Le diamant qui orne la bague de Mario Brouillette symbolise pour lui une passion et un savoir-faire qui s’est transmis de père en fils sur trois générations.

La plus précieuse des pierres

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux du Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

Ce sont huit décennies d’histoire que renferme le diamant que porte à son doigt  Mario Brouillette, propriétaire de la Bijouterie Brouillette et fils.

Il s’agit là de la toute première pierre précieuse que son père, Yvan, a vendue à la bijouterie qui porte leur patronyme depuis sa fondation, en 1939, et qui a encore aujourd’hui pignon sur la rue Principale, au centre-ville de Granby.

«C’est un diamant qu’un homme était venu acheter pour son épouse, en 1939, raconte Mario Brouillette. Or, quelque temps plus tard, la dame est décédée. Le client a fini par se remarier, mais sa nouvelle femme ne voulait pas d’un diamant ayant été porté par sa première épouse, alors il est venu le retourner à mon père, qui l’a gardé.»

«Pour un bijoutier, c’est emblématique, le premier diamant qu’on vend. Pour mon père, il avait une forte valeur symbolique. Quand il m’en parlait, c’était comme un trophée de chasse», se souvient le bijoutier.

« De plus, c’était une très belle pierre pour l’époque. Il y avait un orgueil de vendre quelque chose de ce calibre, alors que les bijoutiers n’étaient pas encore formés en gemmologie», poursuit M. Brouillette, un nostalgique assumé.

Si on ignore le prix auquel s’est vendu le fameux diamant en 1939, on sait qu’une pierre équivalente, un diamant de 70 points, a aujourd’hui une valeur d’environ 6000 $.

Symbole

Pour l’exhiber, Yvan Brouillette avait fait monter le diamant sur une bague en or de 18 carats qu’il a portée fièrement à l’annulaire droit jusqu’à sa mort. «Il ne s’en est jamais séparé. Il en prenait soin, il en faisait même changer la monture pour la garder belle le plus longtemps possible», se souvient Mario Brouillette.

Au décès de son père, en 2002, le Granbyen a récupéré le diamant, «le seul héritage» qu’il souhaitait avoir.

Mario Brouillette a rapatrié le diamant de son père et l’a ajouté à la bague en or que celui-ci lui avait fait faire pour ses 18 ans, et qu’il porte lui aussi à l’annulaire droit.

Lui non plus ne s’en séparerait pas, avait-il décidé.

Il l’a ainsi ajouté à la bague en or que son père lui avait fait faire pour ses 18 ans, et qu’il porte lui aussi à l’annulaire droit depuis la fin de ses études.

Le tout symbolise maintenant une passion et un savoir-faire qui s’est transmis de père en fils sur trois générations.

«Mon grand-père était bijoutier à Richmond, et mon père s’était lancé en affaires à Windsor avant de venir s’installer à Granby [...] J’ai été élevé à l’époque où on poursuivait l’entreprise familiale. Heureusement, j’ai aimé ça, et j’aime encore ça», confie l’artisan qui, dès l’âge de douze ans, a commencé à prêter main-forte à son père durant la période des Fêtes.

Il n’a presque jamais pris de congé à Noël depuis. «Pour moi, Noël, ça se passe ici», dit le bijoutier, qui a possédé un magasin aux Galeries de Granby avant de racheter le commerce familial en 1989.

Vers l’avenir

Quand son regard est ébloui par l’éclat du diamant, M. Brouillette a la tête pleine de souvenirs et d’émotions. Surtout depuis cet automne, quand il a pris la décision — «la plus difficile de [sa] vie — de ralentir la cadence à trois jours par semaine, faute de relève et de main-d’oeuvre disponible. Il entend néanmoins garder son atelier de réparation ouvert, car c’est ce qu’il aime le plus de son métier.

«J’ai passé ma vie ici. J’ai un paquet de souvenirs, de ce qui se faisait à l’époque. Ça représente toutes les histoires de mon père et de ce que nous avons bâti au fil des années», affirme-t-il.

«Ce qui me fait de la peine, c’est l’idée de laisser mes clients, dont plusieurs sont fidèles depuis de nombreuses années parfois même sur plus d’une génération», renchérit le joaillier.

Un jour, le diamant poursuivra son chemin dans l’arbre généalogique, indique M. Brouillette. Le père de deux filles n’a pas encore déterminé de quelle manière le bijou sera transmis à la génération suivante.

Entre temps, il a choisi de créer des bagues à ses petits-enfants à partir de l’or qui constituait celle de son père. «Même si elles n’ont pas connu leur arrière-grand-père, mes petites-filles ont quelque chose de lui», se réjouit-il.