Aucune subvention promise à chacun des 82 projets internet haute vitesse en région annoncés par Ottawa et Québec l’automne dernier n’a été remise.

Internet haute vitesse: les 82 projets en attente

Le projet de déploiement d’un réseau internet haute vitesse dans la MRC Brome-Missisquoi n’est pas le seul en attente de subventions. Aucun des 81 autres projets en région annoncés par Ottawa et Québec l’automne dernier n’a reçu jusqu’ici les montants promis.

Plusieurs projets sont encore au stade de l’analyse par des ingénieurs fédéraux au ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, a appris La Voix de l’Est. Quelques-uns ont été transmis ces dernières semaines aux fonctionnaires provinciaux du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI) où d’autres analyses sont menées. C’est à ce niveau où est rendu le projet de Brome-Missisquoi.

« On est conscient que le délai est long. On est à finaliser la convention financière », explique Guillaume Bérubé, attaché de presse de la ministre Dominique Anglade, titulaire du MESI. « Ça va se signer d’ici la fin du mois », a-t-il affirmé en entrevue jeudi.

La MRC Brome-Missisquoi n’est pas la seule à attendre que les fonctionnaires terminent de vérifier tous les détails de son projet. D’autres MRC se retrouvent dans la même situation, dont celle de Bécancour à qui Ottawa et Québec se sont engagés le 17 novembre dernier à injecter 7 des 15,9 millions de dollars pour doter les 12 municipalités de la région d’une connexion haute vitesse par fibre optique. La ministre Anglade s’est rendue à Bécancour quelques jours plus tard pour annoncer les subsides.

Daniel Béliveau éclate de rire à l’autre bout du fil quand on lui a demandé si la MRC de Bécancour avait reçu une partie des subventions promises. « On les attend encore », a dit le directeur général de la MRC.

Cette situation illustre la lourdeur administrative et le manque de confiance des gouvernements envers la capacité des municipalités et des MRC à mener des projets d’ampleur, opine M. Béliveau. Cette forme de paternalisme doit changer, dit-il.

Le projet de la MRC, assure-t-il, a été longuement pensé et planifié et toutes les données techniques ont été colligées avec soin. « Ce sont des dossiers complexes à analyser, on comprend ça. Mais on a dépensé plus de 800 000 $ seulement en ingénierie pour avoir des données fiables. Pourquoi doit-on tout vérifier à nouveau ? On a la ceinture, les bretelles et on en veut une deuxième paire. C’est trop. »

Une meilleure cohésion entre les programmes fédéral et provincial d’accès à internet haute vitesse est souhaitable pour améliorer la situation, croit M. Béliveau. Il suggère qu’Ottawa cède le leadership des programmes au Québec pour rendre leur fonctionnement plus facile, éviter les analyses qui se recoupent et réduire la période entre l’annonce des subventions et leur arrivée.

Fonds publics
Le fait que des fonds publics soient octroyés explique la minutie des analyses des projets, a dit M. Bérubé. Il ne faut pas y voir un jugement de la qualité du travail de planification des municipalités ou des données fournies, assure-t-il.

Les fonctionnaires doivent vérifier les aspects techniques en plus de s’assurer qu’il n’y a pas de chevauchement avec des zones déjà desservies par un service haute vitesse, a énuméré M. Bérubé. « C’est un processus qui demeure complexe. On le fait avec le fédéral. C’est comme ça que ça fonctionne. Mais on a une bonne collaboration », assure-t-il.

Un deuxième appel de projets pour offrir un accès internet haute vitesse dans les secteurs non desservis est en cours. Des règles pourraient être revues, a laissé entendre l’attaché de presse de la ministre Anglade. « C’est la première fois qu’on avait des programmes du genre. Il y aurait peut-être lieu de modifier le fonctionnement », a-t-il dit.

« Décision audacieuse »
La MRC de Bécancour n’a pas attendu l’analyse des ministères pour procéder. L’organisme a contracté un prêt de 15,9 millions de dollars l’été dernier et a débuté les travaux pour passer la fibre optique sur tout son territoire. Elle a déjà couvert ses 11 plus petites municipalités où plus de 1000 abonnements ont déjà été signés. « C’est une décision audacieuse de nos maires d’y aller comme ça. Mais ils comprennent l’importance pour leurs citoyens d’avoir accès à ce service », a dit M. Béliveau.

Démarrer un projet sans avoir en main les conventions financières signées est une approche risquée, a reconnu le directeur général de la MRC. Certaines des dépenses engagées pourraient ne pas être remboursées par les deux gouvernements. L’enjeu dépasse le risque, a-t-il dit en substance.