L’animateur et producteur Jean-Philippe Dion, originaire de Saint-Alphonse-de-Granby, souhaite «briser les tabous et mettre des mots sur la santé mentale».
L’animateur et producteur Jean-Philippe Dion, originaire de Saint-Alphonse-de-Granby, souhaite «briser les tabous et mettre des mots sur la santé mentale».

Jean-Philippe Dion et Oasis brisent les tabous entourant les maladies mentales

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Jean-Philippe Dion, porte-parole du Réseau avant de craquer, a été très présent sur les réseaux sociaux et dans les médias à l’occasion de la Semaine de sensibilisation aux maladies mentales, qui s’est déroulée du 4 au 10 octobre. Pour parler de son expérience, mais aussi pour annoncer le lancement du guide Quand ton parent a un trouble mental, s’adressant aux 12-25 ans.

L’animateur et producteur, originaire de Saint-Alphonse-de-Granby, souhaite «briser les tabous et mettre des mots sur la santé mentale», notamment en parlant publiquement de son histoire comme proche d’une personne aux prises avec la maladie mentale, en l’occurrence sa «merveilleuse maman» qui a lutté contre des épisodes de dépression grave, et qu’il soutient depuis qu’il est enfant.

Quand ton parent a un trouble mental est un guide contenant des ressources, des informations et des témoignages à l’intention des jeunes. «J’aurais aimé avoir ce guide-là quand j’étais plus jeune», mentionne Jean-Philippe Dion en entrevue avec La Voix de l’Est.

À cet âge-là, poursuit-il, on peut se sentir démuni, ne pas savoir quoi faire, quand son parent, son chum ou son ami est atteint d’un trouble de santé mentale. Ce guide est une initiative d’Aider sans filtre, un site Web réalisé par le Réseau avant de craquer, dédié aux jeunes, où on retrouve notamment le balado Cap vers l’entourage, dont le premier épisode est consacré à Jean-Philippe — il y raconte son enfance aux côtés de sa mère malade.

Aider les aidants

Parce que les personnes aidantes ont aussi besoin d’être aidées, soutient M. Dion. D’où l’importance de la mise sur pied de telles ressources, et des organismes comme Oasis santé mentale Granby et région, qui dessert les territoires de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, et qui répond à quelque 800 demandes par année, souligne la directrice générale, Karinka Tremblay.

«C’est important d’en parler, de publier des informations, pour démystifier la santé mentale et défaire les tabous, dit Mme Tremblay. Il ne faut pas hésiter à venir nous rencontrer, à nous appeler, à s’informer et à aller chercher de l’aide.»

L’animateur et producteur Jean-Philippe Dion, originaire de Saint-Alphonse-de-Granby, souhaite « briser les tabous et mettre des mots sur la santé mentale­ ».

«La situation [actuelle] est très difficile pour la famille autant que pour la personne malade, rapporte Mme Tremblay. On sait jamais quand ça va être la goutte de trop. Les familles ont un quotidien, un emploi, un horaire. Il ne faut pas qu’elles s’oublient. Il faut éviter qu’elles sombrent. Qu’elles tombent malades à leur tour.»

Un conseil que donne également Jean-Philippe Dion qui, pour prendre soin de lui et compenser son «horaire de fou», «retourne chaque semaine dans le coin de Granby, près de la nature, la campagne». C’est important de prendre soin de soi, dit-il, pour être encore davantage en mesure d’aider la personne.

«Il ne faut pas se décourager. Parfois, on ne sait plus quoi faire, lorsque ça va moins bien. Mais, un jour, tout finit par s’arranger. Ça va aller mieux, il faut y croire. Et c’est O.K. des fois de prendre ses distances, si ça nous fait du bien. Et il n’y a aucune honte, aucune gêne à aller chercher de l’aide», affirme celui qui a aussi été porte-parole pour le Défi EnBarque ces trois dernières années. Rappelons que cette activité de financement est une compétition amicale de bateaux-dragons visant à soutenir les initiatives en santé mentale de la Haute-Yamaska.

Le plus important, poursuit M. Dion, est d’être là pour la personne, l’aimer, tout en se respectant. Pour ne pas que le pilier s’effondre.

Indispensable d’en parler

Jean-Philippe Dion se fait un devoir d’être un exemple, en tant que porte-parole, animateur télé et producteur — il produit entre autres Star Académie 2021 —, afin de faire taire les préjugés et avancer la discussion, qui devrait débuter dès l’école primaire. «Plus on va éduquer là-dessus, moins il va y avoir de tabous.» Il suggère aussi de démêler les termes comme «schizophrénie», ou encore «bipolarité», pour «réussir à faire la différence entre la personne et sa maladie».

Avec l’APAMM-ESTRIE, Oasis est le seul autre organisme de l’Estrie à aider les proches de personnes vivant avec un trouble mental. Karinka Tremblay ne cache pas que son équipe met les bouchées doubles en ce contexte pandémique où plusieurs familles vivent des troubles anxiogènes. «On est un indispensable, comme le Réseau avant de craquer est un indispensable. N’hésitez pas, appelez-nous, allez chercher de l’aide», dit-elle.

Le Réseau avant de craquer regroupe 41 organismes communautaires venant en aide aux proches de personnes vivant avec la maladie mentale, dont l’organisme Oasis.

Comme le brunch annuel de Oasis n’a pas lieu cette année, et qu’il était l’occasion d’une importante collecte de fonds, l’organisme mettra sur pied un programme de dons sous forme de cartes-cadeaux le 26 octobre prochain. « Souvent, les gens veulent nous aider, mais ils n’ont pas nécessairement les moyens de le faire. Donc, en commandant les cartes-cadeaux, ils n’auront pas à nous donner de l’argent pour nous faire un don. » Il est déjà possible de faire une demande de carte-cadeau et d’information auprès de l’organisme.

Karinka et Jean-Philippe le prônent à l’unisson : malgré la situation et notre volonté à soutenir nos proches lorsqu’ils sont malades, il est essentiel de briser l’isolement, s’entourer des bonnes personnes et prendre du temps pour soi.

L’équipe d’OASIS santé mentale à Granby est composée de cinq personnes qui répondent à environ 800 demandes par année.

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Oasis santé mentale Granby et région

Oasis, mis sur pied en 1988, originellement sous le nom de l’APAMM (Association des parents et amis du malade mental), offre plusieurs services de soutien aux familles, notamment de l’accompagnement pour faire une demande d’évaluation psychiatrique (« J’accours »), en vertu de la loi P-38 qui s’applique pour une personne dont l’état mental présente un danger grave et imminent pour elle-même ou pour autrui.

« On aide au niveau de la rédaction de la demande, au niveau de l’accompagnement, et on évalue aussi si la personne représente un danger immédiat ou imminent, par exemple. Si c’est immédiat, il faut contacter les autorités. Si elle représente un danger éventuel, la requête s’applique. »

En plus de ce service gratuit, Oasis organise des groupes d’entraide pour briser l’isolement, des activités de formation et d’information, des activités de sensibilisation notamment dans les écoles, et des ateliers pour les 7 à 12 ans qui ont un proche atteint de maladie mentale.

La pandémie ne leur permettant pas de faire des activités de groupe et de se promener au maximum entre les classes, certaines activités de sensibilisation se font désormais de façon virtuelle.