La clinique d’accès déménagera dans le CLSC Yvan-Duquette, rue Déragon. Les services y seront offerts à partir de septembre.

La clinique d'accès de Granby déménage

Alors que la fin du bail de la clinique d’accès de Granby, rue St-Jacques, se profile, La Voix de l’Est a appris que les services et le personnel de l’établissement seront rapatriés au CLSC Yvan-Duquette, rue Déragon. La clientèle orpheline et sans médecin de famille y sera accueillie dès septembre à raison de trois jours par semaine.

La clinique d’accès actuelle n’offrira plus de services de santé directs à la population dès le 29 juin. Les activités reprendront en septembre à la nouvelle adresse. La directrice des services généraux du CIUSSS de l’Estrie, Lyne Cardinal, n’était toutefois pas en mesure, jeudi, de donner une date précise pour la relance des opérations. « Il n’y a pas de fermeture de la clinique d’accès, a-t-elle insisté, précisant qu’il n’y aurait pas de perte d’emplois. Nous allons modifier notre offre de services. » 

Cependant, les plages horaires ont été revues à la baisse. Les services disponibles passeront de 40 heures — assurés par une vingtaine de médecins et une infirmière clinicienne — à trois jours par semaine. « Une offre de services de deux jours par semaine sera suffisante pour répondre aux besoins des personnes qui n’ont pas de médecin pour le moment, a fait valoir Mme Cardinal. À cela s’ajoute une troisième journée dédiée au renouvellement de prescriptions ou pour remplir des formulaires. » Il n’a toutefois pas été possible de savoir combien de médecins assureront les services dans l’établissement de la rue Déragon.

Au cours de la prochaine semaine, une agente prendra les appels des gens qui souhaitent avoir un rendez-vous à la clinique d’accès. Ceux-ci seront ensuite redirigés « ailleurs dans le réseau pour répondre aux besoins immédiats de santé », a indiqué Lyne Cardinal.  

La directrice des services généraux du CIUSSS de l’Estrie, Lyne Cardinal

Changement de cap

Rappelons qu’en avril, il avait été décidé de fermer la clinique d’accès. Les différents groupes de médecine familiale (GMF) de la région devaient prendre en charge sa clientèle, une information corroborée par le président de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska (AMOY), Dr Jacques Bergeron. 

La perspective de vider la liste du GAMF était envisageable « d’ici la fin de 2018 ou le début de 2019 » en adoptant cette approche, indiquait-il. 

Le CIUSSS a finalement changé de cap, principalement en raison du manque d’effectifs médicaux, a évoqué en entrevue Dre Caroline Tanguay, responsable du département régional de médecine générale (DRMG) en Haute-Yamaska. « Les GMF ont aussi un problème d’espace. Compte tenu de l’inscription qui se poursuit dans les différentes installations, des professionnels s’ajoutent », a-t-elle renchéri, citant en exemple les travailleurs sociaux, les infirmières et les pharmaciens.

Les plus récentes données fournies par l’AMOY indiquent que les taux d’inscription à un médecin de famille dans les Réseaux locaux de services (RLS) de la Haute-Yamaska et La Pommeraie sont respectivement de 90 % et 92 %. 

Notons que la cible émanant de l’entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec [loi 20] est de 85 % pour l’ensemble du Québec.

Selon la responsable du DRMG, 718 patients de la clinique d’accès ont été pris en charge prioritairement par un médecin de famille au cours de la dernière année.

Déception et scepticisme

En entrevue à la fin avril, le député de Granby, François Bonnardel­, avait qualifié de « demi-victoire » la nouvelle de la prise en charge de la clientèle de la clinique d’accès par les GMF de la région. Il émet toutefois des réserves au sujet de l’option retenue par le CIUSSS, se disant « peu rassuré ». « Ça a l’air bien beau sur papier, mais il va falloir s’assurer, dès le début de septembre, que l’offre de services sera adéquate pour les patients orphelins. Et surtout que l’urgence ne paiera pas le prix de cette décision. J’ose croire que le CIUSSS a fait ses devoirs avec le CLSC », a indiqué jeudi le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec.

De son côté, la directrice générale de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY), Joanne Ouellette, ne décolère pas. Rappelons que SERY est propriétaire de l’immeuble où loge la clinique d’accès, rue Saint-Jacques. « J’ai appris à midi aujourd’hui (jeudi) que le bail de la clinique ne serait pas renouvelé. C’est quand même extraordinaire pour se tourner de bord, a-t-elle clamé en entrevue jeudi. [...] Je trouve que c’est de la gestion de brousse de faire ça à la dernière minute. Même les employés de la clinique ont appris la décision en même temps que moi. Avec le CIUSSS, on est la Gaspésie de l’autoroute 10. On est en région éloignée. Tout ce qui part de Sherbrooke se termine à Magog. Alors, pour développer des services, on repassera. »

Ce que nie Lyne Cardinal, arguant que les effectifs de la clinique avaient commencé au cours des dernières semaines à informer verbalement la clientèle que les services cesseraient sous peu à l’établissement de la rue St-Jacques. La représentante du CIUSSS a également mentionné que le bail sera honoré jusqu’à la toute fin, soit le 30 septembre. « La seule économie qu’on fait, a clamé Mme Cardinal, est l’utilisation judicieuse des fonds publics. »