Après y avoir consacré 22 ans de sa vie, dont 15 à titre de directrice générale, Joanne Ouellette quitte Solidarité ethnique régionale de la Yamaska.

Joanne Ouellette quitte SERY l'esprit en paix

Après y avoir consacré 22 ans de sa vie, dont 15 à titre de directrice générale, Joanne Ouellette a quitté Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY) jeudi dernier, à l’issue de l’assemblée générale de l’organisme voué à l’accueil et à l’intégration des personnes immigrantes dans la région.

Le scénario était écrit depuis deux ans. En 2016, celle qui est connue comme la « maman des immigrants » avait dû quitter son emploi de directrice générale de SERY pour affronter un cancer. Mais comme la dame est une battante, elle a repris le travail quelques mois plus tard.

« J’ai mis des conditions quand je suis revenue, explique-t-elle. Je leur ai dit que j’allais quitter dans deux ans et que je voulais une direction adjointe pour m’épauler ! »

C’est ce qui s’est produit. Depuis le 21 juin dernier, Frey Guevara, qui l’épaulait en tant que directeur général adjoint, a officiellement hérité du gouvernail de l’organisme.

Sereine

Rencontrée par La Voix de l’Est vendredi dernier, Joanne Ouellette se disait très sereine devant cette nouvelle étape de sa vie. Ses proches se réjouissent du temps qu’elle a désormais à leur consacrer... et ses plates-bandes fleurissent comme jamais, dit-elle.

« Je suis en paix. J’étais prête. C’est juste quand je parle des immigrants que j’ai soudainement le cœur gros. Après 22 ans, je les connaissais tous et ils me connaissaient tous. J’étais la maman et la grand-maman de bien des gens ! » lance-t-elle.

Joanne Ouellette parle de « ses immigrants » avec une immense et une sincère tendresse. En plus de deux décennies, elle a fait des pieds et des mains pour favoriser leur intégration et préparer Granby à leur arrivée. Souvent avec les moyens du bord.

La jeune retraitée accepte donc les honneurs qui lui reviennent. C’est bel et bien sous son règne que l’organisme a pris son envol et que Granby a été reconnue comme une ville d’accueil.

Impulsion 

SERY a été fondé en 1992 par un groupe de citoyens d’origines diverses qui souhaitait favoriser l’intégration des Néo-Québécois.

« En 1996, le groupe a demandé un soutien au gouvernement provincial. Peu après, je me suis jointe à lui comme conseillère à l’emploi », raconte Mme Ouellette.

À ce poste, elle a notamment mis sur pied une formation de cinq jours destinée aux immigrants avant qu’ils se lancent sur le marché du travail, une fois leurs cours de francisation terminés.

C’est également à ce moment qu’elle a pris son bâton de pèlerin pour convaincre les industries d’ouvrir leurs portes aux nouveaux arrivants.

« La crise de la main-d’œuvre actuelle, je l’ai vue venir. Auparavant, les familles étaient nombreuses, mais ce n’est plus le cas. Je leur disais que c’était à leur avantage d’embaucher quelques immigrants. Entre autres pour être prêtes lorsque la demande de main-d’œuvre sera plus grande. Maintenant, la demande est là, mais plusieurs entreprises ne sont pas encore prêtes », regrette-t-elle.

Sept ans plus tard, en 2003, elle prenait les rênes de l’organisme qu’elle a quitté la semaine dernière.

« C’est là que SERY a fait un grand bond en avant, reconnaît-elle. L’une des premières choses que j’ai réalisées, c’est de trouver un nouveau local. À la base, on était situé sur la rue Principale, mais c’était trop petit. Nous avons donc déménagé sur la rue St-Jacques, mais là encore c’est devenu vite petit ! C’est à ce moment-là qu’on a décidé d’acheter le bâtiment qu’on occupe actuellement. »

C’est justement de cette acquisition que Joanne Ouellette est la plus fière.

Souvenirs

La bonne gestion de Mme Ouellette et de ses collaborateurs a trouvé écho en haut lieu. Granby s’est rapidement dessinée comme un destination de choix pour les immigrants en région.

« Le premier gros défi auquel on a fait face, c’est l’arrivée des Kosovars, en 1999. À l’époque, on était deux employés. Quatre-vingts sont arrivés en deux semaines ! Il fallait leur trouver un logis et les guider », se souvient-elle.

Elle ne s’en cache pas, l’accueil de ce groupe a été difficile pour l’organisme.

« Il y a des soirées où on est restés jusqu’à 22 h à l’hôtel pour négocier. Ils [les nouveaux arrivants] estimaient qu’on les accueillait mal. Certains voulaient faire la grève de la faim. J’ai dit au traducteur de traduire mot pour mot ce que j’allais dire. Je me suis levée, j’ai détaché mon pantalon et j’ai dit au Kosovar en question : “Je vous offre tout et ce n’est pas assez ? Voulez-vous mes pantalons aussi ?” »

« Peu importe le pays, il y a des bonnes personnes et des moins bonnes », estime-t-elle.

Plus récemment, SERY a dû faire face à l’arrivée de Syriens fuyant la guerre. Selon Mme Ouellette, environ 120 ressortissants de ce pays ont trouvé leur place à Granby.

« Nous étions beaucoup plus nombreux et mieux préparés qu’à l’arrivée des Kosovars. Mais ces gens ont vécu des situations vraiment difficiles. Une de nos bénévoles a rencontré une famille et elle est revenue bouleversée. Une fillette lui a raconté qu’elle avait vu, dans son pays, ce qu’elle croyait être des mannequins accrochés à une clôture. Ce n’était pas des mannequins... Son père lui avait dit ça pour la protéger... »

À l’heure des bilans, Joanne Ouellette n’a que très peu de regrets. Elle estime avoir pu compter sur la précieuse collaboration des deux paliers de gouvernement, de la Ville de Granby et de la commission scolaire.

« Il y a juste avec le CIUSSS que ç’a été plus difficile. Le retrait de la clinique l’année passée [qui louait un local dans la bâtisse appartenant à SERY], je pense que je vais m’en souvenir toute ma vie. Ç’a été un vrai coup dur », tranche-t-elle.

Projets

Ces souvenirs, plus bons que mauvais, Joanne Ouellette souhaite un jour les coucher sur papier. « Les gens nous disent, à moi et Cécile Fournier, que nous sommes la mémoire de l’organisme. Je lui ai promis d’écrire un livre avec notre histoire et ses anecdotes. L’histoire de SERY n’est pas terminée, mais j’aimerais en retracer les 20 premières années. »

Joanne Ouellette ne sera jamais très loin de SERY. À l’entendre parler, il y a de fortes chances qu’on la voit s’impliquer de nouveau dans la région pour venir en aide à « ses immigrants ».