De gauche à droite: Pierre Breton, député fédéral de Shefford, David Proulx, le petit Caleb et Audrey Poulin (copropriétaires de Social.mom) et le ministre de la Justice du Canada, David Lametti

La croissance bienveillante de Social.mom

Social.mom, un réseau social dédié aux mamans et qui a pour mission de briser l’isolement de la maternité, poursuit sur sa lancée grâce au soutien financier de Développement économique Canada.

L’application lancée en 2017 connaît un véritable succès, avec plus de 150 000 utilisatrices et 2000 publications par jour. « C’est un peu un mélange entre Facebook et Tinder, mais pour maman seulement », image Audrey Poulin, copropriétaire de Social.mom.

« Je me suis sentie isolée lors de mon premier congé de maternité, je sentais que j’avais besoin de voir d’autres mamans et j’avais du mal à en rencontrer », rappelle Mme Poulin, copropriétaire de l’entreprise avec son conjoint David Proulx et un troisième associé. Timide de nature, elle a pensé qu’une application numérique pourrait aider à rompre l’isolement des mères et provoquer des rencontres entre elles.

« Ce projet m’a fasciné, car non seulement il est inspiré par une femme d’affaires aguerrie, mais aussi parce qu’il répond aux besoins des femmes », a réagi David Lametti, ministre de la Justice du Canada, au nom de Navdeep Bains, ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique.

Résultat, l’entreprise de réseaux sociaux a gagné le gros lot. Un prêt remboursable de 250 000 $ leur permettra notamment de développer de nouvelles fonctionnalités en utilisant l’intelligence artificielle. 

« Les conditions de ce prêt remboursable sont très favorables, ils ne sont pas obligés de rembourser tout de suite », détaille Pierre Breton, député fédéral de Shefford. S’ajoute à cela une subvention de 100 000 $, issue du programme Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat.

« C’est une entreprise innovante, qui crée de la richesse, qui répond à des besoins chez nous, qui est en croissance, et le gouvernement du Canada s’est donné comme objectif de soutenir les entreprises innovantes », explique M. Breton.

Le fait que seulement 16 % des entreprises canadiennes soient dirigées par des femmes a joué en faveur de Social.mom lors de l’attribution de ces aides.

Le vent en poupe

« En 2018, on a été le réseau social pour mamans avec le plus de croissance aux États-Unis, s’enorgueillit David Proulx. Nos compétiteurs sont à San Francisco, New York... On domine tout le monde [au sud de la frontière]. »

L’entreprise emploie actuellement six personnes. « Qu’une entreprise d’ici ait plus de succès qu’un ingénieur de Twitter à San Francisco, celui-ci étant financé là-bas à hauteur de 10 millions de dollars, qu’on les batte sur tous les comparatifs, c’est quelque chose », souligne M. Proulx.

Celui-ci reconnaît que l’appui du gouvernement canadien est considérable. « Sans Développement économique Canada [DEC], on n’aurait pas pu attirer autant d’investisseurs privés en technologie, explique le conjoint de Mme Poulin. DEC a joué un rôle de déclencheur, depuis tout a déroulé super vite. »

Les artisans de Social.mom n’ont cependant pas ménagé leurs efforts pour faire connaître l’entreprise. Audrey et David et leurs deux enfants — ils ont depuis donné naissance à un troisième — ont ainsi parcouru le Canada en Winnebago afin de promouvoir leur projet. Partis de Halifax, ils ont rejoint Vancouver et se sont arrêtés dans 11 villes différentes, lors d’un périple à l’été 2017. « C’est comme ça qu’on est allé chercher nos 5000 premiers usagers de Social.mom », indique Mme Poulin.

Bien-être des mamans

Avec Social.mom, les mamans nouent des liens entre elles, dans leur communauté. Des amies leur sont suggérées en fonction de la géolocalisation, explique Mme Poulin. « Elles peuvent s’ouvrir, être authentiques et dire les vraies affaires ; il n’y a pas de papa dans l’application », dit-elle.

Les échanges vont bien au-delà de la relation simplement numérique, selon M. Proulx. « La grande différence avec les autres plateformes est que Social.mom encourage les mamans à se rencontrer dans la vraie vie. Elles vont partir des clubs de marche, faire des brunchs... »

Ce lieu de rencontre nouveau genre a des conséquences positives sur la santé mentale des mères. « Social.mom a énormément d’impact dans la vie des mamans, assure Mme Poulin. On reçoit des témoignages à chaque semaine de mamans qui nous disent comment on les a aidées dans leur dépression post-partum. »

La solitude maternelle touche beaucoup de femmes dans le monde. En Angleterre, selon les recherches effectuées par David Proulx, 80 % des nouvelles mamans disent souffrir de solitude, et 54 % d’entre elles n’ont pas d’amis. Selon lui, plusieurs études sur la solitude indiquent que son impact sur la durée de vie est deux fois pire que l’obésité.

Si un certain mystère entoure les projets et les revenus de l’entreprise, la concurrence étant forte et très curieuse, M. Proulx dévoile cependant la philosophie globale des futurs projets de l’entreprise : « Nous développons des technologies pour favoriser le bien-être psychologique de l’utilisatrice plutôt que de favoriser sa dépendance. [Par ailleurs], nous tirons nos revenus de nos users [utilisateurs], alors qu’aujourd’hui sur toutes les plateformes de réseaux sociaux, le user est une vache à milker [exploiter], générant des datas [données] pour les annonceurs. Nous, ce ne sera pas ça. »

Et les papas dans tout ça ? L’équipe de Social.mom prévoit leur consacrer un réseau social similaire dans moins de trois ans.