Après 32 ans de service, la première femme a avoir été embauchée au Service de police de Granby, Josée Tourigny, quittera pour la retraite.
Après 32 ans de service, la première femme a avoir été embauchée au Service de police de Granby, Josée Tourigny, quittera pour la retraite.

La première policière du Service de police de Granby sur son départ

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Un pan de l’histoire du Service de police de Granby s’écrira dans quelques semaines lorsque la toute première policière ayant intégré les rangs du corps policier, Josée Tourigny, quittera pour la retraite après plus de 30 ans de service.

«Aujourd’hui, je me rappelle encore quand on m’a engagé ici et qu’on m’a donné les clés. La première journée que j’ai débarré la porte pour entrer, j’ai dit: ‘‘je pense que je vais faire ma carrière ici’’», se rappelle la policière âgée de 54 ans.

Ce premier jour, c’était en 1988. Fraîchement diplômée de l’École nationale de police — la première cohorte à compter un nombre aussi élevé de femmes dans une promotion —, la future agente a cogné à la porte de plusieurs corps policiers dans l’espoir de décrocher un emploi. «J’aurais été travaillé à Havre-St-Pierre s’il m’avait pris là. Je voulais être dans la police. C’est ce que je voulais», raconte la femme originaire de Trois-Rivières.

C’est finalement à Granby qu’elle a amorcé sa carrière. Une carrière qui a duré 32 ans et pendant laquelle elle a occupé différentes fonctions: patrouilleuse, enquêteure en scène d’accident, agente à la prévention, patrouilleuse à vélo et enquêteure pour les escouades tabac et alcool.

«J’ai adoré le côté patrouille. C’est le plus beau métier. Être en première ligne, c’est ce que j’ai préféré. L’adrénaline, être près des gens, pouvoir les aider, être là», décrit la quinquagénaire qui est actuellement agente de liaison entre le corps policier et le tribunal.

La policière Josée Tourigny est photographiée avec une voiture de patrouille du Service de police de Granby au début de sa carrière.

Lorsqu’elle a été embauchée, elle était non seulement policière, mais également pompière. Un défi de taille! «C’était très différent que d’être policier seulement. Au début, c’était difficile de croire que je serais capable de faire autant qu’un homme, de descendre un homme dans une échelle, mais j’ai passé les tests. Ça a été plus long, mais je l’ai fait quand même! C’était des épreuves que tout le monde devait faire et je les ai réussis, dit-elle. J’ai adoré ça. C’était très physique, mais enrichissant.»

Au fil de sa carrière, des histoires, elle en a vu de toutes les couleurs. Certaines interventions l’ont marquée plus que d’autres, mais lorsque le sujet est abordé, la policière devient émotive. «Des accidents majeurs, des bagarres, des chicanes, des poursuites...», énumère-t-elle.

Ouvrir des portes

L’agente Tourigny a marqué l’histoire du service à sa façon. Non seulement a-t-elle été la première femme à enfiler l’uniforme de police, mais elle a mené des combats pour faire valoir l’égalité entre les sexes.

«C’était un défi en soi d’être la première femme, reconnaît-elle. Étant donné que je ne prenais rien de personnel, ça s’est bien passé. J’étais plus du genre à me fondre dans la foule, alors ça a bien été. C’est sûr que des gens étaient plus tenaces, mais j’ai prouvé ce que j’avais à prouver, autant du côté pompier que du côté policier.»

Le respect de certains de ses pairs, elle l’a gagné au fil des interventions. «Je me suis fait dire et redire ‘‘je ne peux pas te backer’’. Je leur répondais qu’il avait juste à faire sa job, que je faisais la mienne et qu’on s’en reparlerait. Je ne lâchais pas mon bout, dit-elle. Oui, j’ai dû mettre mon pied à terre quelques fois. Avec le travail que j’accomplissais, les relations de travail que j’avais, j’ai gagné leur respect. J’ai dû le démontrer plus d’une fois que j’étais capable.»

À ses débuts, il n’y avait qu’un seul vestiaire, celui des hommes. La direction lui avait installé une case dans le bureau des agents de parcomètre qui étaient absents pendant ses quarts de travail la nuit. Les vêtements n’étaient conçus que pour les hommes. Même chose pour les ceinturons et les bottes de travail. Grâce à sa détermination, les policières ont finalement été équipées convenablement.

«Les filles policières d’aujourd’hui lui doivent beaucoup parce que toutes les portes, c’est elle qui les a ouvertes. C’est elle qui a mené les combats», fait savoir Guy Rousseau, porte-parole du Service de police de Granby, qui a également été le coéquipier de l’agente Tourigny.

La mère de deux enfants a également dû se battre pour avoir un congé de maternité. «Chaque fois, ça a été un combat à n’en plus finir pour obtenir six mois de congé. C’était du sport», reconnaît celle qui ne garde toutefois aucune animosité de ces histoires.

La conciliation travail-famille a également été tout un défi, surtout que son mari était aussi policier. «Ça a été toute une aventure. La nuit, quand il y avait un incendie majeur, la pagette sonnait d’un côté du lit, puis de l’autre côté, se souvient-elle. Avec les enfants, on était organisé avec un tableau. C’est un choix qu’on a fait et qu’on ne regrette pas.»

De voir autant de femmes devenir policières aujourd’hui la rend d’ailleurs fière. Et c’est avec le sentiment du devoir accompli que sa carrière se terminera bientôt.

«Je pense que je peux partir la tête haute. J’ai fait ce que j’avais à faire», estime la policière, la voix nouée par l’émotion. C’est donc le 1er décembre prochain qu’elle glissera pour une dernière fois la clé dans la serrure de la porte du poste de police qu’elle a ouverte jour après jour pendant trois décennies.