Guidés par leur enseignante, la classe de Madame Lucie a plongé dans l'univers de la politique avec une belle ouverture d’esprit.

La classe politique...de Madame Lucie

Lorsque vous étiez en 5e année du primaire, aviez-vous un tant soit peu d’intérêt pour la politique? Non? Il semble que les choses aient changé. Du moins dans la classe de Madame Lucie, où les élèves prennent la chose très au sérieux. C’était d’ailleurs jour de scrutin, vendredi!

Depuis la rentrée scolaire, chaque matin, ils consultent les journaux électroniques durant 30 minutes, puis font une revue de presse pendant une autre demi-heure. En raison de la campagne électorale provinciale, la politique était tout naturellement à l’ordre du jour. Gouvernement majoritaire ou minoritaire, nombre de circonscriptions, processus électoral... Guidés par leur enseignante, ils ont plongé dans cet univers avec une belle ouverture d’esprit.

Madame Lucie, c’est Lucie Duhamel, prof passionnée et férue de politique, titulaire de la classe 502 de l’école primaire Eurêka à Granby. Fille d’un ancien conseiller municipal de Granby, elle se fait un point d’honneur de transmettre son intérêt aux jeunes depuis une vingtaine d’années.

« Je suis tombée dans la politique quand j’étais jeune et je trouve important de pratiquer son devoir de citoyen et d’aller voter. Au début, c’est un peu comme du chinois pour eux, mais la grande majorité embarque. Ça les valorise de pouvoir en discuter avec leurs parents », constate-t-elle, en donnant l’exemple d’un certain petit Elliott qui s’est découvert un véritable amour pour la politique lors de son passage dans sa classe. « Il m’avait dit : un jour, je serai premier ministre. Aujourd’hui au secondaire, il est super actif au sein du Parti libéral. »

L'enseignante Lucie Duhamel devant sa classe de 5e année.

L’heure du vote

Derrière elle, ses 24 élèves sont en pleine élection. Assis à leur place, sages comme des images sous le regard d’une « agente de sécurité », ils attendent d’être appelés par la « scrutatrice » et la « secrétaire » — les trois sont aussi des élèves du groupe — pour s’identifier au moyen d’un permis de conduire fabriqué expressément pour l’occasion. Une fois dans l’isoloir, chacun prend le temps de choisir son candidat favori parmi les huit en lice dans la circonscription de Granby, de cocher son nom sur un bulletin et de le déposer dans l’urne, en ayant pris soin de le plier de la bonne manière!

Et comme dans la vraie vie, il y a ce petit je-ne-sais-quoi qui flotte dans l’air en cet instant de grandes décisions. « Ils gardent le silence comme dans un vrai bureau de vote », chuchote Mme Duhamel, en précisant qu’elle se garde bien d’influencer les enfants.

Pour se forger leur propre opinion, les jeunes ont d’ailleurs reçu la visite de tous les candidats ces dernières semaines, « sauf Lyne Laverdure du Parti libéral, à cause d’un conflit d’horaire », indique Madame Lucie, qui a néanmoins diffusé une vidéo de la dame.

Et l’élu est...

Le député sortant François Bonnardel sera heureux d’apprendre qu’à l’issue du dépouillement officiel par la scrutatrice et la secrétaire, les jeunes lui ont accordé leur confiance dans une proportion de près de 67% avec 16 votes sur 24. La péquiste Chantal Beauchemin a remporté quatre voix, contre deux pour Anne-Sophie Legault de Québec solidaire et deux en faveur de Daphné Poulin du Parti vert du Québec.

Après avoir présenté leur permis de conduire fabriqué pour l’occasion et voté pour leur candidat favori dans Granby, les élèves ont symboliquement déposé leur bulletin dans l’urne.

« Je déclare donc François Bonnardel élu dans notre classe », a statué l’enseignante, pour rendre l’exercice réaliste de bout en bout.

Manifestement, les élèves ont apprécié non seulement le résultat, mais le processus en général. Plusieurs ont même enregistré et visionné les débats des chefs.

« Moi, j’aime ça quand Madame Lucie nous parle de politique et je suis déçue de voir que des adultes ne connaissent pas ça », fait remarquer Mélodie, dont la grande soeur n’en peut plus de l’entendre discuter de ce sujet à la maison.

«Je ne connaissais rien en politique avant. Maintenant, j’en sais plus que ma soeur de 16 ans et même mes parents! J’en parle beaucoup avec ma famille», renchérit Alessia. Même chose pour Ana-Maude, qui songe sérieusement à devenir un jour députée...

Elle et la plupart de ses camarades de classe ont réalisé l’importance de cet enjeu dans leur vie, et ils en ont tiré un réel plaisir, assurent-ils. «J’ai aimé jouer à voter et faire la lecture des journaux tous les matins», affirme Salomé.

Invités à dévoiler — à leur guise — pour qui ils ont voté, les jeunes ne se font pas prier. «Au début, je prenais pour Chantal Beauchemin, mais j’ai voté pour la CAQ parce que François Bonnardel nous a dit qu’il n’était pas pour le pot...», confie Nathaniel le plus sérieusement du monde. «Moi, j’ai choisi Chantal Beauchemin parce que polluer la Terre, ce n’est pas une bonne idée», allègue Coralie.

Son copain Alexandre, qui a privilégié M. Bonnardel, trouve pour sa part qu’il n’y a pas assez de médecins de famille «et que le lac Boivin a vraiment besoin d’être nettoyé».

Et même si chacun ajoute son grain de sel à la conversation, c’est Xavier qui a le dernier mot. «La politique, c’est cool. Je pense que toutes les classes de 4e, 5e et 6e années devraient faire ce qu’on a fait.»

Chose certaine, ce lundi, presque tous les élèves présents ont l’intention d’accompagner leurs parents aux urnes, en espérant avoir le droit de se rendre jusque dans l’isoloir. Pour enfin voir de quoi tout cela a l’air pour vrai!