«J'ai adoré le travail de députée. C'est pour cette raison que ç'a été difficile de le quitter», admet l'ancienne députée fédérale de Shefford, Diane St-Jacques.

«J'ai adoré le travail de députée»

« L'image que je garde de mes années en politique, c'est une période où tout roulait à 150 milles à l'heure. Et du jour au lendemain, il n'y avait plus rien. »
Diane St-Jacques ne cherche pas à enjoliver la réalité ; les lendemains de défaite ont été difficiles pour l'ancienne députée de Shefford. Et deux fois plutôt qu'une.
Battue par le bloquiste Robert Vincent en 2004, elle a également échoué sa tentative de retour en 2006.
« J'aime aider les gens et là, j'avais l'impression qu'on n'avait plus besoin de moi. Je l'ai vécu un peu comme un rejet », dit-elle sans détour, consciente d'avoir alors perdu certaines personnes plus opportunistes de son entourage. « Mais ce qui est bien, c'est que les vrais amis que j'avais négligés sont revenus. Ils étaient encore là pour moi. »
Pas facile non plus de se retrouver soudainement sans emploi. Après avoir oeuvré un moment en développement touristique, elle s'est tournée vers la philanthropie, un milieu qui lui ressemble et dans lequel elle baigne désormais.
Pour poursuivre sa carrière, Diane St-Jacques a dû quitter Granby - non sans un gros pincement au coeur. Elle vit à Montréal depuis 2010 et y travaille depuis deux ans. Elle s'y plaît bien, heureusement. Marcheuse invétérée, le Jardin botanique est devenu son havre de paix.
« Je suis heureuse dans ma nouvelle vie. Je n'ai pas d'amertume », glisse-t-elle, attablée dans un café de la Rive-Sud. 
De bons moments
Elle ne cache pas cependant que ses années en politique ont été parmi les plus belles de sa vie. « J'ai adoré le travail de députée. C'est pour cette raison que ç'a été difficile de le quitter. C'est un privilège qu'on a d'être élus - à l'époque, on n'était que 306 au Canada. C'est un travail difficile, ce sont de longues heures de travail, mais c'est très valorisant. J'ai l'impression d'avoir contribué, d'avoir participé à ma façon à faire avancer les choses. »
La politique fédérale s'accompagne aussi d'un côté prestigieux qu'elle ne peut nier. Sa fonction lui a permis de faire des rencontres inoubliables, dit-elle, en nommant au passage le Dalaï-Lama, Boutros Boutros-Ghali, la reine d'Angleterre et le Prince Charles.
Le saut en politique, cependant, ne s'est pas fait en criant ciseau. Oui, elle se débrouillait en anglais, oui, elle avait bien pesé le pour et le contre, et oui, elle se sentait prête, mais non, elle n'était pas outillée à 100 %, concède-t-elle aujourd'hui. « On ne peut pas connaître tous les dossiers et ça va vite ! »
Ses patrons l'avaient vite plongée dans le feu de l'action. « Quand je suis arrivée à la Chambre des Communes la première journée, on m'a dit que le lendemain, j'avais un discours de cinq minutes à faire et que je devais répondre à une période de questions bilingues ! », lance celle qui était « one of the guys » à Ottawa. « J'avais ma gang de gars ! »
Transfuge
Invitée à revenir sur son passage des banquettes conservatrices aux libérales, en 2000, Diane St-Jacques affirme qu'à cette époque, cette décision lui apparaissait comme la meilleure. Après mûres consultations et réflexions - et sous l'insistance du tenace ministre libéral de l'époque Denis Coderre -, elle avait quitté le navire de Joe Clark pour sauter dans celui de Jean Chrétien. « Je laissais un groupe que j'aimais beaucoup, Joe Clark en particulier. La veille de l'annonce, je me souviens d'avoir appelé chacun de mes collègues pour leur faire part de ma décision. »
Ses années à Ottawa lui ont permis de faire progresser des dossiers qui lui tenaient à coeur. Elle mentionne entre autres les 15 millions $ accordés au Zoo de Granby, l'indexation de la prestation nationale pour enfants et l'instauration du congé de compassion pour prendre soin d'un proche gravement malade. 
S'il y a une chose, néanmoins, qui lui embue encore le regard, même après toutes ces années, c'est l'expulsion de la famille costaricaine Rojas, qu'elle avait tenté d'aider durant la campagne électorale de 2006. « C'était du bon monde. Je me suis pourtant battue pour qu'ils restent », glisse-t-elle doucement.
Depuis sa défaite, bien de l'eau a coulé sous les ponts. Quand on aborde avec elle le scandale des commandites, Diane St-Jacques assure qu'elle ne se doutait de rien. « Ce que je savais pour les commandites, c'est qu'il fallait passer par une agence pour les normes de qualité, et que l'agence se prenait une cote. Ce qu'on ne savait pas, c'est tout ce qui se passait au-dessus de nos têtes... »
Et le goût de la politique, il est toujours là ? « Non ! J'ai tourné la page. On ne sort jamais la politique de soi, mais ça m'anime beaucoup moins aujourd'hui. Je suis plus détachée, j'ai d'autres priorités », conclut-elle en confiant néanmoins être toujours membre du PLC et bénévole pour la formation à l'occasion.
Son parcours politique
• Élue députée conservatrice de la circonscription fédérale de Shefford en 1997.
• En 2000, elle passe au Parti libéral du Canada.
• La même année, les électeurs la reportent au pouvoir à titre de députée libérale.
• À l'élection de 2004, elle est défaite par le bloquiste Robert Vincent.
• Elle tente un retour en janvier 2006, sans succès, terminant 3e derrière les candidats Robert Vincent et Jean Lambert.