Des dizaines de milliers de spectateurs ont assisté aux prouesses de 16 pilotes, ce week-end à l'aéroport Roland-Désourdy de Bromont, à l'occasion du Spectacle & salon aérien des Cantons-de-l'Est (SSACE).

La tête dans les nuages

Des dizaines de milliers de spectateurs ont assisté aux prouesses de 16 pilotes, ce week-end à l'aéroport Roland-Désourdy de Bromont, à l'occasion du Spectacle & salon aérien des Cantons-de-l'Est (SSACE). Aux commandes d'un Tutor, d'un CF-18, d'un Yak 50, d'un planeur ou encore d'un bi-plan, ils en ont mis plein la vue et les oreilles aux visiteurs, les yeux tournés vers le ciel.
Gordon Price est le doyen des pilotes ayant participé au SSACE.
Le CF-18, piloté par le capitaine Matthew Kutryk, atteint par moments une vitesse de près de 1200 km/h.
Le doyen des voltigeurs à fouler le tarmac de Bromont, ce week-end, est Gordon Price. En plus d'avoir construit le bi-plan piloté par Dan Marcotte, le pilote n'a rien perdu de ses capacités à 75 ans. 
« C'est ce qui me donne de l'énergie, a confié samedi M. Price à La Voix de l'Est quelques minutes avant de monter à bord de son Yak 50. L'alternative est de prendre ma retraite, mais ce n'est pas du tout plaisant. Je suis bien mieux en faisant des spectacles aériens. Aussi, je pense que ça inspire des plus jeunes. J'ai beaucoup de feedback. On est vraiment à court de pilotes, donc si je peux en inspirer quelques-uns, c'est bon ! »
« Gord » Price, comme on le surnomme, a évolué pendant six ans au sein de l'Aviation royale canadienne (ARC) avant d'être embauché par Air Canada, pour qui il a piloté pendant 36 ans.
Toujours en grande forme, l'Ontarien­ fait autant de vrilles - et vole aussi souvent la tête à l'envers ! - que ses collègues. Son talent et sa générosité font d'ailleurs l'unanimité chez les autres pilotes rencontrés­ sur le tarmac.
Vendredi, le septuagénaire a réalisé un rêve en volant avec les Snowbirds dans leur CT-114 Tutor avant leur répétition de routine. « C'était génial ! Ça fait 41 ans que j'étais monté dans un jet », dit-il.
Durant les spectacles aériens auxquels il participe tout l'été, il vole à bord de son Yak 50, le premier prototype de cet avion russe. Seulement 312 exemplaires en ont été construits.
Un rêve d'enfant
Comme la plupart des pilotes du SSACE, Ave Pyne rêvait déjà, tout petit, de faire voler des avions. Le capitaine Pyne est aux commandes du Snowbird 2 dans l'équipe, qui compte neuf avions pour les démonstrations. 
« Je ne savais pas si j'allais pouvoir piloter avec ma grandeur. J'ai été chanceux de faire l'équipe, indique-t-il en entrevue. Il y a plusieurs avions dans les Forces aériennes où, quand tu es au-dessus de 6'4'', tu n'es pas capable de voler. Il n'y a pas beaucoup de place dans l'avion, c'est vraiment serré pour quelqu'un comme moi ! »
Ave Pyne fait partie de l'équipe depuis trois ans, mais doit faire une croix sur le CF-18 en raison de sa taille. 
C'est d'ailleurs sa dernière année avec les Snowbirds - à moins qu'il y revienne comme chef d'équipe - puisqu'il cédera la place à une nouvelle recrue. Une femme, la capitaine Sarah Dallaire­, se joindra à l'équipe pour la deuxième fois de l'histoire des Snowbirds.
Pour faire partie de l'équipe, les pilotes doivent compter environ 1000 heures de vol sur un avion avec siège éjectable, expose-t-il. Puis, les pilotes d'élite doivent s'entraîner avant la saison en commençant par les manoeuvres les moins difficiles pour le corps humain. Ils recommencent tous à zéro à chaque début de saison. « Ça prend environ 100 missions (NDLR : entraînements dans les airs) avant de partir sur une saison­ de démonstration. »
Plus un pilote est stable, plus il a de chances de se retrouver dans les positions centrales. Les ailes peuvent être à une distance aussi courte que quatre pieds.
Un an sur le CF-18
Si Ave Pyne a pu faire des démonstrations pendant trois ans avec les Snowbirds, le capitaine Matthew « Glib » Kutryk n'en fera qu'un seul été sur le CF-18. 
« Nous sommes pilotes de démonstration sur le CF-18 seulement un an. Après cette année, je retourne à Bagotville et je vais redevenir un pilote de chasse régulier, commente-t-il. J'aimerais rester, mais je comprends. En ce moment, je trouve que j'ai la meilleure job dans l'Aviation royale canadienne, je suis le gars le plus chanceux au monde. Ça a été un été vraiment plaisant, vraiment gratifiant, c'est dommage que ça se termine bientôt, mais c'est la vie. »
Sur les 35 spectacles aériens prévus cet été, 32 sont déjà derrière­ lui. 
Durant le spectacle, on apprend que le CF-18 peut voler à près de deux fois la vitesse du son, soit 2400 km/h. Pendant la démonstration, il atteint presque le mur du son à environ 1200 km/h. À un moment, le pilote ressent l'effet d'une force d'accélération 7 fois supérieure à la force de gravité (7 G), ce qui signifie que le poids de son corps est de 1500 livres.
« Ce n'est pas facile, mais avec beaucoup de formation et d'entraînement, c'est correct, indique le pilote de chasse. Je porte ce qu'on appelle des "G pants" pour faire les manoeuvres avec beaucoup de G. Ce sont des pantalons gonflés et ça aide à garder le sang dans mon cerveau. » La respiration et les étirements des muscles de son corps sont aussi primordiaux.
Martin Hivon, Dan Marcotte, Manfred Radius et deux membres de l'équipe Yak Attack étaient également de la programmation principale de samedi. 
Le hangar accueillait une quarantaine d'entreprises qui avaient des emplois à pourvoir. Plusieurs curieux et chercheurs d'emploi y ont circulé, indique le directeur général du SSACE, Alexis Étienne, qui s'est dit très satisfait du week-end. Un bilan sera dressé lundi.
Aucune place à l'improvisation
Un duo offrait un spectacle tout à fait différent avec ses avions russe et chinois. Yak Attack est une équipe de quatre voltigeurs civils dont le meneur est Daniel Fortin. Il était accompagné ce week-end de son acolyte Mario Hamel.
Basés à Joliette, ils pilotent des avions d'entraînement qui n'ont pas servi à la guerre.
La Voix de l'Est s'est intéressée au cheminement menant jusqu'aux spectacles aériens. « Beaucoup, beaucoup, beaucoup de patience et beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps, lance M. Fortin. J'ai fait mon premier vol en 1996 et mon premier spectacle aérien en 2006. On s'entraîne à faire de l'acrobatie avec un instructeur, ensuite en solo. On commence à très, très haute altitude. Comme ça, si on manque notre coup, on a l'espace en dessous de nous pour récupérer- la manoeuvre. »
« Au fur et à mesure qu'on prend de l'expérience, on est capable de descendre. Il y a des lois de Transport Canada qui nous empêchent de faire de l'acrobatie en bas de 2000 pieds d'altitude, à moins d'avoir des permissions spéciales pour s'entraîner pour faire des spectacles aériens. »
Des évaluations de vols doivent par ailleurs être réussies chaque année. Selon leur expérience, les pilotes peuvent obtenir des qualifications qui leur permettront ensuite de réaliser des manoeuvres plus difficiles. « Comme Mario et moi, on fait des vols en formation, c'est une autre qualification », ajoute-t-il.
Les règlements sont particulièrement stricts en matière d'acrobaties aériennes. Les pilotes doivent détailler leur séquence avec beaucoup de précision et la faire approuver par Transport Canada. 
« Tout doit se faire à 100 % selon la séquence prévue pour éliminer le risque. Il n'y a aucune place à l'improvisation là-dedans. Tout est pratiqué, tout est pensé d'avance, tout est coordonné. On donne l'impression des fois que c'est improvis-é, mais c'est du spectacle. »
Toute cette préparation donne l'impression d'assister à un ballet impressionnant. Cynthia Laflamme
Aviation Connection était au salon de l'emploi du SSACE pour présenter son nouveau programme parascolaire.
Un programme pour dynamiser l'économie locale
Aviation Connection était au nombre des exposants au salon de l'emploi du SSACE, ce week-end. L'entreprise a annoncé officiellement, comme le révélait La Voix de l'Est mardi dernier, que le nouveau Programme de formation en aéronautique (PFA) sera offert à l'école Massey-Vanier, tant du côté francophone que du côté anglophone.
Pour l'occasion, l'aéronef jaune, un PA-16 datant de 1947, sur lequel travailleront les élèves au terme de la formation de trois semestres, était sur place. Avant de s'y attaquer avec un mécanicien, ils utiliseront un simulateur de vol et un autre pour concevoir un avion.
« Les énergies qu'on met dans le dynamisme de l'école pour les jeunes, ça va rapporter dans 7 ou 8 ans dans l'économie locale, estime le directeur de l'école Massey-­Vanier, Jean-Luc Pitre. Intéresser les jeunes aux dif­férents métiers autour de l'aviation, ça fait partie de notre program­mation pour développer l'économie locale. Au-delà de ça, c'est un projet qu'on fait avec Eastern Township : avoir des élèves anglophones et francophones dans la même classe, qui vont cohabiter et travailler ensemble, ça nous intéresse beaucoup. »
Le programme débute en janvier 2018 et s'adresse aux élèves de secondaire 3 et 4. Massey-Vanier est la première école à accueillir le PFA, qui sera dispensé sous la forme d'activités parascolaires gratuites. Les cours serviront en parallèle à appliquer les mathématiques, les sciences, l'ingénierie et la technologie.
Cadet de l'air et passionné d'aviation, John Marr juge le programme intéressant. « Je veux aller dans l'Aviation royale canadienne en tant que pilote ; ce programme va m'en apprendre davantage sur le pilotage et les aéronefs. Je pourrais avoir ma licence de pilote plus tôt. Ça va définitivement aider à comprendre l'aéro­dynamique d'un aéronef, la théorie et la science réelle de comment ça fonctionne », souligne le jeune homme de 17 ans qui étudie au Massey-Vanier High Scool.
Déjà plus d'une vingtaine d'élèves ont manifesté leur intérêt, selon le président d'Aviation Connection, Camil Dumont. Cynthia Laflamme