Un sondage indique qu’en Montérégie, 82 % des jeunes répondants de la génération Z (14-26 ans) ont dit accorder de l’importance à la diversité en milieu de travail, 90 % à l’impact social de l’entreprise et 84 % à son respect des principes du développement durable.

La génération Z sur le marché du travail: à la recherche d’un équilibre

Fainéants et individualistes, les jeunes ? Pas tellement ! Plutôt que d’être une priorité dans leur vie, leur emploi est plutôt devenu une manière de s’épanouir, nous apprend un sondage dévoilé récemment par Academos et commenté par des observateurs de la région. On rappelle que ce groupe démographique des Québécois âgés de 14 à 26 ans représente désormais un travailleur sur cinq à travers le monde.

Le sondage indique qu’en Montérégie, 82 % des jeunes répondants ont dit accorder de l’importance à la diversité en milieu de travail, 90 % à l’impact social de l’entreprise et 84 % à son respect des principes du développement durable.

Un constat qui s’aligne avec les observations de Daphné Desmarais dans le cadre de son travail de conseillère en orientation à l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc. « On voit que les jeunes sont sensibles et mobilisés par rapport à ce qui touche à l’environnement et à la diversité, qu’elle soit culturelle, sexuelle ou autre. Ils sont à la base d’impacts sociaux positifs et ils s’attendent désormais à ce que leur employeur aille dans le même sens », dit-elle.

Cela s’explique entre autres par le fait que, bien qu’ils soient 98 % à définir la réussite professionnelle comme un « objectif essentiel », les membres de la génération Z perçoivent leur carrière comme une facette de leur vie parmi tant d’autres qui leur permettra de s’épanouir pleinement. Le plaisir et le bien-être priment donc sur le prestige et l’argent, nous apprend l’enquête.

« Oui, les jeunes ont des exigences face à leur employeur, particulièrement [quant] à leurs conditions de travail. Ils recherchent plus de conciliation entre leur emploi et leur vie personnelle », remarque Pascale Robidoux, coordonnatrice des services jeunesse au CJE des Cantons de l’Est.

Cela ne signifie toutefois pas que les Z sont paresseux. « Les générations précédentes voyaient le travail comme l’œuvre d’une vie ; ils s’impliquaient par sens du devoir. Aujourd’hui, les jeunes sont conscients que leur vie est multidimensionnelle et la notion de plaisir est majeure, constate Katie Beauvais, conseillère d’orientation et aide pédagogique individuelle au Cégep de Granby. Comme société et comme employeurs, on doit être conscients de ça. »

« Les jeunes recherchent de plus en plus un équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle. Le travail n’est pas moins important, mais ils recherchent d’abord un épanouissement personnel qui est global. Ils veulent être reconnus, pas juste par un salaire, et recherchent des responsabilités à la hauteur de leurs compétences », complète Mme Desmarais.

« Cette génération-là n’attend pas la retraite pour voyager, par exemple, ajoute la conseillère en orientation. C’est une génération qui va vouloir négocier de longs congés, à l’occasion, pour partir à l’aventure. »

Et pour cause. Selon le sondage, 93 % des répondants souhaitent travailler pour un employeur qui offre une grande flexibilité.

« Les jeunes d’aujourd’hui ont entendu leurs parents se plaindre qu’ils s’ennuyaient au travail, qu’ils étaient stressés, débordés, épuisés... Ils ne veulent pas vivre la même chose. Pour les Z, le travail est une extension de la vie, et non une parenthèse dans la vie », explique la professeure au Département de sociologie de l’Université d’Ottawa Diane Pacom, dans le rapport d’Academos.

Une inquiétude normale

Le sondage indique que les Z sont excités, mais aussi inquiets et stressés par leur entrée prochaine sur le marché du travail. « Pas moins de 98 % des répondants éprouvent des inquiétudes face au marché du travail, dont la plus courante est de ne pas trouver un métier qu’ils aiment », relève-t-on.

« Je ne sens pas que les jeunes ont peur tant que ça, souligne Mme Beauvais. Comme toute nouvelle étape dans la vie, il y a une transition qui peut être insécurisante, mais qui s’estompe avec le temps quand on se familiarise avec notre nouvelle réalité. »

Mme Desmarais abonde en ce sens. « Les jeunes ne réalisent pas tous qu’ils ont le droit de changer d’idée en cours de route, dit-elle. Je leur dis que le parcours vocationnel est une série de choix et non pas un seul avec lequel on doit vivre durant toute sa carrière. J’aime bien illustrer le propos en leur disant qu’il n’y a pas seulement que l’autoroute 10 pour se rendre à Montréal. »

C’est d’ailleurs ce qui peut expliquer le fait que les jeunes s’intéressent encore plus aux professions traditionnelles qu’aux métiers émergents, tel qu’en témoigne l’enquête.

« Les élèves vont naturellement vers des professions qu’ils connaissent, donc plus traditionnelles et plus sécuritaires. Par contre, à travers leur cheminement, ils découvrent éventuellement que ces professions peuvent les mener ailleurs. Par exemple, un jeune qui souhaite devenir avocat pourrait se spécialiser dans le droit des technologies, ce qui est une avenue émergente d’une profession plus traditionnelle », illustre Mme Desmarais.

L’influence de la famille, groupe ayant le plus de poids pour 69 % des répondants, explique aussi ces choix plus traditionnels. « À cet âge, les jeunes sont encore grandement influencés par leurs parents, note Mme Pacom. Comme ces derniers pratiquent généralement des professions traditionnelles, ces professions viennent à l’esprit des jeunes lorsqu’ils réfléchissent à leur choix de carrière. Il est donc normal que peu d’entre eux pensent à des carrières émergentes, puisqu’ils n’ont souvent pas de modèles qui pratiquent ces professions dans leur famille ou leur entourage immédiat. »

Réserves

Les intervenantes sondées ont toutefois émis des réserves quant à la représentativité du sondage, étant donné que sur 70 000 jeunes sollicités, seuls 1268 ont répondu à l’enquête.

« Ceux qui ont répondu sont probablement les jeunes les plus ambitieux et extravertis, ce qui a pu influencer les résultats du sondage », note Mme Desmarais.

Pascale Robidoux est du même avis. « De notre côté, au CJE, nous avons une clientèle qui est plus démunie. Des jeunes plus vulnérables et qui font face à de nombreux défis. Certains n’ont jamais travaillé, leur famille n’a jamais travaillé. Ce sont aussi des décrocheurs et des jeunes qui ne sont pas conscients des enjeux du marché du travail. On doit faire de l’accompagnement psychosocial avec eux. »

« Eux, le fait d’avoir un patron écoresponsable, ça n’est pas une priorité puisqu’eux-mêmes ne sont pas sensibilisés à l’environnement, poursuit-elle. Tout ce qu’ils veulent, c’est réussir à dénicher un emploi et avoir un chèque de paie toutes les semaines. »

Il est possible de consulter le rapport en cliquant ici.