Le fait qu’un constable spécial ait eu à tirer sur un prévenu qui l’attaquait, au palais de justice de Maniwaki (photo), illustre pour certains que la sécurité dans les palais de justice est déficiente.

La sécurité au palais de justice fait débat

L’altercation survenue au palais de justice de Maniwaki, mercredi, relance la question de la sécurité dans ces établissements provinciaux. Faut-il augmenter la sécurité ?

Selon Me Jocelyn Bélisle, avocat à Waterloo, le fait qu’un constable spécial ait eu à tirer sur un prévenu qui l’attaquait illustre que la sécurité dans les palais de justice, comme celui de Granby, est déficiente.

« Les gars qui sont là [NDLR: les constables spéciaux, principaux responsables de la sécurité] font leur possible et ce sont des bons diables, mais ils ne peuvent pas prévoir l’imprévisible, indique-t-il. Il manque de la sécurité dans les palais de justice. Je déplorais déjà cette situation-là quand j’étais bâtonnier. Un événement comme celui de Maniwaki, ça devait arriver un jour. »

Me Bélisle préconise l’augmentation du nombre de constables spéciaux et l’installation de détecteurs de métal aux entrées. « Il y en a au palais de justice de Montréal et à la Cour d’appel. Pourquoi pas chez nous, autant à Granby qu’à Cowansville ? Ça ne règlerait pas tout, mais ça en éviterait beaucoup. »

« À un moment donné, on n’aura pas le choix d’instaurer ça. Il ne faut pas attendre qu’il arrive quelque chose de fâcheux. »

Ses recommandations trouvent écho au Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec, qui estime que leurs membres travaillent en nombre insuffisant. « L’alarme sonnait fort depuis longtemps et pourtant aucun geste n’a été posé pour remédier au manque d’effectifs », a déclaré le président Franck Perales.

Le député de Granby, François Bonnardel, déplorait en 2014 que le bureau des constables spéciaux du palais de justice de sa circonscription ait été déménagé ailleurs qu’au rez-de-chaussée, où sont situées les deux entrées principales. L’événement de Maniwaki lui a rappelé que la situation perdure.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi ça reste comme ça et que la sécurité soit déficiente, dit le caquiste. Avant, le constable spécial en place pouvait voir les allées et venues et savait à quoi s’en tenir. Là, si quelqu’un arrive armé, on sait ce qu’il va arriver. »

« Un cas isolé »
Tous ne partagent pas ces craintes. « À Granby, on a ce qu’il faut [pour la sécurité] », soutient la directrice du palais de justice, Chantal Patry. « Quand on sait qu’un client agressif s’en vient et qu’il peut y avoir du grabuge, on fait une demande pour plus de sécurité et il n’y a pas de problème. »

L’événement de Maniwaki est « un cas isolé », dit Mme Patry. « Est-ce qu’un seul cas justifie d’augmenter la sécurité ? Je pense davantage que les consignes d’intervention devront être clarifiées. » Elle souligne qu’un détecteur de métal n’aurait pas empêché l’altercation puisque le prévenu s’était emparé de l’une des armes du constable spécial.

« On ne pourra jamais être complètement sécuritaire. C’est une question de risques. Il y a plus de gens agressifs dans les hôpitaux que dans les palais de justice, et pourtant ils n’ont pas de détecteur de métal. Il faut arrêter de penser que ces outils-là sont la solution à toute forme de violence. »

Quant à l’absence de bureau de constable spécial au rez-de-chaussée, la directrice du palais de justice fait remarquer que cela n’a pas posé problème. « La sécurité, il faut que ça soit mobile », dit-elle.

Bâtonnière du Barreau de Bedford, Me Geneviève Cardin estime aussi que la sécurité au palais de justice de Granby est adéquate. « Dans un monde idéal, tout le monde serait fouillé comme à l’aéroport, mais on n’en est pas là », dit l’avocate de l’aide juridique.

« Les constables spéciaux font du très bon travail avec les moyens qu’ils ont. Ils sont présents aux entrées aux heures de pointe et on en a plus sur demande. Ça peut toujours être mieux, mais vous savez, pour le gouvernement, ce ne sont pas les investissements les plus majeurs qui se font en justice et en sécurité publique. On priorise les palais avec le plus gros achalandage. »

« Personnellement, je me sens en parfaite sécurité au palais de justice de Granby », dit l’avocat Me Philippe Gaudet, aussi joint par . Même le détecteur de métal, à Montréal, je trouve ça un peu intense. À Granby, c’est adéquat. »