Entre 7h25 et 7h55, seuls cinq écoliers ont traversé l’intersection, à pied, accompagnés de Caroline Massé.

Intersection dangereuse à Saint-Césaire: une rentrée sans brigadier

C’est mercredi matin que les élèves de l’école primaire Saint-Vincent de Saint-Césaire ont repris le chemin des classes. Or, en cette nouvelle année scolaire, certains d’entre eux qui demeurent au nord de la route 112 devront s’armer de patience pour traverser la voie provinciale, à l’angle des rues Vimy et Bouthillier. Il n’y aura en effet aucun brigadier scolaire pour les aider à se rendre à l’école en toute sécurité.

Vendredi dernier, la municipalité a annoncé l’abolition du service de brigadier scolaire à cet endroit dans une lettre publiée sur son site Internet et envoyée aux résidants du secteur concerné. On y invite les enfants du quartier fréquentant l’école primaire Saint-Vincent à prendre l’autobus scolaire.

Dès 6 h 30, mercredi, le conseiller municipal Michel Denicourt était au coin de la rue pour s’assurer que cette première rentrée sans brigadier se déroule sans anicroche.

« Même pour la brigadière, ce n’était pas facile des fois, a-t-il confié. Les gens n’arrêtent pas. Ou bien une voiture s’immobilise, mais pas celle qui arrive dans l’autre sens. »

Entre 7 h 25 et 7 h 55, demi-heure durant laquelle La Voix de l’Est était présente, seuls cinq enfants ont traversé à l’intersection, à pied, les autres étant reconduits en voiture par leurs parents. Ils étaient accompagnés de Caroline Massé.

« On a appris par la Ville qu’il y aurait un service d’autobus, mais ils voulaient continuer d’aller à l’école à pied ! Ils ont été élevés à marcher le matin », a lancé la mère de famille, qui agira à titre de brigadière pour ses protégés en allant les mener à l’école tous les jours, même si cela provoque une réorganisation de sa routine matinale.

Ces enfants devront toutefois manger sur place plutôt qu’à la maison étant donné que le service d’autobus n’est pas offert sur l’heure du midi.

Pas assez sécuritaire pour une brigadière

Selon le maire Guy Benjamin, c’est justement parce que l’intersection est dangereuse que le service de brigadier scolaire y a été aboli. Dans sa lettre, la municipalité invoque « d’importants enjeux au plan de la sécurité piétonnière », « le risque inhérent » à cet endroit et le « faible nombre d’écoliers de Saint-Vincent qui l’empruntaient » pour justifier sa décision.

« On a pris le temps de regarder les choses. Les gens ne font pas toujours leur arrêt à cet endroit lorsque des piétons veulent traverser », note l’élu.

L’économie de quelques milliers de dollars engendrée par cette décision n’est pas ce qui a motivé celle-ci, a tenu à préciser le maire. « C’était loin d’être l’enjeu », affirme-t-il.

La direction de l’école, la commission scolaire des Hautes-Rivières et le comité de parents auraient été avisés de l’intention de la municipalité de ne pas embaucher de brigadier scolaire à cet endroit, une décision prise il y a environ trois semaines, précise en outre l’élu. « Tout le monde semblait d’accord et il n’y a pas eu de levée de boucliers », dit-il.

« On comprend la décision du conseil, a confirmé le président du conseil d’établissement de l’école Saint-Vincent, Yan Verhoef. Ils nous ont fait part de leur intention. L’endroit est mal identifié et nous, on avait déjà fait notre travail, c’est-à-dire de s’assurer que le transport scolaire soit offert aux enfants qui demeurent de ce côté-là de la 112 même s’ils se trouvent à une distance de marche de l’école. »

Déjà, la traverse piétonnière à cette intersection a été réaménagée au fil des années afin de la rendre plus sécuritaire. La largeur de la chaussée a été revue afin d’éviter les dépassements par la droite et pour encourager les automobilistes à ralentir. Des panneaux indiquant une priorité aux piétons sont bien en vue, même au centre de la chaussée. Le marquage a été refait.

La municipalité souhaite pousser le tout encore plus loin en y installant des feux clignotants pouvant être activés par un bouton pressoir. « On attend seulement l’autorisation du ministère des Transports [NDLR : qui a juridiction sur la route numérotée] pour les installer », indique Guy Benjamin.

Déception

Plusieurs ne s’expliquent toutefois pas le choix de la municipalité de se passer d’un brigadier à une intersection jugée dangereuse, à commencer par celle qui occupait cette fonction à cet endroit précis jusqu’à la fin de la dernière année scolaire.

Isabelle Genest s’est présentée sur place, en matinée mercredi, le cœur gros de ne pas pouvoir accompagner ses « coccinelles » et ses « champions » à leur rentrée. « La présence d’un brigadier me semble nécessaire malgré l’ajout à venir de lumières clignotantes. Les parents veulent avoir un brigadier à cet endroit », explique celle qui a choisi de réorienter sa carrière après neuf ans à brandir un panneau d’arrêt.

La décision l’a d’autant plus surprise qu’elle a été annoncée il y a moins d’une semaine. « Je m’inquiète davantage pour les enfants qui pourraient devoir traverser pour aller dîner à la maison », laisse-t-elle tomber.

Selon elle, entre 20 et 30 jeunes traversaient chaque jour, mais moins d’une dizaine se rendaient à l’école Saint-Vincent, les autres étant des élèves de l’école secondaire.

« Fracture »

La déception était aussi clairement perceptible dans la voix de l’instigatrice du mouvement citoyen La sécurité piétonnière à Saint-Césaire, j’y tiens, Nancy Beauregard.

La Césairoise a appris le retrait du brigadier « par hasard, sur le site Internet de la Ville », lundi. Une décision qui a estomaqué celle qui milite depuis 2016 pour un meilleur encadrement des traverses piétonnières dans la municipalité. Elle avait notamment déposé une pétition de 437 signatures et un mémoire détaillant les résultats d’un sondage auquel 162 citoyens avaient pris part. Cela avait mené à diverses mesures, dont le réaménagement de la traverse piétonnière entre la 112 et les rues Vimy et Bouthillier.

Ce printemps, la citoyenne avait recommandé et obtenu du conseil municipal qu’un comité consultatif dédié à la sécurité piétonnière soit mis sur pied.

Mme Beauregard croit que tous les citoyens de Saint-Césaire auraient dû être avisés à l’avance de la fin de ce service qu’elle juge essentiel. « Je n’habite pas dans ce quartier, mais je pense que toute la population aurait dû être avisée. Cette traverse-là était utilisée dans les deux sens, plaide-t-elle. C’est le seul point d‘accès sécurisé pendant les heures scolaires où on peut traverser accompagné. Ça ne fait que marquer davantage la fracture entre les deux côtés de Saint-Césaire. »

La Ville de Saint-Césaire assure qu’elle suivra le dossier de près. Il n’est pas exclu que la situation soit réévaluée un peu plus tard, mentionne le maire Benjamin. « Je peux comprendre l’inquiétude de certains », indique-t-il.