«Comme je ne suis pas bien avec moi-même, je ne suis pas bien nulle part», a indiqué la résidante du domaine Vittie et Desjardins qui a reconnu sa culpabilité à un méfait, jeudi.

La jeune incendiaire voulait alerter les autres résidents

La résidante du Centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) domaine Vittie et Desjardins qui a allumé un feu dans le sous-sol de l'édifice de la rue Dufferin, en janvier, a reconnu ses torts devant le tribunal.
À sa deuxième comparution, la femme de 24 ans, qui souffre d'une malformation de la colonne vertébrale et se déplace en fauteuil roulant, a plaidé coupable à une accusation de méfait.
« J'ai pas voulu mettre le feu (au centre), mais dans la porte, a déclaré l'accusée. J'ai jamais voulu que ce soit gros. Je regrette ce que j'ai fait. »
L'événement avait semé l'émoi chez les autres résidants, pour la plupart à mobilité réduite. Plusieurs ont souhaité son départ.
Dangerosité
« Le geste avait un potentiel de dangerosité élevé », a indiqué Me Élise Côté-Lebrun, du ministère public. Les dommages se sont limités à une porte, où un journal avait été placé, puis allumé, dans une fente servant au passage du courrier.
« Mais dans le contexte, ça ne devrait pas être traité comme un incendie criminel. Madame a avoué. Elle est sans antécédent judiciaire. »
« C'est pas vrai, j'en ai deux ! a répliqué la jeune femme. Des voies de fait. »
Qu'à cela ne tienne, les parties ont suggéré une amende de 200 $ ainsi qu'un dédommagement de 200 $ pour le dégât, ce qui a été accepté par le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec.
La jeune handicapée aura six mois pour payer les sommes dues. Elle doit aussi se soumettre à une probation d'un an et il lui est aussi interdit de troubler l'ordre public.
Intention
La question de son éventuel déménagement est à l'origine du geste commis. Estelle (nom fictif) ne veut plus habiter au domaine Vittie et Desjardins, a-t-elle mentionné à La Voix de l'Est. En allumant un feu, elle cherchait à « lever un drapeau ».
« Ma seule intention, c'était de partir. Je voulais avertir les résidants moi-même (du feu). Je veux déménager à une place où je serais plus autonome. Là, je dépends du personnel pour les repas et les soins d'hygiène, et je trouve les règles injustes pour des adultes. Il y a des heures de lever, de coucher et de repas, et on n'a qu'un bain par semaine, ce qui n'est vraiment pas assez. Ailleurs, je serais plus libre. »
Sa santé lui permet-elle de vivre de façon plus autonome ? « Je pourrais être totalement autonome si on me montre comment », dit Estelle, qui rêve à un appartement « adapté et supervisé ». Elle en a fait la demande il y a un an et demi.
Menaces
Paralysée des jambes depuis la naissance, elle admet ne pas être une résidante facile. Elle a fait des séjours en psychiatrie et dit souffrir d'un trouble de la personnalité limite. C'est dans ce contexte qu'elle a aussi fait des menaces de mort à deux employés, récemment.
« Sans ma colère, mon impulsivité, je n'aurais pas fait ça, dit Estelle. Mon problème, c'est que j'agis avant de réfléchir. »
Elle dit aujourd'hui avoir commencé un travail d'introspection. « Comme je ne suis pas bien avec moi-même, je ne suis pas bien nulle part. Je veux partir (du CHSLD), mais il y a des gens auxquels je me suis attachée. » Elle tient à souligner le travail de son éducatrice spécialisée, qu'elle qualifie de « perle ».