Tout juste avant l’arrivée des locataires dans la maison, en 2016, la salle de bain du sous-sol avait été refaite à neuf, soutient la propriétaire.
Tout juste avant l’arrivée des locataires dans la maison, en 2016, la salle de bain du sous-sol avait été refaite à neuf, soutient la propriétaire.

La maison d'un couple rendue insalubre par des locataires

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Au moment de reprendre possession d’un logement, un propriétaire s’attend toujours à devoir passer un coup de balai et un coup de pinceau pour le remettre en état. Or, c’est à une corvée d’une ampleur bien plus grande que doit s’atteler un couple de Granbyens qui a eu le malheur de retrouver sa maison bigénérationnelle dans un piteux état.

À l’arrivée de La Voix de l’Est à sa maison de la rue Saint-Jude Nord, lundi midi, Monique, qui préférait ne pas être identifiée, nous a immédiatement offert des gants de latex.

Le grand nettoyage des lieux n’avait pas encore été entamé depuis leur libération, samedi. Une semaine plus tard que la fin prévue du bail, le 1er mars, à la demande des locataires qui demandaient plus de temps pour rassembler leurs effets, qui semblent plutôt avoir été en grande partie laissés sur place. « Ils nous ont laissé tous leurs meubles, on va devoir faire venir un conteneur et engager des hommes pour le remplir. On est vraiment découragés », déplore Monique.

Déjà, à l’extérieur, des commodes, des matelas et de nombreux sacs-poubelle s’empilent le long de la résidence et dans la cour arrière. À peine entrés à l’intérieur, on remarque des coulisses jaunâtres et reluisantes sur les moulures et des murs.

À l’extérieur, des commodes, des matelas et de nombreux sacs-poubelle s’empilent le long de la résidence et dans la cour arrière.

Une vive odeur de cigarette emplit nos narines. « Ils étaient trois fumeurs », précise Monique.

« Ils », c’est le couple de locataires qui occupait la résidence depuis un peu moins de quatre ans, de même que leur fils adulte et sa fillette d’âge scolaire qui occupaient le sous-sol.

C’est d’ailleurs cette partie de la demeure qui a subi le plus de dommages. « C’était rendu tellement dégueulasse qu’à un certain moment, la grand-mère a décidé d’installer la petite-fille à l’étage », raconte la propriétaire.

En bas, des détritus, des poils d’animaux et des déchets jonchent le sol. Le four n’a probablement jamais été lavé, et le réfrigérateur contient plusieurs pintes de lait expiré, entre autres aliments délaissés. Un immense sac de nourriture pour chiens a été oublié, comme beaucoup de vêtements et d’objets de la vie quotidienne.

Monique et son conjoint disposent de quelques mois pour nettoyer et rénover la maison étant donné que le prochain locataire ne prendra possession des lieux qu’en juillet.

Dans une des chambres, une commode en très bon état, bien que poussiéreuse, a été laissée à l’abandon. « Elle n’a pas l’air d’avoir servi, il y avait tellement de vêtements par terre... », lâche la propriétaire.

Plusieurs épaisseurs de duct tape ont été apposées sur la jonction entre le plancher du salon et la céramique de la salle de bain, visiblement pour aplanir le changement de revêtement. Le lavabo déborde d’emballages et de bouteilles et le sol est décoloré par la moisissure qui s’en est aussi pris au bas des murs et à la douche.

« Ça n’a pas de bon sens ! Quand ils sont rentrés en 2016, on venait de refaire la salle de bain du sous-sol à neuf : on avait installé une douche neuve et une toilette, on avait refait le plancher... », énumère Monique, excédée.

Une retraite qui fout le camp

La frustration est d’autant plus grande que Monique et son mari ont élevé leurs enfants dans cette maison construite à la fin des années 1970 et qu’ils ont décidé de la mettre en location il y a une quinzaine d’années.

Monique et son conjoint disposent de quelques mois pour nettoyer et rénover la maison étant donné que le prochain locataire ne prendra possession des lieux qu’en juillet.

« On leur a dit en décembre qu’on avait reloué pour juillet, pour respecter le délai légal de six mois. Quand mon mari était allé effectuer une réparation chez eux, il a constaté qu’il était temps qu’ils partent, si je peux le dire ainsi », détaille la Granbyenne.

Celle-ci déplore toutefois que les propriétaires se trouvant dans une situation similaire se retrouvent démunis et dépourvus de ressources pour faire valoir leurs droits face à un locataire négligent.

« On va être obligés de tout arranger. Ça va nous coûter combien tout ça ? Sûrement des milliers de dollars », avance la femme, qui ne sera pas indemnisée par son assureur, sous prétexte que les dommages ont été causés sur une longue période de temps et non lors d’un seul sinistre.

Son mari a contacté la femme du couple de locataires, raconte Monique, qui lui aurait fait comprendre qu’elle ne répondrait pas des actes de son fils, qui a aussi refusé de payer ne serait-ce que le coût de la location du conteneur. « C’est horrible, on n’a pas de recours et lui s’en lave les mains ! » s’insurge-t-elle.

« Nous, on louait pour se faire un peu de sous et pour rendre service — notre loyer n’était vraiment pas cher — et en fin de compte, on est obligés de se taper ça », ajoute Monique.

Cette mauvaise expérience leur fait remettre en question, à elle et son époux, leur désir de poursuivre à louer leurs logements. « C’était notre retraite, nos logements, confie la sexagénaire. Notre retraite, elle est en train de foutre le camp. Là, on va devoir piger dans nos économies pour payer pour les travaux. On a un autre logement qui va se libérer en juillet, et on n’a pas l’intention de le relouer de sitôt ! »

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DES PROPRIÉTAIRES DÉMUNIS

L’histoire de Monique est loin d’être un cas unique, déplorent deux associations de locateurs. Malheureusement, bien peu de propriétaires dont les logements sont laissés en mauvais état parviennent à obtenir réparation.

Selon des enquêtes effectuées par la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) et le Regroupement des propriétaires d’habitations locatives (RPHL), plus du tiers des locataires quitte un logement en le laissant malpropre ou insalubre.

« Des cas comme ça, il va y en avoir de plus en plus, prévient Hans Brouillette, directeur des affaires publiques à la CORPIQ. On a de plus en plus de gens avec une problématique de santé mentale, avec des problèmes de consommation et qui vivent seuls. »

Malheureusement, les recours des propriétaires sont encore limités. « Rien ne change du côté des lois, les assurances refusent d’indemniser quand il s’agit d’une destruction lente d’un logement et les policiers refusent généralement d’intervenir sous prétexte qu’un bail est un contrat de nature civile. Pourtant, du vandalisme, c’est un crime contre la propriété », poursuit le porte-parole.

La plupart des cas ne sont pas judiciarisés. Cela s’explique par le fait que les propriétaires préfèrent que leur locataire quitte rapidement plutôt que d’entamer de longues et coûteuses procédures qui, en fin de compte, risquent de leur rapporter peu, sinon rien. 

« Je connais plusieurs propriétaires qui pourraient tapisser des murs avec toutes les décisions qu’ils ont eues en leur faveur, mais qui n’ont pas pu toucher d’argent parce que les locataires n’étaient pas solvables », raconte Me Martin A. Messier, avocat et président du RPHL.

« On encourage les gens à porter plainte à la Régie et à monter des dossiers, car même s’ils n’obtiennent pas réparation, la décision contre le locataire laisse une trace quelque part. Ça pourrait éviter à d’autres locateurs de lui louer un logement et de subir le même sort », ajoute-t-il.

Des précautions à prendre

Tant du côté du RPHL que de la CORPIQ, on préconise une enquête approfondie sur les candidats avant de signer un bail.

« L’erreur que font plusieurs locateurs, c’est de seulement faire une enquête de crédit, note Me Messier­. Il faut parler aux propriétaires précédents et à l’employeur du candidat, consulter les bases de données et les décisions de la Régie du logement qui pourraient le concerner. Ce sont des précautions de base. »

Les deux organisations militent également pour qu’un dépôt de garantie soit exigé des locataires, ce qui est présentement illégal au Québec.

« Chez nous, on perçoit le dépôt comme un effet dissuasif. C’est peut-être tout ce que ça prend pour décourager un locataire de donner un coup de pied dans un mur », commente M. Brouillette.

« En ce moment, il n’y a, à toutes fins pratiques, aucune conséquence pour les locataires qui saccagent leur logement. L’absence de dépôt, c’est comme si le gouvernement sanctionnait l’impunité des locataires, complète Me Messier. Ça pourrait même créer un effet d’entraînement : des gens qui voient que d’autres s’en tirent sans conséquence pourraient être tentés de faire la même chose dans leur logement. »

Enfin, la CORPIQ recommande aux propriétaires d’inspecter leurs logements plus fréquemment. « Beaucoup de propriétaires ne procèdent pas à l’inspection de leur logement entre le moment où le locataire arrive et quand il est parti, note M. Brouillette. Mais une fois que le locataire est installé, on ne peut pas savoir ce qui va arriver dans sa vie et qui peut mener à de tels comportements. »