La plaque relatant l’histoire de Daniel Johnson a été installée devant l’ancienne maison du défunt député de Bagot.

La mémoire de Daniel Johnson célébrée à Saint-Pie

Un demi-siècle après sa mort, la mémoire de Daniel Johnson père est toujours bien vivante à Saint-Pie. Jeudi, une centaine de citoyens et de membres de la famille de l’ancien premier ministre se sont réunis pour le dévoilement une plaque commémorative en son honneur.

Le passage du temps ne semble pas avoir affecté la mémoire des Saint-Piens. Le souvenir de « Daniel », comme il se faisait appeler au village, reste vif dans l’ancien chef-lieu du défunt comté de Bagot. Jeudi dernier, l’inauguration d’une stèle commémorative a été un excellent prétexte pour de nombreux citoyens de se réunir à la salle de la FADOQ de Saint-Pie et de se rappeler cette époque.

Daniel Johnson est né à Danville en 1915, mais c’est surtout à Saint-Pie que son passage a marqué les esprits. Rien ne le prédestinait à se présenter, en 1946, sous la bannière de l’Union nationale dans un comté détenu par le Parti libéral du Québec depuis plusieurs décennies.

« Il voulait une majorité forte dans un comté libéral », témoigne son fils Daniel, à propos de son père, décédé alors qu’il était dans la vingtaine.

Après être devenu chef de l’Union nationale, il remporta en 1966 la campagne électorale contre Jean Lesage et est alors devenu le premier Johnson à occuper la fonction de premier ministre. Il succombera toutefois à une attaque cardiaque en 1968, au barrage Manic-5.

« Je me rappelle que le directeur de l’école était venu annoncer la nouvelle dans chaque classe. La télévision montrait une photo de lui avec de la musique classique et les automobilistes clignotaient leurs lumières en signe de deuil », témoigne le directeur du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Luc Cordeau.

« Le fait qu’il y ait eu trois premiers ministres à la même adresse civique est un accident de l’Histoire. La réalité, c’est que c’est lui qui nous a donné le goût de l’engagement politique et l’exemple de s’impliquer dans un milieu », témoigne Daniel Johnson fils.

Ce dernier, s’exprimant pour le reste de la fratrie, a dressé un portrait des plus positifs de son père, amenant le public au plus respectueux des silences.

« Il avait l’habitude de nous traîner un peu partout. Quand il a été élu premier ministre en 1966, on connaissait littéralement tous les maires du comté, leur famille, tout ce qui tournait autour du chef-lieu, etc. À mon sens, c’est ça que l’on souligne aujourd’hui », a rappelé celui qui s’est trouvé pendant quelques mois, en 1994, à la tête de l’État québécois.

Homme populaire
Aux dires de nombreux intervenants qui se sont succédé au micro, Daniel Johnson père incarnait une façon de faire de la politique aujourd’hui disparue.

« On n’était pas surpris de la voir dans les activités populaires, il était un peu l’ami de tout le monde », explique Luc Cordeau.

N’en déplaise aux mauvaises langues, la politique québécoise a subi de profondes transformations dans les dernières décennies.

« À l’époque, il fallait demander au député pour avoir des prêts et bourses. C’était aussi lui qui s’assoyait avec le représentant du ministère des Transports pour décider quelles routes allaient être asphaltées », se souvient Pierre Marc Johnson. Lui-même fut brièvement premier ministre du Québec en 1985, succédant à René Lévesque jusqu’à l’élection de Robert Bourassa.

Malgré l’eau qui a coulé sous les ponts depuis son décès, il y a cinquante ans, l’ancien chef du Parti québécois croit que l’héritage de son père est encore très tangible dans la société.

« Beaucoup d’institutions lui sont dues. Les universités du Québec par exemple ou encore la création des cégeps », a-t-il ajouté.

Lien puissant
Les enfants Johnson conservent un lien puissant avec l’ancien château fort politique de leur père. « Saint-Pie, c’est vraiment là où on a eu nos premières expériences et nos premiers apprentissages », explique Daniel Johnson fils. Ce dernier confie qu’il n’a pu résister, il y a quelques années, à revenir visiter la maison de son enfance située sur la rue Notre-Dame, mais qui n’appartient plus à la famille Johnson depuis la fin des années 80.

L’actuel propriétaire a permis à la municipalité de poser la stèle historique sur son terrain. La mémoire du passage de la famille Johnson à Saint-Pie sera donc immortalisée dans la mémoire collective de la municipalité.