«Tout ne sera pas parfait et on sait que tous les élèves ne pourront pas finir leur session, soulève le directeur général du Cégep de Granby, Yvan O’Connor. Mais on veut en réchapper le plus possible.»
«Tout ne sera pas parfait et on sait que tous les élèves ne pourront pas finir leur session, soulève le directeur général du Cégep de Granby, Yvan O’Connor. Mais on veut en réchapper le plus possible.»

La session se poursuit... à distance au Cégep de Granby

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Suivant les directives gouvernementales, le Cégep de Granby annonce que la session d’hiver se poursuivra à partir du 6 avril, mais à distance. «Ce sont des mesures exceptionnelles dans un contexte exceptionnel», indique le directeur général, Yvan O’Connor.

«Tout ne sera pas parfait et on sait que tous les élèves ne pourront pas finir leur session, mais on veut en réchapper le plus possible.»

En accord avec son personnel et ses syndicats, le Cégep mettra l’accent, autant que possible, sur l’enseignement à distance.

Cours en direct, préenregistrés, par courriels et téléphone, «tous les moyens sont ouverts», indique M. O’Connor, pour permettre aux élèves d’avoir une note à la fin des classes, le 22 mai prochain. La moitié du semestre était déjà entamé.

Remède

Pourquoi ne pas annuler tout simplement la session, comme le fait au moins une université québécoise, et comme l’exige une pétition d’étudiants du Cégep de Granby qui circule présentement sur Internet?

Le remède serait plus dommageable que le mal, estime le directeur général. Toute la chaîne d’éducation serait ainsi court-circuitée avec les finissants du secondaire qui s’amèneront en septembre prochain, ceux qui cheminent vers l’université et les besoins criants en diplômés, notamment en santé.

Le Cégep tient également «à ce que l’étudiant ne soit pas pénalisé dans son cheminement académique» à cause du coronavirus, précise M. O’Connor.

La décision, bien entendu, ne fait pas que des heureux. On souligne la disponibilité variable des étudiants, dont plusieurs travaillent ou ont présentement des enfants à la maison. Des enseignants sont également dans la même situation.

Tous, aussi, n’ont pas accès à une connexion Internet valable, ou même à une connexion tout court, ou à tout leur matériel scolaire.

Valeur

Cela fait partie des enjeux soulevés par Camille Dubuc, président du Syndicat des enseignants du Cégep de Granby.

«Comment fait-on pour ceux qui ne sont pas disponibles?, demande-t-il. Et pour être certains que ce sont vraiment eux qui répondent aux courriels et qui font les travaux?»

M. Dubuc doute également de la valeur des notes et des diplômes qui seront remis à la fin de la présente session.

«On se questionne beaucoup sur ce que ça va avoir l’air, les diplômes. Est-ce que notre DEC aura la même valeur que celui d’autres cégeps?»

La majorité des enseignants du Cégep de Granby sont toutefois «ouverts à tenter une expérience», souligne Camille Dubuc.

«Il y a de l’ouverture, mais beaucoup de questions. Il faut trouver les façons de faire les plus efficaces et équitables. On aura besoin de la créativité de tout le monde.»

Il préconise qu’on accole la mention «réussite» ou «échec» aux élèves pour chacun de leurs cours au lieu d’une note chiffrée.

Défi

La direction du cégep reconnaît qu’elle n’a, pour l’instant, pas réponse à toutes les interrogations. Les stages et les formations techniques posent particulièrement problème. Certains apprentissages sont aussi plus difficiles à transmettre à distance que d’autres.

«On travaille là-dessus et on discute avec le Ministère, insiste M. O’Connor. C’est notre plus gros défi. Mais je ne pense pas que les notes données auront une moindre valeur. Évidemment, ça ne sera pas un enseignement habituel.»

Directeur des études au Cégep de Granby, Vincent Larose demande aux enseignants d’avoir «la plus grande souplesse possible dans les outils d’apprentissage». Il constate déjà «beaucoup d’entraide» parmi le personnel.

«On en tient compte» [NB: des enseignants et des élèves moins disponibles], indique Yvan O’Connor. C’est certain qu’on fera preuve de flexibilité et de beaucoup d’humanisme dans nos décisions.»

Il salue d’ailleurs l’engagement de son personnel. «On est un cégep à dimension humaine et on le ressent même quand on n’est pas ensemble», dit-il.

Comme tous les établissements d’enseignement, le Cégep de Granby est physiquement fermé au moins jusqu’au 4 mai.

L’Association des étudiants du Cégep de Granby reste neutre face à cette démarche. Jointe par La Voix de l’Est, Camille Maltais, déléguée à la mobilisation et à la communication, en reconnaît toutefois le bien-fondé.

Pétition pour une session créditée

L’idée de terminer la session collégiale à distance n’enchante pas tous les étudiants. Un millier d’entre eux a signé une pétition mise en ligne mercredi et plaidant pour que le reste du semestre ne soit pas noté.

Bref, qu’ils obtiennent les crédits correspondant aux cours pour lesquels ils sont inscrits et ont eu au moins une évaluation réussie.

Finissante en Sciences de la santé, Laurence Daniel, 19 ans, est à l’origine de cette pétition. Travail, argent, famille, accès à Internet et anxiété face au virus : elle juge que les élèves— tout comme les enseignants — en ont déjà assez sur les épaules par les temps qui courent.

«Et c’est compliqué, les cours en ligne, ajoute la résidante de Saint-Paul-d’Abbotsford. On n’est pas tous habitués à ça. Les évaluations sont stressantes.»

Elle suggère que les étudiants qui ont passé jusqu’ici soient automatiquement crédités, tout en laissant les enseignants offrir des apprentissages supplémentaires sur Internet pour ceux qui peuvent les consulter, mais sans évaluations subséquentes.

«Les professeurs pourraient proposer un dernier travail pour ceux qui ont échoué», propose Laurence.

Des ajustements aux apprentissages devront, de toute façon, se faire dans les sessions suivantes ou à l’université, fait-elle valoir.

Bien-fondé

Officiellement, l’Association des étudiants du Cégep de Granby reste neutre face à cette démarche. Jointe par La Voix de l’Est, Camille Maltais, déléguée à la mobilisation et à la communication, en reconnaît toutefois le bien-fondé.

«Il y a des cas particuliers d’étudiants, donc les chances ne sont pas égales pour tous [NB: avec l’enseignement à distance]», souligne l’étudiante en Technique d’éducation spécialisée. «L’Association est très concernée par ces étudiants-là.»

Elle aimerait à tout le moins que Québec donne des balises claires quant aux évaluations à venir. 

«On veut que ça soit bien fait et là, on ne sait pas encore à quoi ça va ressembler. Il y a beaucoup d’incertitude. Les étudiants veulent le moins de répercussions possible sur leur cote R.»