La demande de moratoire concernant la technologie 5G adoptée par les élus de Sutton a été refusée par Innovation, Sciences et Développement économique Canada.
La demande de moratoire concernant la technologie 5G adoptée par les élus de Sutton a été refusée par Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

La demande de moratoire de Sutton sur la 5G refusée

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
La demande de moratoire sur la 5G demandée par la Ville de Sutton à la fin de 2019 a été rejetée à mots couverts par Innovation, sciences et développement économique Canada (ISDE).

Les élus de Sutton demandaient au gouvernement fédéral de décréter un moratoire sur l’implantation de la technologie cellulaire 5G jusqu’à ce qu’un consensus scientifique non subventionné par l’industrie prouve qu’elle n’est pas nuisible ni à la santé ni à l’environnement.

La Voix de l’Est a obtenu copie de la réponse acheminée au greffier Jonathan Fortin par la directrice générale des opérations de la gestion du spectre, du secteur du spectre et des télécommunications d’ISDE, Susan Hart.

Dans la lettre, Mme Hart explique que le ministère « a adopté le Code de sécurité 6 comme limites d’exposition canadienne aux radiofréquences pour les appareils sans fil et leur infrastructure connexe. [...] ISDE veille à ce que toutes les installations d’antenne de radiodiffusion et de téléphonie cellulaire soient conformes au CS6 et les exploitants sont tenus de se conformer au Code en tout temps. »

Elle ajoute que, en ce qui concerne les préoccupations des élus, les « appareils radio » utilisés par les promoteurs doivent respecter ces normes et que des vérifications sont faites régulièrement. « Il n’est pas dans le mandat du ministère de restreindre la technologie que les exploitants ont choisi de mettre en œuvre dans leurs réseaux. »

Le maire de Sutton, Michel Lafrance, prend note de la réception de la réponse fédérale, sans en commenter la teneur. « Je vais présenter le dossier au conseil et je vais voir comment ça va réagir. On a déjà passé une résolution, mais depuis on n’a pas rediscuté de l’évolution du dossier. »

Il souligne que la MRC Brome-Missisquoi a une politique visant à encadrer l’implantation de nouvelles tours, antennes de télécommunication ainsi que toutes structures afférentes sur le territoire de Brome-Missisquoi. « C’est une politique, ce n’est pas une loi. Ça donne un peu l’orientation, à savoir où on peut implanter des structures comme des tours. C’est intéressant de voir qu’il y a un travail qui a été fait pour essayer de minimiser ou mieux encadrer l’implantation de tours sur un territoire. »

Augmenter la pression

Selon Marie Lucie Vachon, porte-parole du regroupement Stop 5G Sutton, « la demande de moratoire n’aura des effets que lorsqu’il y aura de nombreuses demandes ailleurs au pays. Plus il y aura des demandes, plus la pression sera forte. » Sutton était la première au Canada à adopter une telle résolution.

« Il y a de nouveaux mouvements un peu partout, le dernier étant Boucherville, ajoute-t-elle. Progressivement, à travers nos rencontres avec nos députés et nos ministres, on va pouvoir transmettre nos demandes au ministère. »

Elle était par ailleurs heureuse de voir deux personnes électrosensibles invitées sur le plateau de Tout le monde en parle, à Radio-Canada, pour l’émission diffusée le 9 février. « Je trouve ça très encourageant comment ça devient un sujet dont on peut parler officiellement dans les médias. On dirait que le voile se lève, que ça devient un sujet qui intéresse suffisamment les gens pour qu’ils posent des questions et cherchent des informations. »

Débat

Dans un feuillet de renseignement sur le Code de sécurité 6, ISDE tente de déboulonner des informations qui sont véhiculées par certaines personnes qui parlent d’un manque de rigueur scientifique, surtout concernant la méthodologie.

Si le gouvernement fédéral ne croit pas aux risques des fréquences électromagnétiques sur la santé des êtres vivants, le Dr Paul Héroux a un autre point de vue fondé sur des recherches. Le physicien, professeur à la Faculté de médecine de l’Université McGill et directeur du programme de santé au travail était de passage à Sherbrooke, au milieu du mois, pour donner une conférence sur la technologie 5G. Il partage les inquiétudes de Mme Vachon.

Le quotidien La Tribune s’est intéressé à ses propos et à ce qui va se passer si la 5G entre en vigueur. « Les cancers vont devenir pires [ce qui va] raccourcir la vie utile de la population. D’ailleurs, c’est déjà en cours, car on détériore l’environnement du point de vue chimique et électromagnétique. Actuellement, on investit beaucoup d’argent dans la médecine de précision pour tenter d’éliminer les tumeurs. Avec l’environnement électromagnétique qui va augmenter, on va contrecarrer complètement ce plan », répond le Dr Héroux.

La contestation se poursuit à Sutton, mais les opposants à cette technologie font face à des citoyens qui souhaitent l’arrivée de la 5G.