Hugo, Normand, Francis et Jeff font partie de la prochaine cohorte d’étudiants au centre L’Envolée.

La rentrée approche au centre L’Envolée

Depuis quelques jours et pour la prochaine semaine, ce sera la rentrée des classes pour des milliers d’écoliers et d’étudiants de la région et de la province. D’autres élèves, cette fois au centre L’Envolée, reprendront eux aussi le chemin des bancs d’école.

Vingt et un pensionnaires du centre de traitement des dépendances formeront ainsi une cohorte qui prendra part au programme volontaire de scolarisation de l’établissement, et au terme duquel ils pourront décrocher un diplôme d’équivalence de 5e secondaire remis par le Centre régional intégré de formation (CRIF).

Pour ce faire, ils devront réussir chacun des cinq examens prévus à leur cursus. De ceux-ci, notons les cours obligatoires de français et de mathématiques, auxquels on ajoute trois disciplines optionnelles parmi l’anglais, les sciences humaines, les sciences de la nature et les sciences économiques.

En cas d’échec, il leur sera possible de reprendre leur examen. Des plages horaires totalisant de quatre à six heures par semaine seront allouées au temps de classe pour permettre aux élèves de bien intégrer la matière. Chacun à leur rythme. « Les cours vont commencer au début de septembre, et probablement que d’ici la fin du mois, certains seront prêts à passer les examens », jauge Nicolas Bédard, directeur général de L’Envolée.

En moyenne, la plupart des hommes qui sont traités au centre ont une scolarité se situant entre la première et la troisième secondaire. « La plupart ont décroché pour des raisons personnelles, des problèmes familiaux, de comportement ou de consommation. On a aussi quelques érudits, qui ont fait des études supérieures, mais ce n’est pas monnaie courante », précise le directeur. Enfin, environ 1 % de la clientèle, généralement plus âgée, est analphabète.

L’Envolée mène actuellement des discussions avec le Centre local d’emploi de Granby et le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour éliminer les frais de 75 $ imposés pour passer les examens. « La commission scolaire du Val-des-Cerfs est l’une des seules à charger ces frais. Pourtant, les tests d’équivalence devraient faire partie de la gratuité scolaire », estime M. Bédard.

Motivation
Le 10 septembre prochain, les futurs élèves prendront part à une séance d’information avant de s’inscrire officiellement au programme.

Nicolas Bédard, directeur du Centre L’Envolée.

« C’est un programme en place depuis quelque temps déjà, ajoute Bédard. On s’est rendu compte que sur dix pensionnaires qui vont passer les examens, six obtiennent un diplôme. Et ça leur ouvre énormément de portes. »

Dans le passé, plusieurs ont tenté un retour aux études, mais ont abandonné à nouveau, faute de motivation, disent-ils. Le soutien des intervenants de L’Envolée, qui pourront aider les élèves, est primordial dans leur réussite, estiment les principaux intéressés.

« Tant qu’à être ici, aussi bien investir notre temps de façon constructive », croit Hugo, l’un des membres de la cohorte. Celui-ci n’a pas encore arrêté son choix pour la suite des choses, mais des études supérieures ne sont pas exclues.

« C’est mieux que de passer notre temps à jouer aux cartes ! », lance à la blague Normand. À 55 ans, il est probablement le doyen du groupe qui fera un retour aux études.

La perspective d’obtenir un diplôme représente à ses yeux un « beau défi » qui lui permettra d’améliorer son sort une fois sorti de thérapie. « Pour certains emplois, c’est une exigence d’avoir des études de niveau secondaire complétées. Avec ce diplôme d’équivalence, je mets toutes les chances de mon côté pour avoir un emploi convenable », souligne-t-il.

« Si je sors [de thérapie] sans avoir quelque chose de concret pour avancer, je pourrais retomber dans mes mauvaises habitudes », croit également Billy, 18 ans.

Un impact positif
Le fait d’obtenir une équivalence de cinquième secondaire a un impact positif sur le cheminement de ces hommes. « Ça donne accès à des emplois, mais aussi à des études professionnelles et collégiales. Ils vont pouvoir se trouver rapidement un emploi. Et lorsqu’ils ont un emploi, tout s’enchaîne : ils quittent l’aide sociale, ils gagnent de la confiance en eux. Tu vois la fierté dans leur visage », illustre M. Bédard.

« Une thérapie, ce n’est pas juste d’arrêter de consommer, affirme pour sa part Francis. C’est aussi apprendre à reconnaître les opportunités qui se présentent à nous. Si tu veux changer ta vie pour le mieux, tu dois saisir les chances. »