Gilles Rioux a fait son entrée à l’école Joseph-Hermas-Leclerc comme gardien en mars 1990.
Gilles Rioux a fait son entrée à l’école Joseph-Hermas-Leclerc comme gardien en mars 1990.

La retraite pour M. Gilles

La légende raconte que l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc (JHL) s’est construite autour du surveillant Gilles Rioux, déjà installé sur son podium à l’entrée principale. Après 30 années à marquer le quotidien de centaines de «grands et de grandes», l’heure de la retraite a sonné pour le bien-aimé gardien.

Gilles Rioux a fait son entrée comme gardien à l’école en mars 1990, alors qu’il avait 43 ans. La retraite s’est imposée un peu plus rapidement que prévu en raison du coronavirus, puisque M. Rioux se retrouve, à 73 ans, parmi les personnes plus à risque de développer des complications.

S’il a décidé de rester aussi longtemps, c’est qu’il adorait son travail, il se plaisait avec les élèves et le personnel. Il n’avait pas encore considéré la retraite, puisqu’il estimait être « trop jeune pour rester entre quatre murs».

« On surveillait beaucoup de choses : la drogue, le bris de matériel, les graffitis, la circulation. Il y avait toutes sortes de choses qui entraient en ligne de compte », dit-il.

Son expérience a été rassurante pour le directeur Christian Lacourse lorsque ce dernier est arrivé à JHL il y a sept ans. « C’est quelqu’un sur qui tu peux te fier et qui connait l’école inside and out, dans toutes ses particularités. Sa première préoccupation c’était vraiment de servir l’école puis d’être présent pour les jeunes, mais aussi pour les adultes puisqu’ils étaient là le soir pour accueillir les activités de la Ville », souligne le directeur, qui se rappelle de la visite guidée que M. Rioux lui a faite de l’école lors de son entrée en poste.

« L’histoire de JH, il la connaît par cœur », assure-t-il.

M. Rioux aimait tellement JHL que lorsque l’école a procédé à un changement de firme de sécurité, il n’a pas hésité à appliquer pour l’entreprise qui prenait le relais, même si cela repartait le compteur de son ancienneté et de ses privilèges.

Bonsoir les sportifs

Nombreux sont les anciens élèves qui gardent encore aujourd’hui un souvenir avec le valeureux gardien. Parmi eux, plusieurs sportifs ayant porté l’uniforme des Incroyables qui l’ont côtoyé lors de leurs entraînements et compétitions après la journée d’école.

« Étant donné qu’il a longtemps commencé sur un shift de soir, ça nous permettait, les joueurs de football, de pouvoir le voir un peu avant d’aller sur le terrain et encore lorsqu’on devait quitter vers 18h. M. Gilles était toujours là pour nous accueillir avec son grand sourire et nous dire un “salut mon grand, bonne journée, on se voit demain” », se rappelle Jazen Borduas, qui a fréquenté JHL de 1998 à 2003 comme étudiant avant d’y revenir comme entraîneur de football d’abord, puis comme éducateur spécialisé en classe Indigo.

L’image d’un homme véritablement à l’écoute et passionné par son travail ressort lorsque des anciens le racontent.

« M. Gilles a été quelqu’un de marquant pour plusieurs générations étant donné sa longévité », dit M. Borduas.

C’est le cas d’Élizabeth Larose, qui a été diplômée en 2017. À sa dernière partie de flag football, elle s’est cassé une cheville et le ménisque d’un genou. « Il est venu me chercher dans le fin fond du bois avec une chaise roulante, dans la garnotte, c’était l’enfer, mais il a été capable de me traîner. C’était vraiment drôle », se souvient-elle.

À son arrivée en poste comme directeur il y a sept ans, Christian Lacourse a pu compter sur la présence rassurante de Gilles Rioux pour assurer la sécurité de l’établissement et pour lui en expliquer les rouages.

Un homme respecté

« Même si c’était un homme d’une autre génération, il savait s’adapter à la réalité des jeunes et s’y mouler, tout en continuant à se faire respecter et en prônant de bonnes valeurs, mentionne Jazen Borduas. Il a dû intervenir auprès de mes joueurs de football l’automne dernier puisqu’ils étaient un peu trop tannants. L’intervention était très adéquate, tellement que les jeunes ont décidé par la suite d’aller s’excuser auprès de lui, parce que c’est quelqu’un qui impose le respect. »

Même son de cloche du côté de Juan Rincon, diplômé en 2014. « C’est un homme qui marchait droit et quand il disait quelque chose, tu l’écoutais. Mais c’était aussi un être très généreux dans son énergie, il rayonnait dans ses salutations très chaleureuses, tu te sentais respecté malgré la position d’autorité dans laquelle il était », dit-il.

C’est sa prestance qui imposait le respect, selon le directeur Lacourse. « Je me souviens de quelques occasions où je parlais à des jeunes et lorsque M. Rioux arrivait, tout le monde se taisait. Il avait cette prestance, cette noblesse, et le mot n’est pas faible. »

Les prénoms devenaient rapidement « ma grande » et « mon grand », mais il avait une mémoire impressionnante pour se souvenir des visages, « surtout les beaux visages », dit le directeur en ricanant, ainsi que la période durant laquelle une personne a évolué entre les murs de l’école.

Un grand sourire accroché au visage, c’est d’égal à égal qu’il aborde les jeunes et moins jeunes qu’il a côtoyés.

« Il y a eu plusieurs retrouvailles ici, dit M. Rioux. Il y a des petits maudits que j’aurais jamais pensé qu’ils seraient devenus des avocats, des notaires et des infirmières. Aujourd’hui, ce sont des gens qui sont à leur place. C’est plaisant voir ça. »

C’est « petits maudits » étaient souvent les premiers à remercier M. Rioux pour sa droiture lors de leur bal des finissants, indique le directeur.

« Au revoir à un monument »

« Quand j’ai appris qu’il prenait sa retraite j’ai vraiment été surprise, pour moi Gilles venait en package deal avec l’école », confie Élizabeth Larose, estimant qu’une plaque honorifique devrait être accrochée à proximité de son fameux bureau en hommage à son implication dans l’école.

« De le revoir assis au même endroit, lorsqu’on retournait à l’école, ça te transportait à cette période de ta vie, qui est assez marquante. C’est un monument qui nous fait revivre des moments que tu as pu avoir vécus. Son départ à la retraite signifie qu’il faut dire au revoir à un monument », mentionne Juan Rincon, qui souhaite que M. Gilles profite de sa retraite pleinement méritée.

« C’est important qu’il sache qu’il a marqué plusieurs vies en étant sa personne et qu’il prenne du temps pour lui. »

« Ça fait un trou au cœur de voir quelqu’un comme lui partir, c’est une pièce d’anthologie qui va nous manquer », dit Christian Lacourse. La pandémie occupe actuellement l’agenda de la direction et des idées d’hommage sont en veilleuse le temps que les choses reviennent à un semblant de normalité.

« Je tiens à remercier tous mes collègues, tous les directeurs et directrices généraux et de secteurs que j’ai côtoyés durant ma carrière ainsi que Pauline Demers et André Pontbriand de m’avoir intégré dans leur grande famille », dit « M. Gilles ».

Chose certaine, Gilles Rioux aura marqué l’histoire de l’école Joseph-Hermas-Leclerc, mais aussi celle de Granby, conclut le directeur.