Les coureurs se sont partagé une dizaine de sacs pour une sortie spéciale de plogging, qui consiste à ramasser des déchets durant une sortie de course à pied.

La course aux déchets

Trois paires de jeans, un siège de toilette, des paquets de cigarettes, des bouteilles. Les Coureurs du dimanche, qui se réunissent tous les dimanches matins à la boutique Course & Cie, à Granby, se sont munis de quelques sacs et de gants pour nettoyer leur environnement et célébrer à leur façon le Jour de la Terre. La sortie a donné lieu à un entraînement complet incluant des accélérations vers les conteneurs à déchets pour vider les sacs ainsi que des « squats » et des « fentes » pour ramasser les détritus. La Voix de l’Est s’est joint au groupe.

Sur le coup de 9 h, la copropriétaire de la boutique Audrey Larroquette a invité la vingtaine de coureurs, dont l’auteure de ces lignes, à se partager une dizaine de sacs, croyant que ce serait suffisant. En moins de quatre kilomètres, le groupe a dû trouver des conteneurs pour vider les sacs à au moins quatre reprises.

Le parcours avait justement été choisi pour ramasser un maximum de détritus en une heure. « On est allé où on pensait qu’il y avait le plus de travail à faire en se dirigeant vers le côté de la ville un peu plus industriel. On y a trouvé notre compte. On est partie avec peut-être [dix] sacs. Ça n’a définitivement pas été assez. Nos sacs se sont remplis assez rapidement. »

Des sacs trouvés près du sentier ou de la piste cyclable ont d’ailleurs été récupérés pour ramasser encore plus de déchets rapidement.

Audrey Larroquette

Les coureurs sont partis en direction ouest sur la piste cyclable et, une fois arrivés à la rue Saint-Charles Sud, ils ont emprunté le sentier qui longe la rivière pour revenir vers le pont Patrick-Hackett. Qu’importe leur âge, tous les participants avaient à cœur de faire leur part en ce Jour de la Terre, s’attirant même les remerciements et encouragements de quelques passants.

Une action visible
L’exercice s’est fait dans le plaisir et la bonne humeur, tout en étant parfois ponctué de quelques grimaces et de soupirs de découragement devant certaines trouvailles. Bidons de lave-glace, chandails, paires de jeans, bouteilles d’alcool, laine minérale, mais aussi beaucoup d’excréments de chiens dans des sacs laissés à l’abandon ont été découverts.

La présence de plusieurs sacs contenant des excréments de chien en a surpris plus d’un. « Ça s’est assez particulier parce que les gens ramassent leurs crottes de chien, mais n’ont pas envie de les traîner avec eux, remarque Mme Larroquette. Ils les mettent dans un sac et laissent le sac sur le bord de la piste. »

Par contre, la fierté était généralisée, surtout lorsque les coureurs ont réalisé à quel point un secteur particulièrement parsemé de déchets était devenu propre grâce à eux. Celui-ci, situé entre la piste cyclable et le bâtiment de Shell, sur la rue St-Charles Sud, était particulièrement malpropre. Après y avoir fait le tour avec les sacs fraîchement vidés, les coureurs ont dû retourner au conteneur le plus proche pour les vider à nouveau avant de poursuivre.

Où sont les poubelles ?
Quelques coureurs ont aussi fait part à la représentante du journal de la rareté des poubelles municipales. « On a été frappé par le manque de poubelles sur notre parcours, souligne Mme Larroquette. Reste que c’est une piste cyclable, que ça croise des routes alors c’est facile pour les employés municipaux. Je ne sais pas comment ça fonctionne au niveau de la Ville, mais il y a beaucoup de choses qui auraient pu être mises dans une poubelle en temps normal, comme des papiers de bonbon, des emballages, plutôt que de se retrouver par terre. »

Précurseure

Avant même que l’on invente le mot plogging, qui est une contraction du mot suédois plocka upp, qui signifie ramasser, et de jogging, Audrey Larroquette en était déjà adepte à sa façon. 

Elle avait d’ailleurs tenu le blogue de la Fusée verte. « C’était en 2009. Je courrais beaucoup dans le coin de Bromont et du secteur Adamsville et je voyais plein de canettes sur le bord de la route. Je me suis dit que j’allais écrire là-dessus et que j’allais y donner une tendance écologique. J’ai fait une recherche sur la course et l’écologie et j’ai vu qu’aux États-Unis et en Europe des groupes courraient avec des sacs et ramassaient des déchets pendant leurs entraînements. J’ai trouvé que l’idée était géniale. »

Dans son blogue, elle suggérait à ses amis et aux internautes d’embarquer avec elle dans le mouvement. Elle organisait des sorties de courses dont l’objectif était de ramasser des déchets. 

« Je le faisais aussi avec mes enfants. Ça nous faisait faire des petits intervalles. Je me souviens qu’une fois, quand la neige a fondu au printemps, j’ai ramassé une cinquantaine de canettes dans mon cinq kilomètres sur le bord de la route. Ça vaut la peine de faire sa part de deux manières, premièrement c’est de ne pas jeter ses déchets par la fenêtre de la voiture et, deuxièmement, de ramasser les déchets des autres quand il y en a. »

« Je ne m'attendais pas à voir autant de déchets »

Encore méconnu dans la région, le plogging figurait parmi les nouvelles activités proposées durant le Jour de la Terre, dimanche. Cette activité, qui a pris racine dans les pays scandinaves, s’est notamment tenue à Sutton et Saint-Césaire, à l’invitation de l’Association québécoise Zéro Déchet.

À Saint-Césaire, Julie-Reine Larochelle a invité les coureurs et les marcheurs à participer. Quatre parcours différents ont été pensés pour couvrir le maximum de terrain. Une vingtaine d’adultes et une dizaine d’enfants ont participé. 

« Je ne m’attendais pas à voir autant de déchets, laisse tomber Mme Larochelle. Ça a été ça, le plus gros challenge dans notre activité. Ça a été surprenant la quantité de déchets qu’on a récolté. C’était horrible ! Des pneus, des roues de voiture, des stores, c’était n’importe quoi. Les sacs se remplissaient beaucoup trop vite. Tu faisais quelques mètres et ton sac était plein. »

Elle croyait pourtant avoir pris trop de sacs... En moins de deux heures, quatre boites de camions de type pick-up ont été remplies. Au départ, puisqu’elle croyait récolter peu de déchets, elle souhaitait en faire le tri pour le recyclage, mais la quantité dépassait l’entendement. Tous les sacs ont donc pris la direction des conteneurs de la ville, tandis que les gros objets, comme les pneus, ont été transportés au garage municipal. 

Super motivés

L’événement s’est tenu en collaboration avec la Ville et les pompiers de Saint-Césaire, qui ont escorté les groupes en pick-up.

« Les gens étaient motivés, c’était incroyable. Je suis très contente ! Il y avait des gens âgés de plus de 60 ans et ils allaient dans les ravins, ils se mouillaient les pieds, rien ne les dérangeait. Les enfants étaient aussi super motivés. » 

Le plogging ne se limite pas au Jour de la Terre. En tenant une action de la sorte, l’organisatrice souhaite conscientiser les gens à ramasser les déchets sur leur passage. « Et il y avait beaucoup de monde dehors qui nous ont vus faire. » 

À Sutton, l’événement Corvée Sutton proposait aussi aux citoyens de ramasser les déchets sur les bordures de route, les fossés, les terrains et les sentiers. Le Parc d’environnement naturel de Sutton a profité de la neige de la semaine pour rouvrir ses sentiers et a encouragé les marcheurs à s’adonner au plogging.

Ces derniers pouvaient également apporter le déchet le plus inusité qu’ils avaient trouvé à la salle Alec et Gérard Pelletier, lors d’un 5 à 7, pour courir la chance de remporter un abonnement au P.E.N.S..