Au cours de la fin de semaine, des personnes se sont étonnées sur les médias sociaux d’avoir reçu des constats d’infraction pour être allées se promener dans le mont Rougemont. Ces constats sont toutefois émis pour un stationnement en zone interdite sur le chemin du Moulin.
Au cours de la fin de semaine, des personnes se sont étonnées sur les médias sociaux d’avoir reçu des constats d’infraction pour être allées se promener dans le mont Rougemont. Ces constats sont toutefois émis pour un stationnement en zone interdite sur le chemin du Moulin.

La randonnée interdite au mont Rougemont

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Ils sont nombreux à venir marcher dans les boisés du mont Rougemont depuis des années. Or, la montagne est composée de terrains privés et seul un petit passage au bas de la montagne est public. Cela n’empêche pas certains randonneurs de s’y aventurer, suscitant l’ire des propriétaires qui souhaitent désormais interdire l’accès à leurs propriétés.

Au cours de la fin de semaine dernière, plusieurs se sont étonnés sur les médias sociaux d’avoir reçu des constats d’infraction pour être allés se promener dans la montagne. Ces constats sont toutefois émis pour un stationnement en zone interdite sur le chemin du Moulin, a fait savoir le maire Michel Arseneault.

«Ce n’est pas un règlement qui date d’hier, dit-il, lui-même copropriétaire d’un terrain privé dans la montagne. Ça fait des années que c’est en place, mais on demande aux autorités à ce que ce soit plus appliqué. Il y a quand même des marcheurs qui prennent le risque même après avoir été avertis. Ils répondent qu’ils vont prendre une chance.»

Dimanche, les propriétaires montagnards se sont rencontrés pour discuter du problème, a appris La Voix de l’Est. À la suite de ce rendez-vous, il a été convenu de ne plus tolérer la présence de marcheurs chez eux. De l’affichage rappelant le caractère privé des propriétés pourrait être installé, a-t-on pu savoir.

En avril 2019, les propriétaires avaient pris part à une rencontre privée avec la municipalité pour lui demander d’intervenir afin de faire cesser cet usage dérogatoire de la montagne, mentionne le maire. 

La difficulté du dossier, relève M. Arseneault, c’est qu’outre d’identifier clairement les zones où le stationnement est interdit, la municipalité ne peut pas vraiment intervenir sur des propriétés privées.

«Mauvaises informations»

Un acériculteur du chemin du Moulin laisse depuis longtemps des visiteurs utiliser son stationnement pour aller se promener dans la montagne. C’était encore le cas jusqu’au début de la pandémie, quand la municipalité lui a demandé de le fermer.

«Ça s’est ajouté au problème chez nous, constate Pierre Pontbriand, coordonnateur de l’Association du mont Rougemont (AMR). Quand la Sépaq a fermé le mont Saint-Bruno, et que les monts Saint-Grégoire, Orford et Saint-Hilaire ont fermé au public, la seule place qu’il restait où aller gratuitement, c’était à Rougemont. On a eu beaucoup de visiteurs jusqu’à ce que la Ville demande à ce que le stationnement et l’accès à la montagne soient fermés.»

Seule la cidrerie Michel Jodoin permet un accès public à son sentier, moyennant quelques dollars; un trajet d’environ 3,6 km où on retrouve un belvédère et des panneaux d’interprétation sur la faune et la flore environnantes. Après avoir été fermé pendant le confinement, le sentier de randonnée a été rouvert le 20 mai dernier, moyennant quelques mesures de sécurité.

À sa réouverture, plusieurs marcheurs croyaient alors avoir accès à la montagne et considéraient celle-ci comme un lieu public. Ils y sont retournés depuis le début du déconfinement, et ce, même si le stationnement a depuis été refermé.

«Les gens se parlent sur les réseaux sociaux et il y a de mauvaises informations qui circulent. Les gens se donnent rendez-vous dans la montagne en pensant que c’est public et gratuit», affirme le maire Arseneault.

Risques

Des propriétaires de terrains privés dans la montagne en ont ras le bol que des randonneurs se promènent librement sur leur propriété. L’achalandage de visiteurs a d’ailleurs crû de façon «exponentielle» au cours des dernières années, a-t-on confié au journal, y compris par des visiteurs en véhicules tout terrain ou en moto, par exemple.

Au cours des dernières années, certains ont été victimes de vandalisme ou ont trouvé des déchets abandonnés sur leur terrain. Des marcheurs promènent aussi leur chien dans la montagne, alors qu’on y retrouve des vergers. En vertu de la stricte réglementation entourant la production agricole, les pomiculteurs eux-mêmes ne peuvent pas laisser leur animal de compagnie se balader librement entre les pommiers.

«Au départ, il y a quelques années, certains propriétaires ont toléré que des gens viennent marcher dans la montagne. Malheureusement, avec le temps, ils ont payé le prix de leur gentillesse», déplore M. Arseneault.

La question de l’assurance responsabilité entre aussi en cause. Plusieurs propriétaires craignent d’être tenus responsables de dommages si un randonneur clandestin se blessait sur leur propriété.

D’autres souhaitent simplement profiter de la tranquillité de leur terre sans être importunés à tout moment par des inconnus qui s’y trouvent illégalement. Des altercations ont déjà eu lieu.

Néanmoins, souligne M. Pontbriand, «neuf marcheurs sur dix» sont respectueux et ne s’écartent pas trop dans les terrains privés.

Vers un compromis

Le regroupement de certains propriétaires de terrains en montagne n’était pas partie prenante de la rencontre et n’a pas contribué à la décision, que beaucoup de gens lui attribuent toutefois à tort depuis le début de la semaine. L’AMR croit également que la municipalité a le pouvoir d’intervenir dans la situation, d’autant plus que plusieurs élus sont concernés en tant que propriétaires.

«On n’a pas du tout été inclus dans les échanges, relève son coordonnateur, Pierre Pontbriand. On croit que la municipalité a un rôle à jouer dans toute cette histoire, qu’elle s’implique officiellement et qu’une consultation publique sur les usages de la montagne ait lieu.»

À titre personnel, M. Pontbriand exprime le souhait que la fermeture décrétée «unilatéralement» dimanche soit la prémisse d’une réflexion plus profonde et concertée «pour un projet rassembleur qui permettra l’harmonie des usages dans la montagne tout en réduisant la pression sur les milieux naturels de celle-ci».

«Je pense qu’il serait possible d’asseoir tout le monde ensemble et de discuter de la possibilité d’avoir un chemin public pour permettre aux gens de gravir la montagne sans empiéter sur les propriétés privées, ajoute le coordonnateur. Quelque chose de structuré, avec une capacité maximale de marcheurs chaque jour, et de balisé, pour éviter aux gens de s’écarter et d’empiéter chez les propriétaires. Ça pourrait même devenir un attrait pour le tourisme local. Mais ça ne pourra pas se faire s’il n’y a pas de dialogue.»

Haut de près de 400 mètres, le mont Rougemont appartient à quelque 350 propriétaires et sa superficie de 30 kilomètres carrés s’étend sur trois municipalités de trois MRC différentes, soient Rougemont, Saint-Jean-Baptiste et Saint-Damase.