À presque 103 ans, Jeannette Ballard demeure très active et jouit d’un riche réseau social.

Journée de la femme: Jeannette Ballard, témoin d’un siècle de victoires

Une centaine de printemps n’auront effacé ni le sourire ni l’étincelle dans les yeux de Jeannette Ballard. La Granbyenne, qui soufflera 103 bougies le 13 mars prochain, est toujours active. Surtout, elle a assisté à de grandes avancées pour la gent féminine.

Comme bien des jeunes femmes à son époque, Mme Ballard a dû abandonner l’école à l’âge de « onze ou douze ans » pour soutenir sa famille, elle qui est l’aînée d’une fratrie de 13 enfants.

Si cela ne l’a pas empêché de vivre une vie bien remplie, la sympathique arrière-grand-mère aurait souhaité terminer des études. « Nous autres, pas instruits, on était gênés de parler à des personnes instruites. Au village, les plus éduqués étaient le notaire, le curé et le docteur ! »

Néanmoins, la dame originaire de Roxton Pond a roulé sa bosse et fait son petit bonhomme de chemin. « Je restais à la maison, puis je me suis mise à travailler dans des maisons privées à 2,50 $ par semaine, se souvient-elle. Mais les Anglais payaient plus cher : eux autres, ils donnaient 4 $ la semaine ! »

« Un nom bien à moi »

À l’âge de 25 ans, Mme Ballard a épousé Gaston Beaudry, avec qui elle a eu deux enfants. De la maison familiale, elle est allée vivre à la ferme.

« Mon mari était cultivateur à Roxton Pond. Un jour, ils ont passé le chemin sur notre ferme. Ça la traversait d’un bout à l’autre. Alors, plutôt que de faire traverser la route aux vaches, on a vendu les animaux. Mon mari est allé travailler dans la voirie et moi, je suis allée au Greenberg ! »

Pendant vingt ans, Mme Ballard a travaillé au magasin à rayons de Granby. À ses débuts, le salaire horaire était de 50 sous.

« Mais comme j’avais déjà travaillé auparavant, on m’a ensuite offert 55 cents », confie celle qui a « beaucoup aimé le commerce ».

C’était à l’époque où les femmes gagnaient tranquillement le marché du travail, mais où elles étaient toujours considérées comme étant dépendantes de leur mari.

« Auparavant, on me connaissait comme Madame Gaston Beaudry. Quand il fallait signer des documents, on signait ‘‘Monsieur et Madame Gaston Beaudry’’. Moi, ça ne me faisait rien, mais j’ai un nom bien à moi : Jeannette Ballard. Mais dans ce temps-là, tu n’avais pas de nom à toi. »

L’autorisation du mari était nécessaire, à l’époque, pour bien des choses. « Si les enfants étaient malades et qu’il fallait aller à l’hôpital, il fallait que ton mari signe pour eux. Toi, tu ne pouvais pas », raconte Mme Ballard, dont l’époux a dû signer par télégramme une autorisation pour qu’elle soit elle-même opérée.

Il en allait de même pour les finances familiales. « Tout devait être géré par le mari, se souvient celle qui est veuve depuis près de vingt ans. Quand on a commencé à recevoir des allocations, elles étaient émises en notre nom, mais bien des femmes les donnaient à leur époux. Pour ma part, j’ai eu mon propre compte en banque. »

Elle se rappelle d’avoir voté pour la toute première fois pour Pierre-Ernest Boivin aux élections fédérales, dans la circonscription de Shefford. « J’avais une vingtaine d’années à ce moment-là », se souvient Mme Ballard, née un peu plus d’un an avant que le gouvernement fédéral n’accorde le droit de vote aux femmes en 1918. Il lui fallut toutefois attendre 1940 pour pouvoir exercer son devoir de citoyenne aux élections provinciales.

La vie est-elle plus facile pour les femmes d’aujourd’hui ? « Oh oui ! Physiquement, c’était difficile, surtout parce qu’il n’y avait pas de laveuse ! , lance-t-elle en riant. Ça pouvait prendre une journée entière ! »

Active et Mondaine

À presque 103 ans, Mme Ballard est toujours aussi rieuse. Coquette et fière, elle s’est inquiétée de la propreté de sa maison — immaculée au moment de la visite de La Voix de l’Est — dans laquelle elle vit depuis son arrivée à Granby, en 1990, et dans laquelle elle compte demeurer tant qu’elle sera en santé.

Malgré des limitations visuelles et auditives, la Granbyenne d’adoption demeure très active. Elle prend part chaque mois à des déjeuners organisés par l’Organisme Éducation, Intégration, Loisirs (O.E.I.L.) pour les personnes handicapées visuelles de Granby. Elle adore aller au restaurant ou assister à diverses conférences qui lui permettent d’apprendre. Elle s’adonne aussi régulièrement à des séances de yoga et de pilates et peut même encore faire des push-up !

« Aujourd’hui, les familles comptent moins d’enfants... et on travaille avec des pitons ! », lance la pétillante centenaire, faisant référence aux nombreuses technologies.

Elle-même fait bon usage de plusieurs appareils, à commencer par sa télévisionneuse qui lui permet de voir des documents en grand format et sa liseuse numérique qui lui permet d’entendre des pages et des pages de romans, ou même de lire un livre de recettes.

Le secret de sa longévité ? Une vie sociale bien remplie. « J’ai beaucoup de bons amis, je suis bien entourée. Je vais visiter trois de mes sœurs qui demeurent à Valleyfield trois fois par année, environ », reconnaît Mme Ballard, qui jouit également d’un bon voisinage prêt à lui rendre service si nécessaire.

Accepter de se faire aider n’a pas été une tâche facile pour celle qui a toujours préféré donner aux autres. « Maintenant, je l’accepte, et c’est important de savoir apprécier ce qu’on nous apporte, conseille Jeannette Ballard. Personne n’est obligé envers nous. »

À ceux et celles qui veulent lui transmettre des vœux d’anniversaire le mercredi 13 mars, sachez que Mme Ballard ne demande que la santé. « On me souhaite souvent des années de plus, raconte-t-elle, mais si la santé n’y est pas, ces années seront longues. Mais avec la santé, emmenez-en, des années ! »