Plusieurs appâts alternatifs sont testés, dont des menés morts (congelés [notre photo] ou dans l’huile), des vers rouges, des vers de terre et des asticots.

La Faune teste des appâts alternatifs

L’interdiction d’utiliser des appâts vivants n’empêchera pas les amateurs de pêche de rentrer à la maison avec le souper. Des appâts alternatifs existent et sont tout aussi efficaces pour assurer des sorties de pêche fructueuses, estime le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Ces appâts sont à l’essai ces derniers jours dans la baie Missisquoi.

Depuis mardi, des pêcheurs bénévoles accrochent au bout des lignes de leurs brimbales des menés morts — congelés ou dans l’huile — des vers rouges et des vers de terre en guise d’appâts. Ils utilisent aussi au bout de leurs dandinettes des asticots. Les résultats sont encourageants, indique Yves Paradis, biologiste au MFFP. Les huit pêcheurs qui font partie du projet de recherche ont capturé mardi 209 perchaudes. « Il y a de belles pêches à faire, même sans appâts vivants », affirme-t-il.

Le recours aux appâts vivants est prohibé depuis le 1er avril dernier dans les zones de pêche 7, 8, 21 et 25. Celles-ci couvrent l’ensemble du fleuve Saint-Laurent jusque dans son estuaire, ainsi que les rivières des Outaouais, Richelieu et la baie Missisquoi. L’interdiction des appâts vivants vise à réduire les risques d’introduction d’espèces envahissantes dans des cours d’eau, souligne en entrevue à La Voix de l’Est M. Paradis, coordonnateur du projet.

Des tests d’appâts alternatifs, toujours avec le concours de pêcheurs bénévoles, ont été menés par la MFFP en janvier et février dans les lacs Saint-Louis, près de Montréal, et Saint-Pierre, près de Trois-Rivières.

Malgré des resserrements de la réglementation sur la pêche sportive et commerciale au Québec depuis les années 80, des espèces envahissantes continuent de se retrouver dans les lacs et rivières. L’utilisation d’espèces non indigènes comme appâts vivants pour la pêche explique que des poissons comme la carpe de roseau, le gardon rouge et la tanche, des poissons provenant respectivement d’Asie, d’Europe et d’Allemagne, sont signalés dans nos cours d’eau, indique M. Paradis.

Au cœur du problème : le commerce des appâts vivants, dit M. Paradis. « C’est vraiment difficile à contrôler. Le gardon rouge, qui est une espèce envahissante, ressemble au mené jaune qui est une espèce indigène que beaucoup de pêcheurs utilisent. Quand vous en avez une chaudière pleine, c’est impossible de les trier. »

Des pêcheurs bénévoles travaillent avec les biologistes du MFFP pour tester des appâts alternatifs dans la baie Missisquoi.

Traçabilité abandonnée

Le MFFP a étudié la possibilité d’instaurer un système de traçabilité des appâts vivants. L’idée a été abandonnée, car trop compliquée à contrôler, indique M. Paradis. Il ne restait qu’une option : interdire les appâts vivants.

Le Ministère s’est donné comme objectif d’essayer différentes alternatives aux appâts vivants afin de convaincre les pêcheurs, les centres de pêche et les pourvoiries que le sport peut encore se pratiquer avec succès. « Ce n’est pas la fin de la pêche », illustre M. Paradis.

L’abandon des appâts vivants présente même des avantages pour les centres de pêche et les pourvoiries, selon lui. Il est plus facile de les conserver congelés ou dans l’huile, dit-il. Les odeurs sont par ailleurs éliminées.

Les résultats des tests seront dévoilés plus tard cette année.

« Il y a des pêcheurs qui sont sceptiques. Il y en a aussi qui sont curieux de voir si ça fonctionne. Ils apprécient qu’on prenne le temps de faire des expériences. Nos pêcheurs bénévoles semblent très satisfaits des résultats », affirme M. Paradis.