Karine Cotnoir, copropriétaire de la librairie jeunesse indépendante Le repère, au 216 rue Principale à Granby et l’auteur jeunesse Carl Rocheleau, lors de la journée «J’achète un livre québécois».

Journée «J'achète un livre québécois»: soutenir les auteurs d’ici

« Il y avait des gens avant même l’ouverture ce matin », rapporte, non pas la gérante d’un magasin Apple à la sortie du nouveau iPhone, mais bien Karine Cotnoir, copropriétaire de la librairie jeunesse indépendante Le repère, à l’occasion de la journée « J’achète un livre québécois », qui se tient annuellement le 12 août depuis maintenant six ans.

Partout à travers la province, cette date marque l’occasion de célébrer la littérature d’ici. Plusieurs auteurs vont à la rencontre des lecteurs dans les librairies qui, elles, identifient clairement quelles sont les œuvres québécoises dans leur inventaire.

Cette initiative portée par un auteur granbyen, Patrice Cazeault, et l’auteure Amélie Dubé, est passée d’un mouvement sur les médias sociaux à un rendez-vous annuel que les lecteurs mettent à leur agenda. « Chaque année, le mouvement prend de l’ampleur. L’engouement est grandissant, les gens attendent le 12 août », assure Karine Cotnoir.

« À l’époque, ce qu’on entendait dans les médias et ce qui se disait dans le milieu des auteurs, c’était un constat un peu morose de la situation du livre québécois, se souvient Patrice Cazeault. On disait qu’on n’en voyait nulle part, que ce n’était pas mis en valeur et que les gens préféraient lire des traductions ou des grands noms français. » Pour se détacher de ce sombre constat, ils ont plutôt invité les gens, le 12 août, à célébrer la littérature québécoise.

Depuis 2014, le mouvement a fait boule de neige. « Lorsqu’on se déplace en librairie, on le voit, le livre québécois est mis en valeur. Chaque journée du 12 août, on assiste à une multiplication des ventes de livres québécois », affirme Patrice Cazeault. En effet, Le repère rapporte des ventes de huit à neuf fois plus élevées en magasin et en ligne que lors d’une journée régulière. On note aussi une augmentation de 23 % par rapport à l’an dernier, et ce, « malgré que l’événement ait eu lieu un lundi et non un weekend ».

À l’époque, l’initiative de Patrice Cazeault avait une double mission : créer un engouement pour la littérature d’ici et, par ricochet, demander aux librairies de la mettre davantage sous les projecteurs. Les grandes et moins grandes librairies ont embarqué à pieds joints dans le projet en créant des affichages, des promotions et des promontoires dédiés à cette journée. L’événement a un impact « sur les libraires, les éditeurs, les auteurs : tous ceux qui travaillent dans le milieu », soutient Karine Cotnoir.

Le 12 août avait lieu la 6e mouture de la journée «J’achète un livre québécois» partout dans la province.

Les effets positifs se poursuivent toute l’année : plusieurs personnes ont témoigné avoir adopté la littérature québécoise à l’occasion de la fête du 12 août et que cette passion s’est poursuivie par la suite, rapporte Patrice Cazeault.

Acheter local, les livres comme les légumes

« Il y a un mouvement pour acheter local, acheter bio, bien c’est le même principe. Achète un livre québécois et appuie un auteur qui essaie de gagner sa vie qui vient d’ici, pas une traduction américaine ou un livre français », dit le propriétaire de la librairie de livres usagés ÉcoLivres de Granby, Ricardo Robles.

« C’est important de valoriser la littérature québécoise. On fait de tellement bonnes choses au Québec. On a de belles histoires, de belles illustrations, de bons éditeurs », avance Mme Cotnoir.

Vivre de sa plume n’est pas chose facile ni commune au Québec. Plusieurs auteurs sont habités d’une grande passion, qu’une journée comme celle-ci permet de partager avec les lecteurs en allant à leur rencontre, explique l’auteur jeunesse Carl Rocheleau, en visite chez Le repère pour cette raison.

Comment se porte le livre québécois en 2019 ? « Ça va bien, mais ça peut toujours aller mieux », répond l’auteur Carl Rocheleau à cette question. « Si on fréquente les salons du livre, on trouve que ça va vraiment bien. Si on passe une journée dans une librairie, on tombe assurément sur quelqu’un de passionné, qui accumule les livres. Et si on fréquente les bibliothèques, on voit qu’il y a une très bonne circulation », ajoute-t-il.

« Graduellement, on peut amener les gens à lire plus. Il suffit qu’ils soient accompagnés là-dedans et qu’ils soient exposés à la lecture. À force de voir du monde qui lisent, comme avec n’importe quoi, tu finis par te dire “Je vais essayer ça moi aussi” », conclut-il.

« Pourquoi ne pas mettre de l’avant la littérature d’ici comme on l’a fait avec les fromages ? », lance Carl Rocheleau, rieur, en référence aux publicités des producteurs de lait du Québec.