Le litige opposant les parties, qui demeuraient toutes sur le rang de Fort-Georges à Sainte-Angèle-de-Monnoir, prend son origine dans la relocalisation de la boîte aux lettres d’un autre résident du rang.

La boîte aux lettres de la discorde

Six ans après avoir tout tenté pour empêcher un voisin d’installer sa boîte aux lettres devant leur résidence, un couple a été débouté par le tribunal dans sa tentative d’obtenir une compensation auprès d’un autre citoyen qu’il accusait de harcèlement.

Shao Jun Yang et Gui Ying Wang, des enseignants chinois ayant immigré au Québec il y a une vingtaine d’années, alléguaient que Jaime Quezada, un retraité angèloirien, les avait harcelés au point d’user de violence physique à une occasion. Ils réclamaient des dommages-intérêts dont le montant n’était pas spécifié. M. Quezada niait pour sa part toutes les accusations du couple et leur demandait une compensation.

Le litige opposant les parties, qui demeuraient toutes sur le rang de Fort-Georges, prend son origine dans la relocalisation de la boîte aux lettres d’un autre résident du rang, Jean-Paul Bergeron. Invité à l’été 2012 par Postes Canada à déplacer sa boîte aux lettres, le citoyen choisit un emplacement situé à environ un mètre de celle des demandeurs, ses voisins d’en face.

Ceux-ci s’opposent d’emblée à l’initiative, allant même jusqu’à retirer un drapeau planté par la société d’État pour marquer l’endroit, prétextant que le terrain leur appartient. Or, la bordure de terrain appartient au ministère des Transports, ce dont le couple est « pleinement conscient », souligne le verdict rendu la semaine dernière par le juge Louis-Paul Cullen, de la Cour supérieure.

Le différend s’étire sur plusieurs mois. Cet antagonisme amène Jean-Paul Bergeron à mettre en demeure, le 7 novembre 2012, le couple, qui riposte le jour même en déposant une plainte de harcèlement criminel contre lui et en l’accusant d’être à l’origine de plusieurs incidents et méfaits survenus sur leur propriété entre 2007 et 2012, dont deux cambriolages et du vandalisme.

Altercation
Deux jours plus tard, M. Bergeron et M. Quezada, venu lui donner un coup de main, tentent d’installer la boîte aux lettres quand M. Yang sort en pyjama pour les en empêcher. Les policiers sont appelés sur les lieux ; le demandeur allègue avoir été menacé par M. Quezada avec une pioche, ce que ce dernier nie.

Le 12 novembre, M. Bergeron retourne sur place accompagné d’une policière. Selon la version de M. Yang, celle-ci défonce la porte de sa résidence, ce qui vaut une plainte à la dame, de même qu’à M. Bergeron et M. Quezada. Le juge ne l’a pas cru, notamment parce que son épouse l’a contredit dans son propre témoignage.

Le lendemain, la boîte aux lettres est enfin installée ; du moins c’est ce que croit son propriétaire, qui la retrouvera plutôt sur son terrain quelques heures plus tard.

Le 15 novembre, une altercation survient à nouveau entre les trois hommes lors d’une ultime tentative d’installer la boîte aux lettres. Leurs versions diffèrent : si M. Yang allègue avoir été menacé et frappé par M. Quezada avec une tige de fer, ce dernier a témoigné ne pas l’avoir touché et qu’il se serait plutôt étendu lui-même sur le sol avant de demander d’être reconduit à l’hôpital.

« Peur irrationnelle »
Au juge qui leur demandait, lors des audiences ayant eu lieu les 9 et 10 avril à Saint-Hyacinthe, pourquoi ils s’opposaient à ce que M. Bergeron installe sa boîte aux lettres à côté de la leur, les demandeurs ont fait savoir qu’ils se sentaient menacés et qu’ils craignaient pour leur sécurité, notamment en raison du meurtre d’un étudiant chinois par Luka Rocco Magnotta, quelques mois plus tôt.

Cela n’a pas convaincu le juge, qui écrit : « la peur irrationnelle que les demandeurs invoquent afin de justifier leur comportement ne les empêche à aucun moment d’exprimer oralement et par écrit leur féroce opposition au projet de M. Bergeron [ni] de se faire justice eux-mêmes [...] Cette peur qu’ils invoquent n’empêche pas le demandeur de sortir de chez lui avec une masse le 15 novembre 2012 et d’arracher devant M. Bergeron et le défendeur le poteau qu’ils venaient d’installer. »

Dans son analyse, le juge Cullen retient que M. Quezada n’avait aucun intérêt ou motif à agir contre les demandeurs et qu’il ne cherchait qu’à aider M. Bergeron à installer sa boîte aux lettres. Le magistrat note également que le témoignage du couple est par moments « invraisemblable » et truffé de contradictions.

« La thèse des demandeurs sur l’existence d’un complot ourdi par le défendeur contre eux [...] relève d’une phobie de la persécution discriminatoire dont ils se disent victimes depuis des années et qui marque leur vision d’autrui, y compris des personnes en autorité dont le policier et le juge, s’il n’est pas acquiescé à leur conception de la réalité », écrit d’ailleurs l’homme de droit, qui qualifie leur recours comme étant « sans fondement » et leur attribue même certains traits observés chez les plaideurs quérulents.

Notons qu’en novembre 2015, le couple avait également une poursuite civile contre les policiers de la Sûreté du Québec de Rouville, qu’il accusait de discrimination, d’avoir caché intentionnellement un rapport d’incident leur étant favorable et d’avoir falsifié des rapports de police pour protéger les deux hommes. La poursuite avait été jugée frivole par la Cour.

Shao Jun Yang et Gui Ying Wang ont quitté Sainte-Angèle-de-Monnoir au cours de l’année 2013. M. Bergeron utilise pour sa part une boîte postale communautaire pour recevoir son courrier.

Les parties seront de retour au tribunal au début de juin pour échanger sur la sanction à imposer aux demandeurs pour leur requête jugée « sans fondement ».