Le tailleur Jean Gamache s'apprête à tirer un trait sur une carrière fascinante qui s'est étirée sur près de 60 ans.

Jean Gamache accroche son ruban

Il a « habillé » des politiciens, des animateurs de radio, des avocats et des financiers réputés. Le tailleur granbyen, Jean Gamache, est maintenant prêt à accrocher son ruban à mesurer après une fascinante carrière qui s'est étirée sur près de 60 ans.
Le 1er juin, il fermera sa boutique de la rue Principale qui regorge de souvenirs et entreprendra une nouvelle étape de sa vie, aux côtés de sa fidèle complice et conjointe, Diane Martel, qui l'accompagne depuis plus de 40 ans et s'occupe de la clientèle féminine. 
D'ici là, il s'affaire à répondre à plusieurs de ses clients qui désirent avoir un dernier complet, voire une dernière chemise, du tailleur Gamache. « C'est très émotif­ », a-t-il confié à La Voix de l'Est
« J'ai fait une carrière incroyable, juste avec une septième année du primaire », lance, avec une pointe de fierté, celui qui représente la troisième génération de tailleur dans sa famille. 
Incroyable est sûrement un qualificatif approprié. Car Jean Gamache a eu un accès privilégié à plusieurs personnalités d'ici et d'ailleurs. Ses créations ont entre autres été portées par l'architecte canadien mondialement reconnu, Moshe Safdie, l'ex­-premier ministre Lucien Bouchard, l'animateur Paul Arcand, le journaliste Gérald Fillion, Pierre-Karl Péladeau, les frères Claude et Guy Fournier et, à une autre époque, l'ex-maire de Granby, Pierre-Horace Boivin. 
Amitié
Plusieurs de ses clients sont devenus au fil des ans - et des complets - des amis. C'est entre autres le cas de l'ex-député et chroniqueur radio, le défunt Jean Lapierre. « J'ai commencé à l'habiller quand il est devenu député fédéral à 24 ans et j'ai continué », se souvient-il. 
Jean Lapierre est d'ailleurs un de ceux, avec le couple formé par Claude Fournier et Marie-José Raymond­, qui lui a ouvert les portes de plusieurs firmes d'avocats et de financiers montréalais. 
Deux fois par semaine, le tailleur de 72 ans, toujours tiré à quatre épingles, se rend d'ailleurs encore au centre-ville de Montréal où il fait la tournée de ses clients pour une prise de mesures, des ajustements ou la livraison des vêtements­ demandés. 
Jean Gamache aurait pu quitter Granby pour exercer son art ailleurs. Mais il a choisi de rester dans la maison centenaire de la rue Principale où s'est père s'est installé en 1952 et où se trouvent son atelier, mais aussi ses quartiers personnels, à l'étage.
Il y a travaillé sans relâche et sans compter les heures, six jours par semaine. Il n'a jamais cherché à collectionner les clients « prestigieux », même si ceux-ci l'ont rapidement adopté et fait circuler son nom dans leur cercle. Jean Gamache insiste d'ailleurs sur le fait qu'il compte aussi plusieurs clients qui ne sont pas des personnalités­ publiques. 
Jouer dehors 
Il n'est pas tellement étonnant que le tailleur granbyen ait connu une telle popularité. Son énergie est contagieuse. « J'aime le monde », lance-t-il. S'il a fait ce métier, c'est aussi pour se faire aimer en retour, confie-t-il. Aujourd'hui, il sait qu'il a atteint son but. Et il se réjouit d'avoir rencontré des gens qui l'ont aidé à faire son chemin. « Tout seul, je n'aurais pas été capable. Je suis très timide », dit-il.
Le timide s'est néanmoins éclaté sur scène à quelques reprises à Granby dans le cadre des défunts spectacles de l'Affairistique. Il a entre autres joué le barbier de Séville avec son ami Guy Vincent. « C'est ce qui m'a fait tripper le plus en dehors de mon métier », s'anime-t-il. 
À compter du mois de juin, l'horaire de Jean Gamache sera plus libre, même s'il a décidé de jouer les mentors avec un de ses employés, David Irankunda. Il entend ainsi « jouer dehors », un plaisir qu'il ne s'est pas accordé souvent. Le golf, le vélo et la raquette sur neige l'intéressent. 
Il souhaite aussi aller à la pêche avec un de ses fils, Jean-Sébastien­, qui représente la quatrième génération de tailleur chez les Gamache, alors qu'il a pignon sur la rue St-Hubert, à Montréal. « Et c'est tout un tailleur », affirme son paternel avec fierté.
Une fois son atelier fermé, Jean Gamache agira comme mentor auprès de David Irankunda, à son emploi depuis plus d'un an.
Jouer les mentors
Une fois son atelier fermé, Jean Gamache mettra son expertise au profit de David Irankunda­, un jeune tailleur originaire du Burundi à son emploi depuis plus d'un an. 
Le réputé tailleur granbyen mettra ainsi à sa disposition un espace à l'arrière de son local qui a pignon sur la rue Principale. Détail important : l'espace avant de ce local aura cependant une nouvelle vocation, alors que M. Gamache dit avoir signé un bail. Un nouveau commerce, dont la nature n'est pas précisée à l'heure actuelle, y ouvrira ses portes. « Il (David Irankunda) n'a pas les moyens en partant d'avoir pignon sur rue. Mais je suis fier de le partir. Il n'y a pas d'autre tailleur à Granby. Je vais le présenter aux maisons de tissus, de doublures. Je vais lui ouvrir des portes, lui donner un coup de main », affirme Jean Gamache. 
De longues heures
Son protégé aura ainsi accès à ses patrons et autres accessoires indispensables pour la pratique de son métier.
Les fidèles clients de Jean Gamache qui composeront le numéro de téléphone utilisé par le tailleur depuis des décennies pourront dorénavant faire affaire avec M. Irankunda, résidant de Granby depuis deux ans et père de trois enfants. 
« Je suis tellement content de pouvoir compter sur M. Gamache. J'ai longtemps fait ce métier en Afrique, mais j'ai amélioré beaucoup de choses avec lui », dit le jeune tailleur. 
Jean Gamache affirme que son protégé sait coudre. Et il le fait bien. La seule chose qu'il doit améliorer, c'est sa maîtrise du français. 
Il l'a déjà préparé à faire de longues heures. « Ce métier ne se fait pas plus rapidement qu'à l'époque de mon grand-père. On a les mêmes outils. La seule amélioration qu'il y a eu, c'est le fer à vapeur », dit-il. 
La transition vers la retraite s'effectuera ainsi en douceur pour le tailleur puisqu'il a l'intention de partager les trucs du métier et, pourquoi pas, de venir saluer à l'occasion ses clients et amis, puisqu'il continuera à habiter à l'étage.