lente. Nombreux sont ceux qui préfèreraient nous voir nous casser la gueule. Mais nous savons que ceux qui croient en notre mission, qui appuient nos démarches et notre projet, sont bien plus nombreux.

Ces personnes, ce sont chacun de vous qui êtes en train de lire ces lignes sur le coin de la table en déjeunant, sur l’écran de votre ordinateur au bureau, à la dérobée sur votre téléphone pendant que vous faites aussi autre chose.

Une large part de nos succès à venir repose entre vos mains. Lisez-nous, partout, sur toutes nos plateformes. Annoncez vos biens et services par notre entremise. Contribuez à notre campagne de financement.

Partagez nos nouvelles, celles qui mettent en scène vos amis, vos voisins, votre ville, votre région. Faites-vous entendre grâce à la voix qu’on vous offre.

Les derniers mois ont été une suite de hauts et de bas. De doutes et de certitudes. De déchirements et de ralliements. Pas simple de garder la tête froide quand on voit son avenir se jouer sur la place publique, quand tout le monde a une opinion, un point de vue sur ce qu’on a mal fait, ce qu’on devrait faire ou ne pas faire, mais que personne n’a de vraie solution à proposer.

Cette solution, nous avons plutôt choisi de l’inventer, de la créer de toutes pièces en nous serrant les coudes, en coopérant les uns avec les autres.

L’acceptation de notre offre d’achat par le tribunal, lundi, est un grand pas en avant qui nous permet de prendre les rênes de notre destinée. La partie n’est toutefois pas gagnée. Le plus gros du travail reste à faire. La poursuite de notre transition numérique et notre marche vers la pérennité ne se feront pas sans heurts, sans autres doutes, sans autres bas, sans autres déchirements. Mais le jeu en vaut amplement la chandelle. Ensemble, et l’histoire récente et ancienne du journal l’auront prouvé, on peut tout accomplir.

Les yeux du monde sont tournés vers nous et notre projet qui, nous en sommes persuadés, inspirera d’autres entreprises de presse aux prises avec les mêmes problèmes.

Alors à la question de mon fils posée il y a déjà plus de quatre mois je réponds : « Oui, ti-gars. On va être correct. »