Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
À Granby, les dossiers de violence conjugale judiciarisés ont bondi de près de 91% en 2019-2020. Cette hausse atteint plus de 216% en cinq ans.
À Granby, les dossiers de violence conjugale judiciarisés ont bondi de près de 91% en 2019-2020. Cette hausse atteint plus de 216% en cinq ans.

La pandémie exacerbe la violence conjugale

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Article réservé aux abonnés
Mireille n’en peut plus. Chaque jour, son conjoint l’assaille psychologiquement, la dénigre. Par tous les moyens, il resserre son emprise sur elle, la forçant à couper les ponts avec ses proches. Depuis un an, la situation s’envenime. Malgré les menaces de représailles, elle a décidé de sortir de cette boucle sans fin. Des centaines de femmes de la région vivent des situations similaires et décident de faire un pas en avant, faisant ainsi exploser les demandes d’aide auprès d’organismes de soutien à ces victimes en détresse.

Cet accroissement des demandes est bien tangible chez Horizon pour Elle. « On a une très forte accélération des demandes d’aide. Ce n’est pas mêlant, on est débordés », a indiqué la coordonnatrice de la maison d’hébergement de Cowansville, Cathie Sombret.

Les statistiques démontrent cette fulgurante hausse. De fait, le nombre de dossiers ouverts devant les tribunaux pour violence conjugale a bondi à Granby. Entre 2015 et 2019, ce type de dossier est passé de 85 à 141, a récemment indiqué le Journal de Montréal. Selon les données obtenues par le quotidien montréalais, de 2019 à 2020, les cas de violence conjugale judiciarisés à Granby ont progressé de près de 91%. Ainsi, au cours des cinq dernières années, on parle d’une hausse de 216,47%.

Outre l’augmentation des besoins de soutien de femmes victimes de violence conjugale, Mme Sombret note que les cas sont « de plus en plus lourds et graves ». « La maison est remplie de femmes immigrées, a-t-elle cité en exemple. Ça nous demande beaucoup de démarches parce qu’elles parlent et écrivent très peu le français. Ça prendrait le double d’intervenants juste pour cette clientèle. »

La demande d’aide pour les cas de violence conjugale est telle qu’Horizon pour Elle doit maintenant fonctionner avec une liste d’attente. « On n’a jamais eu ça, a affirmé Cathie Sombret. Malheureusement, ça ajoute à la détresse des victimes. Je reçois souvent des textos en pleine nuit pour des femmes qui doivent partir de chez elles rapidement. »

La coordonnatrice de la maison d’hébergement Horizon pour Elle, Cathie Sombret

Isolement

À la Maison Alice-Desmarais de Granby, les demandes d’hébergement sont en augmentation depuis quelques années, a confirmé la directrice de l’organisation, Carmen Paquin. La dernière année a toutefois engendré un certain plateau à ce chapitre. « La pandémie a certainement freiné plusieurs femmes par peur du virus », a-t-elle fait valoir.

Celles qui ont besoin de soutien se sont plutôt tournées vers les services externes. « On a énormément de demandes, a dit Mme Paquin, aussi bien pour préparer un départ de la maison que pour du soutien psychologique post-séparation. »

L’isolement en raison des règles sanitaires a également exacerbé la violence conjugale.

« Quand tu es avec ton conjoint violent 24/7, ça restreint ta marge de manoeuvre pour demander de l’aide, a indiqué la directrice de la maison d’hébergement. Le fait d’être coupé de ses proches pèse aussi dans la balance. Ça favorise un bien plus grand contrôle par les hommes violents. La santé mentale de pas mal tout le monde a été affectée pendant la pandémie. Et il y a beaucoup moins de soupapes pour faire baisser cette énorme pression dans plusieurs maisons. »

Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’une femme a quitté un conjoint violent que tout est réglé. « Au contraire, l’homme va souvent accroître ses stratégies de violence pour ne pas perdre son contrôle sur elle. À ce moment, le soutien est primordial. »

La directrice de la Maison Alice-Desmarais, Carmen Paquin

De 2019 à 2020, les cas de violence conjugale judiciarisés à Granby ont progressé de près de 91%. Ainsi, au cours des cinq dernières années, on parle d’une hausse de 216,47%

Carmen Paquin réitère qu’aucune règle sanitaire n’a préséance sur les droits d’une femme en détresse. « Même s’il y a un confinement, un couvre-feu, les femmes victimes de violence conjugale peuvent quitter le domicile à n’importe quel moment. Ça ne sera pas utilisé contre elles. On ne le dira jamais assez, la violence conjugale est inacceptable et il faut que les victimes parlent, demandent de l’aide. »