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Le taux de placement de la clientèle judiciarisée du Centre de main-d’œuvre OPEX, qui est présent aussi bien en Montérégie qu’en Estrie, a chuté d’environ 15 % au cours de la dernière année, et ce, en raison de la pandémie, indique son directeur des opérations, Bruno Paré.
Le taux de placement de la clientèle judiciarisée du Centre de main-d’œuvre OPEX, qui est présent aussi bien en Montérégie qu’en Estrie, a chuté d’environ 15 % au cours de la dernière année, et ce, en raison de la pandémie, indique son directeur des opérations, Bruno Paré.

La pandémie, un frein supplémentaire à la réinsertion des ex-détenus

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
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Voilà plus d’un an que le marché de l’emploi a été complètement chamboulé par les répercussions de la crise sanitaire. Si dans certains domaines, des travailleurs ont perdu leur emploi de manière temporaire ou permanente, dans d’autres, les besoins en main-d’oeuvre se sont accrus, entraînant des difficultés supplémentaires pour les chercheurs d’emploi. Les personnes récemment sorties de prison et qui tentent de retrouver une place active au sein de la société ne sont pas en reste.

Le taux de placement de la clientèle judiciarisée du Centre de main-d’oeuvre OPEX, qui est présent aussi bien en Montérégie qu’en Estrie, a chuté d’environ 15 % au cours de la dernière année, et ce, en raison de la pandémie, indique son directeur des opérations, Bruno Paré.

« Au cours des dernières années, dans un contexte normal et de plein emploi, c’était entre 60 % et 65 % de notre clientèle qui se trouvait un emploi, mentionne-t-il. Si on regarde dans la dernière année, on se dirige plutôt vers un taux de 45 % à 50 %. »

Bien qu’elle n’explique pas à elle seule cette diminution, la pandémie de la COVID-19 a eu un important rôle à jouer dans cette statistique.

« La pandémie a fait en sorte que certains milieux professionnels ont vu leurs besoins en personnel accru alors que d’autres, comme la restauration et le tourisme, ont plutôt mis beaucoup de main-d’oeuvre à pied et n’ont pas besoin de recruter pour le moment, note M. Paré. Cet enjeu-là touche aussi bien la clientèle judiciarisée que les autres chercheurs d’emploi, mais pour nous, ça nous a menés à des situations particulières, parfois difficiles. »

Démarches repoussées

Les mesures sanitaires ont aussi compliqué les interventions des conseillers en réinsertion socioprofessionnelle qui oeuvrent en milieu carcéral. « En temps normal, ces conseillers préparent les détenus à leur sortie de prison dans leurs démarches de réinsertion socioprofessionnelle. En raison de la pandémie, ces services ont été suspendus. Comme l’Estrie vient de retourner au palier orange, on pourra les reprendre. Mais ça demeure que certaines personnes n’auront pas pu en bénéficier », explique M. Paré.

Les mesures sanitaires ont notamment compliqué les interventions des conseillers en réinsertion socioprofessionnelle qui œuvrent en milieu carcéral, puisque durant quelques mois pendant la pandémie, ceux-ci n’ont pas pu aller rencontrer leur clientèle derrière les murs.

À cela s’ajoute le fait que plusieurs individus fraîchement libérés ont préféré reporter leurs démarches de réinsertion pour une série de raisons. « Certaines personnes admissibles à la PCU ont trouvé qu’il était plus avantageux pour eux d’être indemnisé que d’aller sur le marché du travail, alors elles ont décidé d’attendre à la fin du versement de leurs prestations », ce qui a été observé sur le terrain au cours des derniers mois par l’organisme, illustre son directeur.

« D’autres qui craignaient de contracter la COVID-19 dans leur milieu de travail ont aussi décidé d’attendre avant d’entreprendre leur processus », ajoute-t-il. Ce faisant, la prise de contact avec la clientèle a été plus difficile et donc, les candidats potentiels ont été moins nombreux à se prévaloir des services.

Plusieurs obstacles

Les chercheurs d’emploi judiciarisés font aussi face à plusieurs obstacles. Bruno Paré donne l’exemple des programmes gouvernementaux de formation et de mise à niveau des compétences. « Le gouvernement provincial met beaucoup d’emphase sur le rehaussement des qualifications et la formation de la main-d’oeuvre pour mieux répondre, rapidement, aux besoins du marché du travail, relève M. Paré. Or, notre clientèle est éloignée de cette formation et plusieurs ne réussissent pas à se qualifier pour faire partie de ces programmes parce qu’ils ne sont pas prêts assez rapidement. Si on a un candidat qui a une équivalence de deuxième secondaire, par exemple, il n’aura pas le temps d’aller chercher tous les prérequis pour intégrer une prochaine cohorte. Ça va retarder le temps pour suivre la formation et ce délai pourrait le décourager d’aller de l’avant plus tard. »

La clientèle judiciarisée se trouve ainsi désavantagée et les effets de cette situation pourraient se faire ressentir aussi tôt que dans les prochains mois, voire la prochaine année. « Ces personnes-là se retrouvent encore moins outillées pour faire face aux réalités du marché du travail, qui évolue alors qu’ils sont à l’ombre », déplore M. Paré.

C’est sans compter qu’elles étaient déjà parmi les plus vulnérables qui ont été touchés par les ressacs de la pandémie. « Souvent, les personnes judiciarisées qui sortent de prison occupent des emplois de première ligne. Ils sont généralement les derniers embauchés, et donc les premiers à être mis à pied, comme dans le cas de la première vague », mentionne le directeur.

En conséquence, certaines personnes ont « malheureusement fait des choix peu judicieux » pour subvenir à leurs besoins, reconnaît M. Paré. « Oui, il y en a qui ont récidivé, c’est arrivé, lâche-t-il. On pense toutefois qu’il s’agit d’une minorité de personnes, surtout que le dernier rapport du Service de police de Granby faisait état d’une criminalité à la baisse. »

Le stress supplémentaire engendré par la situation actuelle, qui s’étire depuis maintenant plus d’un an, a peut-être aussi mené à des rechutes dans la consommation d’alcool ou de drogues chez certains individus, ce qui peut les rendre plus vulnérables à retomber dans de mauvaises habitudes. « On remarque plus de détresse, à l’instar du reste de la société », souligne M. Paré.

Néanmoins, le portrait n’est pas complètement sombre, tient-il à nuancer. « L’effet positif, s’il y en a un, c’est qu’il y a quand même un taux d’emploi élevé dans plusieurs régions du Québec et que beaucoup d’entreprises ont actuellement besoin de main-d’oeuvre, dit-il. Ceux qui se donnent la peine de faire les démarches peuvent avoir accès à plusieurs possibilités d’emploi. Et de l’autre côté, les employeurs qui passent par-dessus leur crainte d’engager quelqu’un de judiciarisé peuvent découvrir d’excellents candidats. »