Chafic Zakaria et Antony Acciarri ont décidé de mettre un terme aux activités de Monark Éco Fibre à Granby.

La PME Monark Éco Fibre ferme ses portes

La transformation de la fibre d’asclépiade s’annonçait prometteuse. Mais l’aventure semble trop risquée. La PME granbyenne qui a pris le relais à la suite de la faillite de Protec-Style, Monark Éco Fibre, a décidé de lancer la serviette.

« Force est de constater que le risque et l’incertitude liés au projet de relance sont devenus trop grands », a déclaré le président de l’entreprise, Chafic Zakaria, par voie de communiqué.

Celui-ci affirme que la décision de cesser les activités de la PME a été prise même s’il y a un marché potentiel pour l’isolant thermique produit à partir de la fibre et des retombées positives sur l’environnement ainsi que sur les papillons monarques.

M. Zakaria souligne que des producteurs agricoles ont investi pour mettre de l’asclépiade en culture au Québec. Monark Éco Fibre a aussi déployé des efforts et alloué des ressources financières « considérables » au projet, qui devait permettre à terme de commercialiser la fibre de cette plante longtemps considérée comme de la mauvaise herbe.

Mais les difficultés d’approvisionnement ont compliqué les démarches. En août, la PME de Granby avait décidé de couper les ponts avec la coopérative d’agriculteurs Monark, son principal fournisseur de matières premières. Les quantités promises étaient loin d’être au rendez-vous, avait soutenu Chafic Zakaria, ce qui avait occasionné un retard important sur la production.

Fermeture

Il est aussi relevé dans le communiqué de Monark Éco Fibre que le rendement à l’hectare observé cet automne est plus faible que prévu, de sorte que l’asclépiade est « peu compétitive par rapport aux produits isolants thermiques concurrents naturels, comme le duvet ou la laine ».

La PME granbyenne, qui était en opération depuis un an, évoque ainsi le « manque de maturité de la filière et sa vulnérabilité économique » pour justifier sa fermeture. Il est précisé que les équipements « seront mis à la disposition de tout groupe qui serait tenté par l’aventure ».

Les producteurs agricoles indépendants qui ont vendu leurs récoltes à l’entreprise ont par ailleurs été payés, assure le président qui comptait trois autres partenaires financiers dans l’aventure.

Avant Monark Éco Fibre, le développement de la filière de l’asclépiade a été porté durant de nombreuses années par l’entreprise Protec-Style, qui a jeté les bases de cette industrie avec ses travaux de recherche et développement. Protec-Style a déclaré faillite en octobre 2017. Mais l’isolant à base d’asclépiade a néanmoins fait ses preuves sur le mont Everest. La Garde côtière canadienne l’a aussi testé. La marque de vêtements de plein air Quartz Co a pour sa part développé des manteaux avec cet isolant.

En 2015, la Ville de Granby a même fait de l’asclépiade son emblème floral.

Déception

Le directeur général de Granby Industriel, Patrick St-Laurent, affirme, après deux tentatives par des groupes différents, être « un peu désillusionné face aux réelles possibilités ». « Ce qui a été développé demeure, mais si ce n’est pas rentable, je ne sais pas qui va se lancer là-dedans », a-t-il commenté vendredi.

M. St-Laurent dit, dans les circonstances, être « très déçu ». « On avait confiance que ces associés-là pouvaient mener à terme ce que François (NDLR : Simard, de Protec-Style) avait débuté. Ils avaient des possibilités financières plus grandes », fait-il valoir.

Même déception du côté du maire suppléant et nouveau responsable des dossiers industriels, Jocelyn Dupuis. « Ce sont des gens visionnaires qui avaient un projet révolutionnaire et environnemental, mais ils avaient des difficultés d’approvisionnement en matière première », a-t-il déploré.

Selon lui, la Ville « perd » 35 000 $ dans la foulée de cette fermeture, soit l’aide discrétionnaire que les élus avaient convenu de verser à l’entreprise. « Ça fait partie des choses qui peuvent arriver quand on déploie de l’aide à des projets innovateurs comme celui-là. »

Le local occupé par l’entreprise, rue Bernard, sera donc prochainement disponible. Granby Industriel l’a récemment fait visiter à un promoteur qui œuvre dans un tout autre domaine, indique Patrick St-Laurent. « Notre objectif, c’est que le local puisse être repris rapidement », a-t-il ajouté.