La communauté du centre-ville de Granby est parmi les plus défavorisées de l'Estrie, selon des données colligées par la Direction de la santé publique de l'Estrie.

La communauté du centre-ville de Granby parmi les plus défavorisées

La communauté du centre-ville de Granby figure parmi les plus défavorisées de l'Estrie sur le plan matériel et social, selon des données colligées par la Direction de la santé publique de l'Estrie. Comme toutes les communautés plus défavorisées, l'espérance de vie des citoyens de ce secteur est inférieure par rapport à celles qui sont mieux nanties.
C'est ce qui ressort de l'État de la situation sur la population du centre-ville de Granby, une étude réalisée par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l'Estrie - Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke et récemment publiée dans le bulletin d'information Vision santé publique de la Direction de la santé publique de l'Estrie.
Quatre-vingt-seize communautés d'environ 5000 habitants de la région sociosanitaire de l'Estrie- ont été étudiées. La population du centre-ville de Granby compte 4910 habitants et est l'une des 12 communautés de la ville. Tout comme celui de Granby, les centres-villes de Sherbrooke, Magog et Cowansville font également partie des secteurs les plus défavorisés. 
« Nous identifions les communautés les plus défavorisées à l'aide de l'indice de défavorisation matérielle et sociale composé de six indicateurs : scolarité, taux d'emploi, revenu moyen, personnes séparées, divorcées ou veuves, familles monoparentales et personnes vivant seules. Ces indicateurs proviennent du recensement et de l'Enquête nationale auprès des ménages de Statistique Canada de 2011. En Estrie, 15 communautés sur 96 présentent des résultats défavorables pour ces indicateurs et se qualifient parmi les plus défavorisées de notre région sociosanitaire », explique la docteure Linda Pinsonneault, directrice de la santé publique par intérim en Estrie. 
Certains éléments sont préoccupants, notamment le fait que les deux tiers des femmes âgées de 25 à 64 ans n'ont pas fait d'études postsecondaires et que près d'une famille sur deux est monoparentale, cite en exemple la docteure Pinsonneault. « Il est démontré que la scolarité des mères est un déterminant de la santé et de la réussite éducative des enfants. En contrepartie, des initiatives telles que la pédiatrie sociale ou l'accès à des logements abordables viennent en aide aux personnes en situation précaire », ajoute-t-elle. 
En outre, près de 30 % des adultes qui vivent dans le secteur central - ce qui comprend les secteurs centre-ville, parc Horner, aréna/l'Envolée et les Galeries - souffrent d'obésité alors que cette proportion est de 21 % en Estrie. Ce phénomène jugé complexe est associé à des facteurs génétiques, comportementaux et sociétaux, explique Linda Pinsonneault. 
Hospitalisation et mortalité 
Toujours au chapitre de la santé, le taux d'hospitalisation global - toutes causes confondues - est un peu plus élevé pour les citoyens de la communauté du centre-ville de Granby (967 pour 100 000 habitants) que pour ceux de l'Estrie (810 pour 100 000 habitants). 
La communauté du centre-ville de Granby se situe également au 4e rang de la mortalité prématurée, c'est-à-dire avant l'âge de 75 ans. Le taux se situe à 556 décès pour 100 000 habitants. En Estrie, il est établi à 318 pour 100 000 habitants. Cette mortalité prématurée touche davantage les hommes. 
« Il existe des écarts de santé systématiques entre différents groupes socioéconomiques. C'est ce qu'on appelle les inégalités sociales de santé, explique Mme Pinsonneault. La population du centre-ville de Granby fait partie des groupes les plus défavorisés de l'Estrie et il n'est donc malheureusement pas surprenant de constater une plus grande utilisation des services hospitaliers et une plus forte proportion de décès prématurés. Un des objectifs de la santé publique est de travailler en intersectorialité pour réduire ces inégalités. »
Logement
La population du centre-ville de Granby figure également parmi les plus élevées de l'Estrie. Elle compte 2800 ménages et 78 % d'entre eux sont locataires. Une personne sur deux débourse 30 % ou plus de son revenu brut pour se loger tandis qu'une personne sur cinq y consacre 50 % ou plus. 
Selon les données colligées par la Direction de la santé publique, 10 % des logements sont de taille insuffisante. Près de 30 % des personnes âgées d'un an ou plus ont déménagé au moins une fois dans la dernière année alors que plus de la moitié des personnes âgées de cinq ans ou plus ont déménagé au cours des cinq dernières années. 
« Ce fort mouvement de population ne favorise pas un renforcement du tissu social qui s'avère important pour la santé », précise-t-on dans le document.
Le conseiller municipal et maire suppléant Jocelyn Dupuis
« Une désillusion à notre ville »
Le conseiller municipal et maire suppléant de Granby Jocelyn Dupuis estime que le portrait dressé dans l'État de situation sur la population du centre-ville de Granby amène une « désillusion à notre ville ». 
« Personnellement, je trouve que le portrait qu'on nous donne dans ce rapport amène une désillusion à notre ville, déplore M. Dupuis, en soulignant que les données de plusieurs tableaux contenus dans le document datent de 2011. Il ne faut pas oublier ici qu'on parle d'un rapport pour un secteur ciblé qui tient compte de seulement 4910 habitants et non pas de notre population totale qui dépasse les 67 000 habitants. »
Le conseiller assure toutefois qu'il ne nie pas « l'aspect pauvreté qui entraîne des dommages collatéraux de type maladie, espérance de vie, isolement ».
La Ville travaille notamment avec l'Office municipal d'habitation de Granby pour la construction d'un immeuble de 24 logements dans la rue Le Corbusier. Cette nouvelle construction ne changera toutefois pas les données colligées dans le document puisqu'il est situé à l'extérieur du centre-ville, déplore M. Dupuis. 
Le conseiller municipal ajoute que la Ville de Granby préconise de saines habitudes de vie et que plusieurs politiques, notamment familiale et jeunesse, sont en place. 
Plusieurs projets structurants verront le jour à court et moyen termes à Granby, souligne la Direction de la santé publique, tels que la revitalisation du centre-ville et le centre aquatique. « Ce sont des projets qui aideront à améliorer la qualité de vie de ce secteur, estime le conseiller Dupuis. Nous sommes conscients qu'il y a encore des améliorations à faire. Il ne faut surtout pas penser qu'on ne tiendra pas compte de ce rapport, mais le travail est déjà commencé. »
Le coordonnateur du Groupe actions solutions pauvreté, Nicolas Luppens
« Un portrait assez triste »
Le coordonnateur du Groupe actions solutions pauvreté (GSAP), Nicolas Luppens, qualifie l'étude réalisée par la Direction de la santé publique de « portrait assez triste de la réalité des gens les plus vulnérables du territoire », mais il n'est pas surpris des constats qu'on y fait.
« On sait que le secteur du centre-ville est le plus défavorisé de Granby­. C'est pour cette raison qu'il y a beaucoup de ressources d'aide dans le secteur, dit-il. Ce n'est pas nouveau, mais ça peut peut-être interpeller des gens qui peuvent apporter des solutions. »
La question du logement social interpelle le groupe action logement habitation qui a notamment réalisé un sondage sur le sujet. L'Association coopérative d'économie familiale a également produit une recherche auprès des locataires à faible revenu qui dressait un portrait « assez sombre », qualifie M. Luppens. 
Lors d'une tournée des tables de concertation et organismes, diverses pistes de solutions ont été avancées, notamment celle d'avoir une intervention plus soutenue de la Ville de Granby à l'égard du logement, explique M. Luppens. « On sait qu'il y a un déficit en logements sociaux depuis de nombreuses années à Granby », dit celui qui suggère la mise en place d'une politique d'habitation­ par les élus municipaux. 
Il manque environ 300 unités de logements sociaux pour pallier le besoin minimum de la population, ajoute le coordonnateur du GASP en précisant que la municipalité s'implique depuis plusieurs années. D'ailleurs, un projet de 96 logements est dans les cartons, mais celui-ci n'a toujours pas été identifié comme une priorité au niveau provincial­, explique Nicolas Luppens. 
La Direction de la santé publique affirme dans son analyse de la situation qu'en travaillant en partenariat en matière notamment de logement et d'infrastructures récréatives et sportives, la qualité de vie et de santé des individus s'améliorera, ce avec quoi le GASP est entièrement d'accord. 
D'ailleurs, en plus des autorités municipales, les propriétaires d'immeubles locatifs pourraient être impliqués dans les démarches pour trouver une solution au manque de logements, suggère M. Luppens.