Jay Guertin a entamé une nouvelle carrière musicale en Californie depuis quelques mois.

Jay Guertin: d'Adamsville à Los Angeles

Tout un revirement de carrière pour le musicien d’Adamsville Jay Guertin. Après avoir écumé pendant de longues années les bars et les petites salles du Québec, son spectacle Sliver - Tribute to Nirvana attire maintenant des milliers de fans sur la côte ouest américaine.

Jay Guertin est connu de plusieurs dans la région. Son groupe Sliver - Hommage à Nirvana (alors écrit en français) était régulièrement de passage dans les bars locaux. Ces jours-ci, grâce aux hasards du destin et une chance peu commune, le Bromontois a entamé une carrière prometteuse et performe sous la chaleur du soleil californien.  

Le musicien originaire d’Adamsville a mis le cap sur la côte ouest américaine à la fin de 2017. « J’avais fait le tour au Québec, je jouais dans pas mal toutes les villes. Je sentais vraiment que j’étais arrivé à un point où je devais me surpasser », confie-t-il avant de rectifier : « Si tu veux la vraie histoire, j’avais de gros problèmes de consommation et je voulais m’en éloigner ».

Jay est donc parti vers la Californie, sans contacts sur place et encore moins de contrats qui l’attendaient là-bas.

Une sorte de voyage initiatique sur les traces de ses héros Jim Morrison et Kurt Cobain, dont Jay a visité l’ancienne maison comme en témoigne sa chaîne YouTube.

Débuts difficiles

Au début, les choses ne se sont pas vraiment bien déroulées. 

« J’ai couché pendant quatre mois dans mon char, raconte Jay joint au téléphone par La Voix de l’Est alors qu’il se préparait pour un spectacle dans la soirée. Je passais le plus clair de mon temps sur la plage, j’y jouais de la guitare sèche toute la journée et je me lavais dans les douches. »

La plage en question, c’est celle de Venice Beach à Los Angeles, là où Jim Morrison avait vécu quelques mois dans les mêmes conditions que Jay Guertin, un demi-siècle auparavant.  

« C’est vrai que c’est là que ça se passe, mais c’est beaucoup plus dur qu’on le pense ! », lance-t-il. 

Ce fan de Kurt Cobain a tenté par tous les moyens de prendre contact avec des producteurs américains qui auraient pu l’aider à faire quelques spectacles pour gagner sa croûte. 

« Tout le monde vient ici pour percer en musique. Quelqu’un qui pense qu’il a un bon groupe au Québec et qu’il est unique, ben ici des groupes il y en a vraiment beaucoup, pis ils sont vraiment bons. T’écoutes ça pis tu te demandes pourquoi ils ne percent pas en musique. Ben c’est parce qu’il y en a un million d’autres. T’es juste un pion parmi tant d’autres », raconte le musicien.

La ressemblance entre le musicien né à Bromont et le célèbre chanteur de Nirvana est frappante.

Whisky a Go Go

« J’étais vraiment rendu au bout de mon rouleau quand on m’a finalement contacté. Je pensais quitter la semaine suivante », se souvient-il.  

On lui offre une scène, mais compétition entre musiciens oblige, on lui demande de débourser d’avance plusieurs centaines de dollars pour pouvoir y jouer. 

« Je me suis dit : je vais le faire, mais je vais donner tout ce que j’ai », se rappelle Jay Guertin. 

Et les spectateurs ont « capoté », pour employer ses propres termes. Une autre proposition de spectacle a suivie, puis encore une autre. Jay Guertin a finalement engagé des musiciens locaux pour faire vivre son hommage à Nirvana, mais également son propre groupe, Ambrosine, qui fait dans le rock alternatif. 

En se servant de ses nouveaux contacts, dont la veuve du chanteur de Linkin Park Chester Bennington, il a pu performer au prestigieux Whisky a Go Go, la même boîte de nuit qui a accueilli les performances déchaînées des Doors, de Jimi Hendrix, d’Aerosmith ou de Eminem plus récemment.

« J’ai posté une vidéo du concert sur YouTube et ça a juste explosé ! On a encore 8000 vues par semaine. Il n’y a pas un groupe du Québec qui peut faire ça », s’enthousiasme-t-il. La vidéo en question atteint maintenant plus de 132 000 visionnements.

Jay témoigne que sa popularité sur le web se traduit également dans les salles de spectacles. Il entreprend actuellement une tournée qui le mènera de Hollywood à Phoenix en passant par Seattle, San Diego et Tucson. Il remplira des salles de prestige comme le Hard Rock Cafe de Seattle ou le House of Blues de San Diego, « gros comme le Metropolis », tient-il à préciser. 

Retour à Granby

Aujourd’hui, Jay Guertin n’a plus à vivre dans sa voiture. Il a été pris sous l’aile d’une importante compagnie de production qui lui paye une maison en Californie et qui compte bien multiplier les performances du Bromontois au pays de Donald Trump. « J’aurais jamais pensé ça de ma vie ! », s’exclame-t-il.

Pour le moment, il estime que son succès a un effet positif sur sa consommation. 

« Je dois me surveiller davantage, je dois être en forme pour jouer, mais c’est sûr que ça fait depuis que je suis ado que ça dure et que ça n’a pas lâché encore », témoigne-t-il avant d’ajouter:  « Au Québec, je n’étais même pas motivé par la musique. [...] Maintenant je dois être beaucoup plus professionnel. »

« C’est sûr que maintenant, c’est plus ici que ça se passe, mais je vais continuer ma tournée au Québec », précise-t-il.

Il sera de retour à Granby le 20 juillet prochain au cabaret du Chat noir ainsi que le 8 septembre pour un concert à l’église Saint-George's en compagnie de certains de ses musiciens californiens. Suivront une dizaine de performances de l’hommage à Nirvana ou de son nouveau groupe Ambrosine en sol québécois.