S’il n’en tient qu’au maire, Pascal Bonin, tous les élèves de cinquième année du primaire à Granby suivront une formation afin de faire d’eux des cyclistes avisés.

La sécurité à vélo passe par l'éducation

S’il n’en tient qu’au maire, Pascal Bonin, tous les élèves de cinquième année du primaire à Granby suivront une formation afin de faire d’eux des cyclistes avisés. C’est l’une des conclusions qu’il a tirées de son été sur deux roues.

« Toutes les infrastructures du monde ne remplaceront jamais le gros bon sens et savoir quoi faire à quel moment. La solution, c’est la formation », estime le maire Bonin.

Celui-ci a rencontré le directeur général du Centre national de cyclisme de Bromont (CNCB), Nicolas Legault, pour discuter du projet. Le CNCB offre depuis deux ans le programme Cyclistes avertis, dont il est mandataire dans la région pour Vélo Québec. La direction générale de la Ville de Granby a été saisie des visées du maire. Selon lui, un dossier devrait être présenté au cours des prochains mois à l’ensemble des élus, qui auront à statuer sur ce projet.

« En réalité, si le programme coûte quelques milliers de dollars par année et qu’on sauve des vies, ce n’est pas cher payer. Le pourcentage de gens formés pour être sur nos réseaux pourrait augmenter et ça aiderait beaucoup. Il n’y aura pas un changement drastique dès la première année, mais à long terme, ça pourrait être bénéfique pour les automobilistes et les cyclistes », estime-t-il.

Nicolas Legault affirme que la formation pratique et théorique de 15 heures a déjà été offerte à des écoliers de Bromont, ainsi qu’à quelques classes de certaines écoles de Granby et de Cowansville. « On a vu des résultats assez impressionnants depuis deux ans, affirme le DG du CNCB. Juste le nombre de jeunes qui viennent à l’école en transport actif, à pied ou à vélo, est complètement hallucinant. Il y a quelque chose d’assez l’fun à travers ça. »

Outre les pratiques sécuritaires à vélo, les règlements de la route sont abordés dans la formation. « On peut s’imaginer que dans 10 ans, il va vraiment y avoir une génération de personnes très soucieuses des autres sur la route et qui se déplacent de la bonne façon », estime Nicolas Legault.

Peu de place
Le maire Bonin a circulé à vélo en ville une bonne partie de l’été. Il affirme avoir cumulé quelque 600 km au compteur. Son objectif: dresser un portrait réel de la qualité des déplacements sur deux roues dans la ville. Il s’est lancé dans cette aventure après avoir été interpellé par un citoyen qui avait remis en doute la facilité de vivre à vélo à Granby.

Son constat: Granby est une « ville de choix » pour le vélo, notamment avec ses rues larges et l’accessibilité à un réseau cyclable primaire (Estriade et Montérégiade) « exceptionnel ». Mais il demeure difficile pour les cyclistes de se faire une place sur le réseau routier urbain, dit-il.

« C’est un peu un bordel moderne sur les routes. Il y a de gros véhicules, des vélos, des motos, des rollerblades, des quadriporteurs, des scooters électriques. C’est la loi du plus gros et du plus fort. Le vélo ne sera jamais le plus gros et le plus fort. Souvent, on se retrouve dans des situations difficiles, en tant que cyclistes », fait-il valoir.

Pascal Bonin affirme qu’il avait par exemple de la difficulté à se faufiler sur la voie lui permettant de poursuivre sa route vers la rue Dufferin et l’hôtel de ville, à l’intersection des rues Saint-Jacques et Principale. « Les autos laissent peu de place aux vélos », déplore-t-il.

Transition
Le maire relève que les villes sont créées pour « le modèle automobile ». « Les automobilistes se plaignent qu’il y a trop de trafic, de congestion et d’attente. Mais tout le monde est seul dans sa voiture. Il n’y a pas ou très peu de covoiturage. Très peu de gens veulent faire partie de la solution », dit-il.

Selon lui, un cycle de « transition » est néanmoins en cours. À Granby comme ailleurs. Les réseaux de mobilité active sont de plus en plus déployés avec l’aménagement de pistes multifonctionnelles ou cyclables. « C’est une des meilleures solutions qui demeure sécuritaire et efficace. [...] Quand on installe des infrastructures, les gens les utilisent, même s’ils ne l’ont pas toujours réclamé au départ », note Pascal Bonin.

La réalisation de différents jalons du plan de mobilité active de la Ville s’est d’ailleurs hissée au rang des priorités de l’administration municipale au cours des dernières années. Si bien que l’aménagement d’un corridor de mobilité active saisonnier, pour les piétons et les vélos, est prévu dans le projet de réaménagement du centre-ville de Granby. « Il y a cinq ans, ça aurait été impensable. Je suis épaté de la vitesse à laquelle les citoyens ont évolué », lance le maire.

Cela dit, celui-ci affirme par ailleurs avoir apprécié devoir se déplacer sur le vélo électrique qui lui a été prêté par un commerce de Granby pour l’exercice. Cela lui a entre autres donné l’occasion d’aller davantage à la rencontre des citoyens. « J’ai beaucoup senti le pouls de la population à vélo », dit-il, tout en ajoutant que l’activité physique qui accompagne ce moyen de transport permet en outre « de décrocher ». « C’est bénéfique pour l’esprit », dit-il.

Pascal Bonin a l’intention d’enfourcher à nouveau sa bicyclette l’an prochain. « Je vais le faire par simple plaisir », dit-il.