Le DG de la MRC Brome-Missisquoi, Robert Desmarais, a indiqué que le territoire a «des affinités avec l’Estrie et la Montérégie», ce qui rend «très complexe» la décision d’un changement de région ou le statu quo.

La question du transfert vers l'Estrie divise les élus de Brome-Missisquoi

Alors que la MRC de la Haute-Yamaska vise un transfert de la Montérégie vers l’Estrie en 2019, sa voisine, Brome-Missisquoi, n’a pas encore tranché. Cette importante remise en question engendre d’ailleurs bien des remous chez les élus.

« Si on regarde les relations sociales et économiques entre nos deux territoires, Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi sont tellement interreliées que ce serait difficile de penser qu’on serait dans deux régions différentes. (...) C’est un débat déchirant parce qu’on a des affinités avec l’Estrie et la Montérégie », a indiqué à La Voix de l’Est le directeur général de la MRC Brome-Missisquoi, Robert Desmarais.

Le dossier a d’ailleurs été remis à l’ordre du jour par le député de Granby, ministre responsable de l’Estrie et ministre des Transports du Québec, François Bonnardel.« Granby est prête. La MRC a donné son aval. Les préfets de l’Estrie sont prêts à nous accueillir. Il reste à franchir les dédales administratifs », a-t-il mentionné en entrevue à La Tribune. De plus, le vétéran député de la Coalition avenir Québec a souligné qu’il souhaite que le dossier chemine rapidement et que Brome-Missisquoi se greffe aussi à l’Estrie.

À ce jour, la MRC Brome-Missisquoi est desservie par des ministères répartis dans les deux régions. Les dossiers en environnement, en immigration, en justice, en santé, en sécurité publique, en tourisme puis en transport sont rattachés à l’Estrie. La MRC est toutefois liée à la Montérégie en ce qui concerne les affaires municipales, l’agriculture, la culture, l’économie, l’énergie et les ressources naturelles, la faune de même que l’emploi. Idem pour l’organisme de bassin versant de la Yamaska ainsi que les tables de concertation des préfets et des commissions scolaires francophones.

Visions

La Voix de l’Est a pris le pouls de plusieurs maires de municipalités de la MRC Brome-Missisquoi concernant un éventuel transfert vers l’Estrie. La position du maire de Lac-Brome, Richard Burcombe, est sans équivoque. « Je suis totalement d’accord avec ça. On a déjà le transport, la santé, le tourisme et l’environnement en Estrie. C’est tout à fait normal de changer de région administrative », a-t-il dit, évoquant que, s’il n’en tenait qu’à lui, cette migration « devrait se faire rapidement ».

Le maire de Bromont, Louis Villeneuve, est à priori enclin à ce changement. « Naturellement, je sens que Bromont est en Estrie. On verra si les données, notamment au plan financier, confirment que c’est le meilleur choix. C’est un dossier que l’on prend très au sérieux. Personnellement, je crois que c’est plus avantageux d’être un gros poisson dans un petit aquarium [que l’inverse] », a-t-il imagé.

Le maire de Bedford, Yves Lévesque, penche aussi vers un rapatriement des deux MRC voisines dans le giron estrien. Il met toutefois un bémol. « Mon interrogation à l’heure actuelle concerne le développement économique. À date, on n’a pas de confirmation que les budgets suivront », a-t-il fait valoir.

De son côté, le maire de Farnham, Patrick Melchior, n’a pas voulu se positionner. « Être dans la même région [que la Haute-Yamaska], ce serait facilitant. Mais notre réflexion n’est pas terminée », a-t-il dit, concédant que les élus devront se faire une première opinion en répondant au sondage de la MRC d’ici la fin de la semaine.

De prime abord, la mairesse de Cowansville, Sylvie Beauregard, se dit en faveur du maintien de la MRC en Montérégie. « On est bien comme on est là. (...) Mon inquiétude est au niveau du développement économique, le financement des entreprises, les subventions au démarrage. Je ne sais pas comment ça fonctionne en Estrie », a-t-elle indiqué.

Une vision que partage la mairesse d’East Farnham, Sylvie Dionne-Raymond, préfet de la MRC Brome-Missisquoi. « Présentement, le statu quo, c’est l’idéal, a-t-elle fait valoir. (...) Un changement vers l’Estrie, ce n’est jamais venu sur la table de la MRC Brome-Missisquoi. C’est une énorme décision, car six mois plus tard, on ne pourra pas revenir en arrière. »

Sondage

Étant donné l’aspect sensible du dossier et sa portée, la MRC Brome-Missisquoi a envoyé il y a près d’une semaine un questionnaire aux municipalités, entreprises et organismes du territoire afin de connaître leur opinion à propos d’un éventuel changement de région administrative. En date de mercredi, la MRC avait reçu plus de 110 documents complétés. « On ne pensait pas que ça susciterait autant de réactions », a mentionné Robert Desmarais, précisant que les organisations ont jusqu’à la fin de la semaine pour retourner les formulaires.

Parmi les questions du sondage, notons celles-ci : « La situation « hybride » actuelle du territoire de Brome-Missisquoi vous cause-t-elle des problèmes (ennuis administratifs, confusion, etc) ? » ; « Vous définissez-vous davantage comme Estrien ou Montérégien ? » Les répondants doivent également se positionner quant au maintien du statu quo ou du transfert vers l’Estrie, tant pour « l’avenir du territoire de Brome-Missisquoi » que pour celui de « votre entreprise ou votre organisation ».

Les résultats seront analysés par le conseil des maires afin de prendre une décision, potentiellement en janvier. Des rencontres avec le député de Granby et sa collègue dans Brome-Missisquoi, Isabelle Charest, de même qu’avec de hauts fonctionnaires des ministères touchés par la possible restructuration devraient avoir lieu avant de trancher, a souligné M. Desmarais.