Avec 64 000 entailles, Sébastien Côté est à la tête d’une des plus grosses érablières de la région, à Roxton Pond.

La saison des sucres est lancée !

« Ça décolle a priori aujourd’hui [jeudi] », lance Sébastien Côté, qui est à la tête de l’Érablière Côté et fils. Comme lui, les acériculteurs de la région trépignaient d’impatience, car la saison 2019 a débuté beaucoup plus tard que l’année dernière.

Tubulure ou chaudière, même combat. Cette année, peu importe le moyen de récolte, les producteurs démarrent la saison en même temps. Le mois de février n’ayant laissé place à aucun redoux ou presque, même les plus gros joueurs n’ont pu compter sur d’éventuelles coulées précoces.

« Il y a une seule journée de février où on a récolté, et ça n’a pas coulé beaucoup... On a pelleté pas mal plus ! », confirme M. Côté, qui est l’un des plus gros joueurs de la région avec ses 64 000 entailles réparties sur sa terre de 560 acres. Jeudi, il s’affairait encore à dégeler plusieurs calvettes afin de prévenir les accumulations d’eau sur sa terre.


«  On est pas mal en retard. Faut que ça se passe maintenant.  »
Sébastien Côté, propriétaire de l’Érablière Côté et fils, à Roxton Pond

Résultat, les acériculteurs ne sont pas en avance. « On est pas mal en retard. Faut que ça se passe maintenant », indique celui qui avait déjà récolté le tiers de sa production totale de 2018 fin février, soit 250 000 livres de sirop.

À Brigham, Michel Thibodeau, propriétaire depuis 22 ans de l’érablière du Domaine de l’Artisan, vit la même réalité. Ses 1100 chaudières devaient se remplir jeudi pour la première fois de la saison. « On va commencer à bouillir demain ou samedi », anticipe-t-il à l’autre bout du fil.

Du côté de l’Érablière Bourbeau, à Shefford, l’évaporateur tournait déjà rondement.

L’objectif de cette entreprise — dont les propriétaires rappellent que la tire sur la neige y est offerte à volonté — est d’atteindre 42 800 livres de sirop. Cela correspond au quota, aussi appelé « contingent », qui leur a été octroyé par les Producteurs et productrices acéricoles du Québec.

Philosophes

Cependant, saison tardive ne signifie pas forcément saison ratée. Tout est encore possible, selon les acériculteurs avec qui La Voix de l’Est s’est entretenue.

À l’Érablière Brunelle, située sur un flanc de la montagne de Bromont, Patricia Boivin croit que la saison pourrait se prolonger plus tard que de coutume.

« À pareille date l’année dernière, on avait déjà 2000 gallons de faits, rappelle la copropriétaire. Mais avec la quantité importante de neige qu’on a au sol, la saison pourrait s’étirer. Ça ne fondra pas en criant lapin ! »

Sébastien Côté fait aussi confiance à dame Nature. « Les trois dernières années ont été très bonnes, et 2019 pourrait aussi être une saison record. »

Apparemment, l’humeur est donc au beau fixe. « On reste positif », confirme M. Thibodeau, se comparant avec les producteurs du Bas-Saint-Laurent qui croulent sous beaucoup plus de neige que dans le sud du Québec.

Belle variété

Si leur pouvoir d’attraction n’est pas comptabilisé par les instances touristiques de la région, les gens d’ici et les touristes d’ailleurs ne manquent pas d’options pour célébrer le temps des sucres. Toutes les érablières ou presque proposent la dégustation de produits transformés à base d’érable et plusieurs offrent le repas typique de cabane à sucre. Cependant, chacune y va de sa spécificité et, selon Danie Béliveau, de Tourisme Cantons-de-l’Est, « les érablières de la région présentent une belle variété ».

Dans les prochains jours, nombre d’entre nous se pourlécheront à la vue des fèves au lard, crêpes et autres grands-pères au sirop d’érable. Parallèlement, les acériculteurs travailleront fort pour récolter l’eau, afin d’obtenir ce produit typiquement québécois.

Beaucoup de travail, certes, mais tout autant de plaisir, si l’on en croit certains. À Bromont, par exemple, où la grande famille Brunelle — ils sont 13 frères et sœurs — entreprend la saison des sucres le sourire aux lèvres, selon Mme Boivin : « C’est le plaisir avant tout ! »

DU SIROP AVEC LES SUSHIS

On a beau aimer se sucrer le bec, le sirop est avant tout un produit d’exportation, selon les Producteurs et productrices acéricoles du Québec. En effet, 95 % du sirop québécois est exporté.

Selon les plus récentes données statistiques, 2018 a été une année record pour l’exportation du sirop d’érable canadien — composé à 92 % de sirop québécois (!) —, indique Hélène Normandin, directrice des communications pour les Producteurs et productrices acéricoles du Québec.

Cela représente 106 millions de livres de sirop, qui ont été exportées dans une soixantaine de pays. Les cinq principaux importateurs du fameux nectar sont les États-Unis, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et l’Australie. En effet, les Japonais sont fous du sirop québécois.