Mario Brouillette a écrit à de nombreux clients pour leur annoncer la fermeture de la bijouterie familiale. « Il y en a qui ont versé des larmes. Ça devient émotionnel, c’est assez touchant. [...] J’ai été chanceux de faire des affaires à une époque où le contact humain était important. »

La Bijouterie Brouillette fermera ses portes

Une institution du centre-ville de Granby fermera bientôt ses portes. Installée au 171 de la rue Principale depuis 1939, la Bijouterie Brouillette procède actuellement à une vente spéciale visant à liquider son inventaire.

Propriétaire du commerce depuis 45 ans, Mario Brouillette a longuement cogité avant de prendre « la décision la plus difficile de sa vie ».

« Je n’étais pas en mode expansion, je voulais rapetisser. Mais je m’aperçois que ça ne fonctionne pas du tout. [...] Tu tombes entre deux chaises », a-t-il expliqué.

« Comme tout le monde, j’ai de la difficulté à trouver du personnel. Et quand tu n’en trouves pas, tu fais plus d’heures. C’était trop pour ce que je voulais faire à ce stade-ci. »

Outre son propriétaire, la bijouterie emploie actuellement une seule personne à temps plein. Notons que M. Brouillette n’a pu trouver de relève naturelle pour reprendre le commerce fondé par son père Yvan.

Contacts humains

Au fil des années, le bijoutier de 64 ans a eu le plaisir de servir différentes générations de clients. Il a d’ailleurs écrit à plusieurs d’entre eux pour leur annoncer la nouvelle. « Il y en a qui ont versé des larmes. Ça devient émotionnel, c’est assez touchant. [...] J’ai été chanceux de faire des affaires à une époque où le contact humain était important. »

Mario Brouillette souligne que le secteur des bijoux n’échappe pas aux turbulences touchant le commerce de détail. « Comme le disait récemment Peter Simons, je peux rencontrer les prix, mais si j’ai 15 % de différence en taxes, les gens vont acheter sur Amazon. Ils ne sont pas fous », a plaidé l’ex-président de la défunte Société de développement commercial du centre-ville de Granby.

Une retraite partielle

La boutique familiale est bien évidemment porteuse de nombreux souvenirs pour M. Brouillette. « Dès l’âge de 12 ans, j’ai commencé à venir aider mon père chaque Noël, a-t-il raconté. Un Noël sans travailler, je ne vois pas ça comme un répit. Même que je suis un peu anxieux, je ne sais pas ce que je vais faire... »

Il faut dire que la retraite du populaire bijoutier ne sera que partielle, puisqu’il souhaite garder ouvert son atelier de réparation — une pratique qu’il « adore » — à raison de trois jours par semaine. Si la demande finit par s’estomper, il songera alors à louer la bâtisse dont il est également propriétaire. « J’ai un seul boss, et ce sont mes clients. S’ils ne viennent plus me voir, je vais mettre la clé sous la porte. »

Mario Brouillette l’admet volontiers : il ne sait trop ce que le futur lui réserve. « Moi, j’ai travaillé toute ma vie. Je ne joue pas au golf. Je ne vais pas à la pêche ni à la chasse. Je n’aime pas la Floride. Mais je vais bien me trouver quelque chose ! » N’empêche que les propriétaires de bijoux n’ont pas à s’inquiéter outre mesure. S’ils ont besoin d’une réparation ou d’un ajustement, Mario Brouillette ne devrait pas abandonner son atelier de la rue Principale de sitôt...