La différence n’existait plus sur les plateaux de jeu lors de la Journée Inouk. Tous avaient un sourire aux lèvres et du bonheur dans les yeux.

Journée Inouk: sublimer les différences grâce au sport

La Journée Inouk, qui se déroulait dimanche dans les gymnases du Cégep de Granby, a été magique, autant pour les 45 personnes présentant une déficience intellectuelle (DI) ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA), que pour les étudiants qui les encadraient.

Cette journée toute spéciale était organisée conjointement par des responsables de la technique d’éducation spécialisée (TES), des cours d’éducation physique du Cégep de Granby, par le pavillon St-Benoit du CRIF qui offre le programme de formation à l’intégration sociale (SFIS), ainsi qu’avec les Inouk.

Soulignons que ce programme du CRIF s’adresse aux personnes présentant des difficultés persistantes et importantes d’apprentissage et d’adaptation sociale afin qu’elles s’intègrent mieux à la société.


«  Dans le comité organisateur, on a quelqu’un qui, la première année, ne répondait à rien. Il restait dans son coin. Cette année, il a pris de l’assurance. Il est même capable de se présenter dans une classe pour parler de la Journée Inouk. Ça lui demande beaucoup, mais il est de meilleur en meilleur.  »
Daniel Lafontaine, enseignant à la technique d’éducation spécialisée

Trois joueurs représentant le Cégep — les « ambassadeurs Inouk » — se sont impliqués bénévolement pour jouer le rôle d’entraîneur sur les plateaux de jeu. Six étudiants en TES étaient aussi sur place pour encadrer les participants. La journée était financée par la Fondation du Cégep.

« On invite les écoles secondaires de la région, mentionne Daniel Lafontaine, enseignant à la technique d’éducation spécialisée. On a jumelé des étudiants TES avec des élèves de St-Benoit pour aller faire la promotion de la journée dans les classes d’autistes et d’intervention en déficience intellectuelle dans les écoles et auprès de l’association de Granby en déficience intellectuelle. On a donc des adultes et des ados. »

La Journée Inouk, qui revenait pour une troisième année, permet aux étudiants de M. Lafontaine de faire du bénévolat et de découvrir cette clientèle. « Le but, c’est de permettre à des gens qui ont une DI ou un TSA d’avoir une journée agréable, intéressante, stimulante, divertissante dans un contexte d’insertion, ajoute-t-il. Le but est de créer une opportunité pour nos cours et pour les élèves de Stéphane [Nadon] de faire quelque chose de plus et de s’impliquer dans le comité. »

Progresser

Certains élèves de Stéphane Nadon, enseignant au programme de formation à l’intégration sociale du CRIF, se sont impliqués dans le comité organisateur. Quelques-uns le font depuis trois ans. Les deux enseignants ont vu les participants évoluer.

« Dans le comité, on a quelqu’un qui, la première année, ne répondait à rien. Il restait dans son coin. Cette année, il lève la main, il a des idées, constate M. Lafontaine. Il a pris de l’assurance dans le comité. Il est quand même capable de se présenter dans une classe avec un étudiant en TES pour parler de la Journée Inouk. On sait que ça lui demande beaucoup, mais il est de meilleur en meilleur. Ce sont de petits succès. Il y a quelque chose qui se passe. »

Anthony Dechamplain est un de ces jeunes adultes qui participe à l’organisation de la journée depuis trois ans. Lui aussi a pris de l’assurance. Il a aidé à choisir les sports qui seraient pratiqués dans les deux gymnases du Cégep — du baseball-tennis, du tchoukball et des jeux ludiques —, en plus de présenter le projet dans des écoles. Une journée comme celle-ci, « c’est le fun parce qu’on voit des amis, des connaissances. J’aime beaucoup faire du sport. [Dimanche midi], je donnais les dossards aux autres et, des fois, je montais pour leur montrer où est le gymnase. »

Sylvain Lecavalier, quant à lui, participe aux Journées Inouk depuis le début. Ancien élève de Stéphane Nadon au CRIF, il travaille depuis neuf ans dans une pharmacie de Granby et habite maintenant dans son propre appartement grâce aux enseignements du SFIS.

« Je viens parce qu’il y a un bel accueil, explique M. Lecavalier. Chaque année, ils nous invitent à venir. Le but c’est de bouger, d’être en forme, raconte-t-il. Je bouge pas mal dans ma vie. Je joue aux quilles, je marche beaucoup. La journée est une occasion de revoir des anciens élèves. On en profite. »

Changements de carrière

Cette activité a aussi permis d’éveiller des intérêts chez des étudiants du Cégep. C’est le cas de Lina Girault et de Samuel Hamel-Charest.

« Je m’en allais en toxicomanie, confie Mme Girault, qui termine bientôt sa technique. J’ai fait du bénévolat pour une journée de sport en DI, un mardi matin, avec les élèves de St-Benoit et je suis tombée en amour avec cette clientèle-là ! Je n’avais jamais côtoyé la clientèle en déficience intellectuelle et quand je les ai côtoyés pour jouer à toutes sortes de sports avec eux, ça m’a confirmé que c’était ce que je voulais faire. »

Au début, elle avoue avoir ressenti de l’insécurité. Elle ne savait pas comment ça allait se passer. Mais la clé est d’être soi-même et de les traiter avec considération et en adulte, ce qu’ils sont.

Pour le joueur de badminton Samuel Hamel-Charest, l’un des trois ambassadeurs Inouk présents à la journée de dimanche, il s’est découvert une nouvelle vocation. En terminant le secondaire, il s’orientait vers une carrière d’ambulancier avant de se réorienter vers les sciences humaines pour ensuite se diriger vers la physiothérapie ou l’éducation physique.

« L’an passé, j’ai fait la Journée Inouk, parce que j’aime ça m’impliquer bénévolement, et je me suis rendu compte que je tripais avec cette clientèle-là. J’ai commencé à m’y intéresser davantage. J’ai fait un cours d’introduction en TES et j’ai tripé. J’étais un peu tard pour m’inscrire dans la technique, donc j’ai continué en sciences humaines. Je me suis inscrit à la TES pour la prochaine année en accéléré parce que j’ai déjà fait des cours de base. Je n’avais jamais considéré cette technique-là. »

Après sa technique accélérée, il compte faire un baccalauréat en psychoéducation.

Ce qu’il aime, c’est de voir l’étincelle dans leurs yeux dans une journée comme celle de dimanche. « C’est vraiment magique. La camaraderie qui se forme entre eux... même s’ils sont différents, ils ne le ressentent pas quand ils font du sport parce qu’ils sont en communauté. Il y a un sentiment de valorisation qui ressort de ça. »

Dans les gymnases, il n’y avait effectivement plus de différences. Tous avaient un sourire aux lèvres, du bonheur dans les yeux. Sans exception.