L’étude a déterminé que certains des principaux fournisseurs Internet indiquaient publiquement desservir certains rangs et rues du territoire, alors que ceux-ci n’étaient pas, en réalité, desservis par la haute vitesse.

Internet à haute vitesse : le territoire de Rouville mal desservi

Le déploiement d’un réseau de fibre optique dans Rouville permettrait à quelque 4000 ménages supplémentaires de bénéficier d’un accès à Internet haute vitesse, conclut l’étude commandée plus tôt cette année par le conseil des maires, qui indique également que la région est moins bien desservie qu’on ne le croit.

Ladite étude, déposée mercredi soir à la séance régulière de la MRC, a été réalisée par la firme Gestion de projets numériques Lysix pour 15 000 $. Elle détermine que la couverture Internet sur le territoire de la MRC était déficiente et qu’il était difficile de dresser un portrait fidèle de la situation.

« Il est difficile, voire quasiment impossible, d’obtenir de la part des fournisseurs de services Internet leur carte précise de couverture de réseau, que ce soit pour des raisons de confidentialité ou des raisons de politiques internes », écrit le président de Lysix, Mathieu Halle, dans le rapport de 25 pages. Celui-ci indique également que les données détenues par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) étaient incomplètes et peu représentatives de la réalité de la MRC de Rouville.

La firme a donc colligé l’information disponible sur les sites Internet des fournisseurs ainsi que des échanges avec des représentants de ces entreprises et de leur service à la clientèle.

Portrait infidèle

Il en est ressorti, en recoupant les informations obtenues avec une recherche par codes postaux, que certains des principaux fournisseurs indiquaient publiquement desservir certains rangs et rues du territoire, alors que ceux-ci n’avaient pas réellement accès à une connexion haute vitesse. En superposant les données des tests de vitesse effectués sur le terrain par les répondants au sondage, la firme a constaté que l’accès réel à Internet haute vitesse était de loin inférieur à celui que décrit le CRTC.

« Nous constatons que toute la MRC de Rouville est considérée par Vidéotron comme une région non desservie par l’Internet fibre », peut-on lire dans l’étude, alors que « la municipalité de Saint-Paul-d’Abbotsford est qualifiée de collectivité sans transport haute capacité, c’est-à-dire ne disposant pas actuellement d’infrastructures permettant le déploiement d’un accès internet à large bande ».

En outre, en dehors des noyaux plus urbains de la MRC, la couverture haute vitesse est quasi inexistante, particulièrement dans certains secteurs ruraux, indique l’étude.

« Ça vient confirmer nos craintes que la carte du CRTC ne reflète pas la réalité », se désole le préfet Jacques Ladouceur.

Le préfet de la MRC de Rouville, Jacques Ladouceur

L’analyse, qui s’est notamment basée sur les informations fournies par 583 répondants à un sondage mené entre la mi-août et la mi-octobre, a de plus mis en lumière la frustration de certaines personnes qui s’estiment mal desservies, notamment en raison d’un « choix restreint » de fournisseurs et les prix élevés des différents forfaits offerts.

La fibre optique privilégiée

La fibre optique est la seule technologie qui pourrait permettre à la MRC de Rouville d’atteindre ses objectifs en matière de couverture Internet haute vitesse, tranche Lysix. « Nous estimons qu’un maximum de 4022 portes serait positivement impacté par la possibilité d’avoir accès à de l’Internet haute vitesse [avec] un déploiement d’environ 345 kilomètres », indique M. Halle.

Selon les estimations de la firme, qui s’est basée sur plusieurs projets d’implantation réalisés au Canada dans les dernières années, il en coûterait entre 12 500 $ et 20 000 $ par kilomètre pour installer la fibre optique, selon les contraintes géographiques du terrain. Un rapide calcul permet d’estimer à entre 4,14 millions et 6,9 millions de dollars les coûts engendrés par le déploiement de la fibre sur tout le territoire recommandé.

Le préfet de Rouville est toutefois optimiste que le projet serait de moins grande envergure. « 345 km, c’est un estimé. Ce n’est pas nécessairement la distance qu’on devra couvrir. Il y en a peut-être des bouts qui sont déjà filés qu’on n’aurait pas besoin d’installer », commente M. Ladouceur.

Deux modèles

Pour répondre adéquatement à la demande, Lysix propose deux modèles d’affaires à la MRC.

Il lui suggère d’abord de créer un organisme sans but lucratif (OSBL) qui mettrait en place elle-même les infrastructures en fibre optique sur le territoire. Ce faisant, la MRC de Rouville serait propriétaire et responsable de la maintenance de son réseau. La MRC pourrait rentabiliser ses investissements notamment en devenant un relais pour les autres fournisseurs en télécommunications en échange d’une redevance mensuelle.

La firme propose alternativement aux élus de faire affaire avec un sous-traitant en télécommunications, qui bénéficierait déjà de l’expertise nécessaire pour déployer le réseau et l’entretenir. Cela éviterait à la MRC de défrayer la totalité des coûts reliés à l’opération, qui pourrait être réalisée beaucoup plus rapidement et avec des coûts plus compétitifs.

C’est cette avenue que privilégie le conseil des maires, confirme le préfet. « Personne ne souhaite s’embarquer dans un projet d’OSBL, dit-il. Pourquoi dédoubler le travail si quelqu’un l’offre déjà sur notre territoire et qu’il peut nous desservir à titre de client ? »

La MRC entamera sous peu des discussions avec des fournisseurs potentiels pour planifier le tout, a-t-on appris. Cependant, le branchement de Rouville à Internet haute vitesse demeure tributaire d’une aide financière de la part du gouvernement.

« Avec cette étude, on va être prêts à déposer notre dossier s’il y a des appels de projets », indique le préfet Ladouceur.