Des électeurs vont voter dans une église baptiste de Dallas, au Texas, mardi.    
Des électeurs vont voter dans une église baptiste de Dallas, au Texas, mardi.    

Jour de vote aux États-Unis, après une saison électorale pas comme les autres [PHOTOS + VIDÉO]

AFP
Agence France-Presse
La pandémie mondiale a provoqué une saison électorale pas comme les autres aux États-Unis, persuadant un nombre record d’Américains de voter tôt, forçant les États à modifier des procédures électorales bien établies et conduisant à des centaines de poursuites judiciaires sur la façon de voter et pour décider quels bulletins seront comptés.

Les bureaux de scrutin ont commencé à ouvrir mardi sur la côte Est, mais les responsables électoraux ont prévenu que des millions de votes par correspondance pourraient ralentir le décompte, peut-être pendant des jours, dans certains États clés. Le président Donald Trump a de son côté menacé de se tourner vers les tribunaux pour empêcher le décompte des bulletins de vote après le jour du scrutin.

Au milieu du tumulte, des dizaines de millions d’Américains ont répondu à la demande de voter tôt, suscitée par des préoccupations concernant les retards des services postaux et par des inquiétudes au sujet de la propagation du virus dans des bureaux de vote bondés.

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Dès minuit, le bureau du petit village de Dixville Notch, dans le New Hampshire, avait déjà ouvert, comme le veut la tradition

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Au moins 98,8 millions de personnes ont voté avant le jour du scrutin, soit environ 71 % des quelque 139 millions de votes émis lors de l’élection présidentielle de 2016, selon les données recueillies par l’Associated Press. Étant donné que quelques États, dont le Texas, ont déjà dépassé leur nombre total de votes en 2016, les experts prévoyaient un taux de participation record cette année.

Ceux qui n’ont pas encore voté ont commencé à se rendre dans les bureaux de vote mardi, malgré un autre pic de cas de COVID-19 qui a frappé une grande partie du pays. Parmi ceux qui ont bravé les urnes, on retrouvait des électeurs qui auraient peut-être voulu voter par correspondance, mais qui avaient attendu trop longtemps pour demander un bulletin de vote, ou encore des gens qui n’ont pas reçu leur bulletin à temps.

D’autres ont probablement été persuadés par la rhétorique du président attaquant le vote par correspondance ou ont simplement préféré voter en personne. Les démocrates ayant dominé le vote anticipé, les républicains devraient représenter une part importante du vote de mardi.

Dans les mois qui ont précédé le jour du scrutin, les responsables électoraux ont dû affronter une pandémie qui a infecté plus de 9 millions d’Américains et tué plus de 230 000 d’entre eux. Ils ont donc été forcés d’apporter des changements systémiques, principalement sans argent fédéral. Pendant ce temps, M. Trump a cherché à plusieurs reprises à critiquer l’élection avec des allégations non fondées de fraude électorale généralisée.

Il a particulièrement ciblé l’État crucial de la Pennsylvanie, après que la Cour suprême des États-Unis a autorisé - du moins pour le moment - une prolongation de trois jours pour recevoir et compter les bulletins de vote par correspondance. Au cours du week-end, M. Trump a déclaré que dès que les bureaux de vote fermeront mardi, «nous arriverons avec nos avocats».

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Le candidat démocrate Joe Biden à Wilmington, au Delaware, mardi  

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La désinformation sur les procédures électorales, des inquiétudes concernant de possibles affrontements aux urnes et des informations au sujet du ralentissement du courrier ont également assombri la période précédant le jour du scrutin.

«Les yeux du public américain et du monde entier sont tournés vers les responsables électoraux alors que nous tenons des élections libres et équitables pendant cette période sans précédent», a déclaré la secrétaire d’État du Nouveau-Mexique, Maggie Toulouse Oliver, qui est également présidente de l’Association nationale des secrétaires d’État. «Rassurez-vous, nous sommes prêts. Nous nous sommes coordonnés avec tous les paliers de gouvernement et sommes en communication constante pour assurer le bon déroulement des élections.»

Le groupe a travaillé avec l’Association nationale des directeurs électoraux d’États pour aider les États à élaborer des plans de protection contre les cyberattaques étrangères et nationales, à lutter contre la désinformation et à renforcer une infrastructure électorale éprouvée par un vote anticipé massif et la prise de précautions en raison de la pandémie.

Les responsables de quelque 10 000 districts électoraux se sont précipités pour acheter des équipements de protection individuelle, trouver des bureaux de vote plus grands, remplacer les travailleurs au scrutin qui ont choisi de ne pas participer aux élections cette année en raison de problèmes de santé et ajouter des employés temporaires pour faire face à l’avalanche de bulletins de vote par correspondance.

La plupart des États, même ceux dotés de directives plus serrées sur le port du masque, ne sont pas allés jusqu’à forcer les électeurs à le porter pour aller voter. Ils ont plutôt demandé aux électeurs à porter des masques tout en offrant des options à ceux qui refusaient.

«Dix mille fonctionnaires électoraux, des habitants de toutes les communautés du pays, se sont rapidement mobilisés et ont planifié cette élection en un temps record, et ils travaillent très fort pour compter tous les bulletins légitimes», a déclaré Noah Praetz, un ancien fonctionnaire électoral de l’Illinois qui a aidé les bureaux électoraux à adapter leurs processus cette année. «Ils traitent les quelques rares incidents de mauvais comportement et ils assurent l’intégrité de cette élection.»

Compte tenu des changements de dernière minute et de la nature décentralisée des élections américaines, des problèmes étaient attendus. Chaque élection, de l’équipement brise, des bureaux de vote ouvrent tard et les files d’attente peuvent être longues, en particulier dans les zones urbaines.

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Une citoyenne vote dans un isoloir du Madison Square Garden, à New York 

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Mardi, les files d’attente seront allongées par les règles de distanciation sociale et pourraient être plus longues encore si un grand nombre d’électeurs qui ont demandé un bulletin de vote par correspondance se présentent aux urnes après avoir décidé qu’ils préfèrent voter en personne.

Dans certains États, ces électeurs seront tenus de voter à titre provisoire - un scrutin qui sera finalement compté si l’électeur est admissible et n’a pas voté auparavant. Mais cela déclenche également un processus d’enregistrement plus long, entraînant des retards.

Les responsables électoraux ont souligné que si les longues files d’attente ne sont pas acceptables, elles ne sont pas un constat d’échec généralisé. Ils ont également prévenu que des incidents isolés d’intimidation d’électeurs sont possibles compte tenu des importantes tensions politiques cette année, mais que des mesures de sécurité sont en place et que les électeurs ne devraient pas craindre de voter en personne.

«Il y a beaucoup de raisons d’être en colère et de choses qui seront à régler après le jour du scrutin», a indiqué Wendy Weiser, directrice du programme de démocratie au Brennan Center for Justice. «Mais malgré ces tensions sans précédent, le système a été en mesure de se ressaisir et de s’adapter à cette incroyable augmentation du nombre de votes. Cela a exigé beaucoup d’ingéniosité, d’engagement envers la démocratie et de travail acharné, en particulier de la part de nos responsables électoraux.»

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Marshfield, au Massachusetts 
Des citoyens font la file à l’extérieur du Centre communautaire de Greenfield, au Wisconsin, mardi. 
Un travailleur d’élection distribue les autocollants «I voted» (J’ai voté) au Madison Square Garden, à New York