Devant le nouveau centre Notre-Dame, un matelas sur lequel des témoignages d’agression sexuelles ont été écrits au cours de la journée.

Journée d'action contre la violence sexuelle: «laisser faire, c’est être complice»

Entendre une femme se faire siffler dans la rue, ou lire un commentaire sexiste sur Facebook sont des exemples de situations devant lesquelles chacun de nous a un rôle à jouer dans la lutte aux violences sexuelles. La Coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi encourage la population à intervenir davantage, à l’occasion de la Journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes et de la traditionnelle marche qui l’a clôturée, vendredi soir.

Devant le nouveau centre Notre-Dame, un matelas sur lequel des témoignages d’agression sexuelles sont épinglés. Un par un, ils ont été écrits au cours de la journée, des membres de la Coalition étant présentes pour accompagner ces femmes dans leur partage douloureux. Sur un sofa installé au Cégep de Granby, d’autres témoignages synonymes d’autant de crimes.

Ces initiatives s’inspirent de celle de Kate, en octobre 2017. Cette jeune femme a descendu devant chez elle le matelas sur lequel elle s’était fait violer quelques mois auparavant, chez elle, lors d’un deuxième rendez-vous galant. Elle encourageait alors quiconque à venir y inscrire un témoignage en lien avec la violence faite aux femmes. Plusieurs ont écrit leurs tristes histoires sur ce lit.

Chacun de nous a un rôle à jouer pour lutter contre ces agressions, disent les membres de la Coalition. Sur les dépliants qui ont été remis à la population au cours de la journée, 12 attitudes aidantes sont répertoriées.

Parmi celles-ci, croire la personne agressée. «C’est l’attitude la plus importante, celle qui a le plus de conséquences sur la démarche de guérison», insiste Isabelle Corbin, intervenante et agente de prévention au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuelle (CALACS) de Granby, et membre de la Coalition.

Déculpabiliser la personne agressée est aussi essentiel, selon l’intervenante. «Ça enlève un gros poids, car les femmes peuvent penser que c’est de leur faute.»

Intervenir en allant voir une femme qui vient de se faire siffler dans la rue et lui demander «Es-tu correcte?» est un exemple d’action pouvant être posée, ajoute-t-elle. «Si on ne fait rien, on est complice», tranche Mme Corbin.

Vouloir trop aider, ou trop en faire, lorsqu’on est un proche de la victime, peut cependant avoir des conséquences négatives. «Il faut respecter son rythme à elle, dit Julie Quinton, intervenante au centre Femme des Cantons, à Cowansville. Il ne faut pas essayer de l’amener à faire ce qu’elle n’est pas prête à faire.»

À Granby, une centaine de personnes, chandelle à la main, ont rappelé que ces crimes sexuels continuent à briser des vies.

Des réactions trop fortes ne sont pas non plus aidantes, selon Malika Hajjaj, intervenante auprès des femmes immigrantes à la Maison Alice-Desmarais, qui héberge des femmes victimes de violence conjugale, à Granby. «On nous confie quelque chose [de très intime]; il faut être dans l’empathie plutôt que dans la sympathie», nuance-t-elle.

Par ailleurs, sur les réseaux sociaux, où les commentaires sexistes et misogynes sont légion, les intervenantes invitent chacun de nous à signaler ces comportements inadéquats, voire à sensibiliser le fautif en participant à la discussion.

Des mythes tenaces

«C’est elle qui l’a cherché en s’habillant si court»; «Quelle idée de marcher dans la rue si tard le soir»; «Elle a dit «non» mais son attitude disait le contraire»; «Qu’est-ce qu’elle invente encore!»

Ces quelques exemples font encore partie des mythes et des préjugés largement partagés dans la population, selon les membres de la Coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi.

«Les femmes peuvent s’habiller comme elles le veulent. Ce n’est pas à cause de cela [qu’elles se font agresser], c’est la faute de l’agresseur», rappelle Sonia Côté, intervenante à Horizon pour elle, une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, à Cowansville.

«Souvent, la charge émotive est sur la victime et non sur l’agresseur. ‘‘Pourquoi étais-tu dehors à cette heure-là’’, se font-elles dire. Ce n’est pas la faute de la femme, mais bien de l’agresseur», ajoute Mme Hajjaj.

«Quand il y a absence de consentement, on prend ça pour un oui; un ‘‘non’’ pas très affirmé va être remis en doute. Peu importe l’attitude de la femme, il y a eu un ‘‘non’’ pareil», explique Mme Quinton.

Les histoires inventées, un autre mythe, se butent à la réalité des statistiques. Mme Corbin met les pendules à l’heure. Elle souligne qu’en cas d’agression sexuelle, seule une femme sur vingt décide de porter plainte, et de ce nombre, 5,6% font de fausses accusations. «On constate de fausses accusations dans de très très rares cas, et ce taux est similaire à celui des fausses accusations dans d’autres crimes», dit-elle.

L’intervenante du CALACS rappelle qu’il n’existe pas de profil particulier de la femme victime de violence sexuelle. Selon elle, les agressions sexuelles touchent n’importe quelle femme.

À Granby, une centaine de personnes, chandelle à la main, ont rappelé que ces crimes sexuels continuent à briser des vies. Heureusement, ces événements ne sont pas inéluctables, rassure Mme Corbin : «Chaque petit geste peut faire une différence.»