L’heure de la retraite a sonné pour le responsable du service de la conservation et de l’éducation du parc de la Yamaska, Alain Mochon.
L’heure de la retraite a sonné pour le responsable du service de la conservation et de l’éducation du parc de la Yamaska, Alain Mochon.

La fin d’une aventure grandeur nature pour Alain Mochon

Après 28 ans dans le réseau des parcs nationaux du Québec, dont 20 ans au parc national de la Yamaska, Alain Mochon tirera sa révérence, ce vendredi, à l’aube de la soixantaine. Une carrière passée au coeur de la nature, à multiplier les découvertes.

Prise l’automne dernier, sa décision a été mûrement réfléchie, bien qu’un petit pincement au coeur et une fébrilité certaine l’étreignent ces jours-ci. «La retraite, ça semble toujours très loin, on n’y pense pas trop, puis à un moment, le jour J arrive! Et c’était le bon moment», fait remarquer le responsable du service de la conservation et de l’éducation.

Dire que c’est un simple échange culturel au parc national des Lacs-Waterton en Alberta qui a donné naissance à sa passion, à l’été 1984, raconte le Granbyen. «J’avais beaucoup aimé l’expérience. Ça m’avait allumé et donné envie de travailler dans ce domaine.»

Après des études en biologie et en écologie, Alain Mochon a rapidement joint le milieu des parcs nationaux. Il faisait partie de l’équipe de garde-parcs naturalistes des sites de Saint-Bruno et Boucherville, qui venait ponctuellement offrir des activités au parc de la Yamaska, quand l’opportunité d’y travailler s’est présentée au tournant des années 2000.

Peu développé à l’époque, le parc avait pourtant un fort potentiel, relate-t-il. «J’ai été choyé, car le contexte était favorable pour profiter d’une belle latitude.» Et il ne s’en est pas privé, à voir la liste de réalisations qu’il décline tout au long de l’entrevue.

À commencer par la synthèse des connaissances du parc, faite dès son arrivée. Grâce à des rencontres avec des anciens, des photos et des documents d’archives, Alain Mochon a pu reconstituer l’histoire humaine du site, mais aussi faire le portrait de sa flore, de sa faune, de son sol... «Je suis content de ce coup-là. Ç’a été un point de départ important pour l’avenir du parc.»

Il n’est pas près d’oublier non plus la découverte, en 2011 par une usagère, d’une pointe de lance préhistorique vieille de plusieurs milliers d’années, venant confirmer une présence amérindienne ancienne sur les berges de la rivière Yamaska Nord.

M. Mochon mentionne également l’inventaire sur les araignées mené sur le territoire du parc, un projet de recherche unique au Québec qui avait permis l’identification de 234 espèces différentes, dont cinq jamais vues au Québec et trois jusqu’alors inconnues de la science internationale. Ce travail de recherche avait même abouti dans des manuels scolaires québécois. «Un petit velours» pour le biologiste.

Par ailleurs, ce dernier se dit fier d’avoir aidé à ralentir la prolifération des algues bleues dans le réservoir Choinière, notamment à travers le projet de Ceinture verte. «Je laisse ce projet bien vivant et il continuera à voler de ses propres ailes.»

L’échantillonnage des perchaudes dans les plans d’eau de la région et l’étude sur la qualité de l’air au camping du parc de la Yamaska font aussi partie de ses réalisations significatives. C’est son héritage, en quelque sorte.

À force de côtoyer la nature, et celle du parc de la Yamaska en particulier, le spécialiste est convaincu d’une chose. «Autour de nous, il y a une biodiversité insoupçonnée et encore bien des choses à découvrir.»


« On a la chance incroyable de vivre tout près d’un parc national, qui est en plein coeur de la MRC de la Haute-Yamaska. Il est là à perpétuité et il restera intact. »
- Alain Mochon

Un joyau dans notre cour

L’homme insiste d’ailleurs sur la situation enviable des citoyens des environs, qui ont ce joyau naturel presque dans leur cour. «On a la chance incroyable de vivre tout près d’un parc national, qui est en plein coeur de la MRC de la Haute-Yamaska. Il est là à perpétuité et il restera intact. Si j’ai pu y contribuer, je peux dire mission accomplie.»

À la veille de son départ, Alain Mochon confie en effet avoir le sentiment d’avoir collaboré à donner au parc de la Yamaska «ses lettres de noblesse», en matière de conservation de la nature.

Bien sûr, la pandémie, le télétravail et les restrictions imposées dans les parcs nationaux ont chamboulé ses dernières semaines de travail. Le contexte de son départ est pour le moins inhabituel. Mais il ne s’en formalise pas trop.

Il se voit déjà poursuivre sa mission de protection de la nature, de façon autonome, et offrir ses connaissances à ceux qui en auront besoin. On pourra aussi le voir marcher et canoter dans la région, toujours à l’affût de beauté et de nouveautés.

Passionné par les libellules, il espère notamment aider la Ville de Granby à dresser l’inventaire de ces insectes au lac Coupland. Aux 150 espèces connues, d’autres pourraient ainsi s’ajouter. De quoi composer un jour un atlas, de concert avec d’autres mordus de sa trempe!