La force de se relever

« Ma vie s’en venait bien. Je venais d’avoir un copain, j’aimais mon travail. J’étais épanouie côté travail, côté famille. Je me sentais bien. Et ça a fait boom », raconte Vanessa Gévry-Lavallière.

La vie de la jeune femme a basculé le matin du 16 novembre 2017. En roulant sur l’autoroute 10 en direction de Bromont pour se rendre à la boutique dont elle est la cogérante, sa voiture a capoté près du kilomètre 68. Elle a traversé le terre-plein central pour atterrir à l’envers dans les voies en direction opposée.

La conductrice âgée de 31 ans n’avait pas bouclé sa ceinture de sécurité. Et le sac gonflable de sa voiture ne s’est pas déployé. Un rappel du fabricant a d’ailleurs été fait... quelques jours après ce matin qui a changé sa vie à jamais. « J’ai traversé le pare-brise que j’ai cassé avec ma nuque, raconte-t-elle. J’ai traversé une voie et demie de circulation en volant et j’ai atterri dans le fossé. »

La vie de Vanessa Gévry-Lavallière a basculé le matin du 16 novembre quand elle a capoté au volant de sa voiture sur l’autoroute 10. N’ayant pas bouclé sa ceinture­ de sécurité, elle a été éjectée.

Le pronostic médical n’avait rien d’encourageant. « Les médecins disaient qu’elle ne survivrait probablement pas », raconte sa sœur Morane Gévry-Tessier.

Une première intervention chirurgicale pendant laquelle sept spécialistes sont intervenus pour réparer les sévères dommages causés à son dos, à son cou et à son pied droit a duré 14 heures. Dix-neuf de ses 24 vertèbres ont été consolidées, c’est-à-dire qu’elles ont été vissées. D’autres vis tiennent son cou en place — qu’elle ne peut plus bouger — qui a été fracturé lors de l’impact avec le pare-brise de son auto. À la suite de cette opération, elle a été victime de quatre accidents vasculaires cérébraux.

La jeune femme a aussi été victime d’un traumatisme crânien sévère. Elle a subi des fractures au niveau de sa cage thoracique et ses poumons ont été perforés. À ce jour, elle a été opérée à trois reprises. « J’ai été chanceuse de ne pas être paralysée », estime la maman d’un garçon âgé de six ans.

Après son hospitalisation aux soins intensifs du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke où elle a été dans le coma pendant trois semaines, elle a poursuivi son cheminement au centre de réadaptation de Saint-Hyacinthe. Un parcours qui a duré cinq mois avant de pouvoir rentrer chez elle, à Saint-Paul-d’Abbotsford, le 23 mars.

Vanessa Gévry-Lavallière a subi trois interventions chirurgicales. On la voit ici en compagnie de sa sœur Morane Gévry-Tessier.

« Je suis hypothéquée », résume celle qui a notamment dû réapprendre à marcher.

Distraction au volant
La jeune femme rencontrée par La Voix de l’Est ne se souvient pas de ce qui s’est produit sur l’autoroute 10 le matin de l’accident. Elle se rappelle de sa matinée à la maison avec son fils et sa mère. Puis, plus rien. Certes, elle a été distraite au volant, mais elle ignore par quoi.

« Des fois, je mangeais au volant, je me maquillais au volant, avoue-t-elle. Et il n’était jamais rien arrivé. Ce matin-là pourtant, j’étais déjà maquillée, j’avais mangé, mon téléphone ne marchait pas. Il n’y a rien qui aurait pu me distraire. » Elle avoue également qu’elle avait tendance à rouler à plus de 100 km/h. Des actions pour lesquelles elle paie le prix fort aujourd’hui.

« Si on peut éviter UNE distraction, espère-t-elle en racontant son histoire. On peut perdre vraiment beaucoup. Mon fils avait une maman qui courrait pendant que lui faisait du vélo. On allait au parc, on jouait au soccer ensemble. Je ne pourrai plus... »

Avant que sa vie ne soit chamboulée, Vanessa Gévry-Lavallière était une grande sportive : course à pied, patin à roues alignées et soccer faisaient partie de ses activités. « J’étais extrêmement sportive. Ma vie, c’était le sport, dit la jeune femme au sourire contagieux. Là, je ne peux plus rien faire de ça. On essaie que je puisse avoir une vie un peu plus active parce que c’est important pour moi. J’ai maintenant le droit de faire un peu de vélo stationnaire, et la marche sur un tapis. Je peux nager sur le dos ou faire l’étoile. »

Des défis
La jeune femme qui carbure aux défis se surpassera le 9 juin en marchant le parcours d’un kilomètre organisé à l’occasion du demi-marathon de Saint-Paul-d’Abbotsford. Puisqu’elle ne pourra plus courir aux côtés de son fils quand il fait du vélo, elle essaie d’avoir un vélo adapté à sa nouvelle réalité.

« Tout ce que j’ai perdu pour la vie, ce n’est pas comparable, laisse-t-elle tomber en pleurant. J’en ai perdu beaucoup. Je travaille vraiment fort pour avoir un niveau de vie normal. Je travaille beaucoup, beaucoup, beaucoup. J’essaie de me dépasser. J’essaie de me donner des objectifs pour redevenir normale. J’ai espoir. »

Sa route vers une meilleure qualité de vie se poursuit. Elle est encore en réadaptation. Elle subit des traitements en physiothérapie, ergothérapie et kinésithérapie, entre autres. La jeune femme pourrait réintégrer prochainement son emploi, du moins dès que ses capacités cognitives et physiques seront meilleures. « Je suis déterminée et on ne peut pas me l’enlever. Quand je voulais quelque chose, je l’ai toujours eu, mais j’ai toujours travaillé pour », fait-elle savoir.

La jeune femme racontera son histoire à l’occasion d’une activité de sensibilisation en matière de sécurité routière orchestrée par la Sûreté du Québec, vendredi, à Magog. « J’espère que ça va éviter que d’autres passent par là », conclut la jeune femme.