Le député de Québec solidaire, Amir Khadir.

Khadir prend le pouls de la région

C’était au tour du député Amir Khadir d’être de passage à Cowansville cette semaine. Mercredi après-midi, le député de Québec solidaire a notamment rencontré Francis Dorion, de la MRC Brome-Missisquoi, afin d’en apprendre davantage sur le programme Arterre, anciennement Banque de terres, né dans la région.

La Montérégie était la dernière région visitée par M. Khadir, ce qui mettra fin à un an et demi de tournée économique partout au Québec. « On a décidé de faire une tournée pour rencontrer les acteurs locaux de différents secteurs pour voir, dans le détail, quelle est la réalité de chaque région, quelles sont les déficiences dans les programmes gouvernementaux qui doivent être corrigées », explique-t-il en entrevue.

« On fait une espèce de radiographie fine, un scan de la situation par région pour que notre plateforme électorale soit plus raffinée et qu’on ait une plateforme qui corresponde aux régions et aux besoins pour capter le meilleur des initiatives et des solutions trouvées localement pour l’offrir dans notre programme électoral. »

Francis Dorion, directeur général adjoint et directeur du service de la gestion du territoire de la MRC, a donc reçu Amir Khadir afin de lui parler du programme Arterre, maintenant déployée partout à travers le Québec.

La petite histoire
L’initiative Banque de terres a vu le jour en 2011, mais les premiers jumelages entre propriétaires terriens et agriculteurs de la relève ont débuté environ deux ans plus tard. Jusqu’en 2016, 37 jumelages avaient été réussis. C’est le cas d’un acériculteur venu raconter son expérience au député solidaire (voir encadré).

D’autres MRC se sont montrées intéressées par le programme, qui a commencé à s’exporter. Devant l’intérêt croissant, la MRC Brome- Missisquoi a choisi d’approcher le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) pour qu’il chapeaute le tout. Une enveloppe de 300 000$ a d’ailleurs été consentie par le MAPAQ, mais ce sont aux MRC de payer les ressources dédiées à son instauration.

Une pause a été nécessaire dans la région pour transporter le programme puisque l’experte de la MRC a été prêtée au CRAAQ durant six mois. Banque de terres est depuis devenue Arterre.

M. Khadir s’est montré intéressé par la démarche et par ses résultats, d’autant plus que les chiffres frappent. Sur les quelque 800 fermes de la région, seulement 17 % d’entre elles ont une relève identifiée, soulève M. Dorion. Avec l’accessibilité à la terre qui se fait ardue et souvent impossible pour la relève non apparentée, le programme est venu répondre à un besoin criant.

« Il y a un grand succès et c’est parce que c’est personnalisé », souligne M. Dorion. Des entretiens avec l’agriculteur permettent d’identifier les forces et les besoins. Puis, une banque de terres non utilisées par les propriétaires intéressés à la louer est épluchée. Propriétaires et agriculteurs se rencontrent, et si une chimie se crée, il n’est pas rare qu’une entente soit signée.

Le programme et l’agent qui y est rattaché deviennent des facilitateurs dans un processus normalement lourd. Au final, un tel programme permet de protéger les territoires, mais aussi de les valoriser.

Plus de financement
Amir Khadir a posé beaucoup de questions sur l’aspect financier du programme.

« Je trouve très timide l’implication du gouvernement central dans ce projet-là au vu du potentiel que ça représente. J’aurais aimé, pour que plus de municipalités puissent embarquer, que le gouvernement central soutienne l’opération MRC par MRC pour ne pas qu’elles soit prises à financer seules l’implantation du service. »

Il a suggéré durant la rencontre qu’un tel soutien pourrait faire partie de la plateforme électorale de Québec solidaire et il s’est montré préoccupé par la charge fiscale pour la relève agricole.

Le parti compte bien commencer à faire sa place en région aux élections générales de cet automne grâce aux idées amenées par le parti qui rejoignent les valeurs québécoises, comme l’investissement pour de meilleurs services publics. « On travaille dans la patience et la durée sachant que, sur le plan des choix fondamentaux, nous sommes beaucoup plus proches des orientations des Québécois que les partis de droite. »

Les candidats de Québec solidaire dans les MRC Brome-Missisquoi et Haute-Yamaska ne sont toujours pas connus, mais Amir Khadir assure qu’il y aura des représentants dans presque tous les comtés. L’absence de Pierre Paradis depuis un an sera un élément important à considérer pour ce qui est l’investiture dans Brome-Missisquoi, note-t-il.

Il a terminé sa visite au Marché de solidarité régionale de Cowansville, où il a fait la rencontre de plusieurs producteurs agroalimentaires de la région.

L’EXEMPLE DE RÉUSSITE DE L'ÉRABLIÈRE LA COULÉE SUISSE

Né sur une ferme laitière de Saint-Alexandre, Julien Dupasquier n’était pas le seul de la famille à vouloir prendre la relève de ses parents. En 2016, ambitieux et volontaire, il a sauté sur une opportunité qui s’est présentée et, grâce au programme Banque de terres, son projet s’est transformé en succès.

La Fédération des producteurs acéricoles du Québec a ouvert des places dans le domaine du sirop d’érable, ce qui arrive rarement. La relève pouvait donc appliquer et espérer remporter le tirage pour se lancer dans la production acéricole. C’était le cas du jeune Dupasquier, aujourd’hui âgé de 26 ans. À l’automne 2016, il a obtenu son droit de produire et a contacté la MRC pour trouver une terre à louer.

« On ne se cachera pas que je n’avais pas la mise de fonds pour acheter un terrain et l’appel de candidatures s’est tellement fait vite que je n’avais pas le temps de trouver une érablière et l’acheter. Je me suis tourné vers Leslie Carbonneau, coordonnatrice de Banque de terres. Elle m’a évalué pour voir si j’avais le sérieux et les ressources nécessaires. Elle m’a présenté quatre terres différentes, on en a visité deux et à la deuxième j’étais convaincu de mon choix. Le propriétaire et moi, ça fonctionnait, on avait la même vision. De l’ouverture du dossier jusqu’à la fin du jumelage, ça a pris à peu près trois mois. Mon dossier a été rapide parce que j’étais un candidat prêt. »

Ils ont signé et fait notarier un bail de quinze ans, une exigence de la FPAQ afin d’assurer d’une stabilité. Puis, il a investi dans les équipements et a rénové la cabane à sucre déjà sur place. La terre n’était plus exploitée depuis une vingtaine d’années. 

Tout était fin prêt pour les coulées du printemps et son entreprise est devenue l’érablière La Coulée Suisse, en hommage à ses origines. Il s’y sent aujourd’hui comme chez lui et l’acériculture l’emballe au point tel qu’il a signé un deuxième bail avec le propriétaire d’une autre érablière, située à deux kilomètres de la première. 

« Le gros avantage que j’ai de louer ce fonds de terrain plutôt que de l’acheter, c’est qu’au lieu d’avoir de gros paiements d’intérêts et de capital, mon loyer est peut-être 30% des intérêts que je paierais. La différence que j’économise, je l’ai mis sur des équipements plus performants et j’ai des rendements plus performants. »

Il s’est également entouré de mentors pour l’aider puisqu’il n’avait aucune expertise en acériculture.

Il détient un contingent sur sa première terre en location, ce qui lui permet de vendre directement en épicerie. Pour l’autre, il peut vendre sur place.

« Avec les années, je veux continuer à pousser ce modèle-là, dit-il. Je veux louer plusieurs terres à Frelighsburg pour aller chercher de l’eau à plusieurs endroits. J’ai aussi un deuxième projet, qui est d’aller vendre une partie de ma production en Suisse dans 5 ans. »

Il a également annoncé qu’il allait vendre du sirop d’érable au profit de la Fondation du cancer du sein. « Je vais faire un lancement de produit le 2 mars », lance-t-il avant d’inviter Amir Khadir. Ce dernier a laissé entendre que ça lui ferait plaisir d’y être, impressionné par les accomplissements du jeune père de famille.