L'artiste Abraham Poincheval dans sa statue «L'Homme lion»

Un artiste français s’enferme dans une statue pour une semaine

AURIGNAC — L’artiste performeur français Abraham Poincheval, un an après s’être cloîtré dans un rocher au Palais de Tokyo à Paris, s’est enfermé samedi pour vivre une semaine dans l’espace exiguë d’une statue d’homme-lion, reproduction d’une fameuse statuette du paléolithique.

«Ça y est, je suis parti», murmure l’elfe blond de 45 ans, vêtu d’une combinaison polaire bleue.

À quelques minutes de son nouveau «voyage immobile» le performeur, très concentré et entouré de ses deux enfants, se dirige lentement vers la statue de 3,20 mètres de haut, installée dans le parc du musée d’Aurignac, dans le sud-ouest de la France.

Au milieu des applaudissements d’une centaine de personnes, habitants des alentours et officiels, il se contorsionne pour s’insérer dans l’étroit sarcophage sculpté dans du mélèze. Il agite une dernière fois la main et referme sur lui le ventre de la créature.

Abraham Poincheval a reproduit en grand une statuette du paléolithique. «C’est la plus ancienne statue anthropomorphe connue», explique Joëlle Arches, la directrice du musée de l’Aurignacien, spécialisé dans la préhistoire, qui a passé commande à l’artiste marseillais.

L’oeuvre originelle, haute de 32 cm, a été taillée dans une défense de mammouth par les premiers homos sapiens arrivés en Europe.

«Ce lion, c’est une sorte de miroir pour les hommes qui vivaient il y a 30 000 ans», soulignait jeudi le performeur lors de l’installation de L’homme-lion. «C’est la première oeuvre que je fais qui s’attache à une oeuvre existante», avait-il expliqué en préparant son «voyage en capsule», comme il aime appeler ses performances de claustration.

«Voyage en capsule»

Car depuis plusieurs années Abraham Poincheval multiple les expériences d’enfermement. Il a déjà passé huit jours dans un trou sous une pierre d’une tonne (2017) et deux semaines à l’intérieur d’un ours naturalisé (2015).

Il a aussi vécu une semaine «enfermé dans le vide» sur une plate-forme à 20 mètres au-dessus du sol devant la Gare de Lyon (2016) à Paris, ou habité à bord d’une bouteille géante (6 mètres de long) en remontant le Rhône (2015).

Des expériences «iconoclastes», reconnaît le performeur. «Il y a un moment de rupture [dans mes oeuvres], quelque chose d’iconoclaste, en lien avec les ermites. Cassons les repères de notre société, ne nous contentons pas des images qui nous sont données du monde».

Emmuré, empierré, ou enfermé dans un sarcophage d’homme-lion, plongé dans le noir et ne pouvant pratiquement pas bouger, Poincheval affirme ne pas souffrir «des privations sensorielles».

«Vous sentez, au bout d’un moment, que vous êtes dans un autre espace... l’esprit se balade».

«On a choisi un endroit assez beau et derrière le bois il y a des abris sous roche de la période aurignacienne. [Cette statue] c’est comme une sorte de totem, de veilleur», s’enthousiasme Poincheval le rêveur.

Il va passer sept jours et six nuits en lisière de forêt, dans le bruissement d’un ruisseau, pour une sortie prévue le matin du 8 juin.

Cette performance, et l’édification de L’homme-lion pour ce petit musée entre Toulouse et les Pyrénées, s’inscrit dans une commande publique du ministère de la Culture.

«Quand on a vu passer l’appel d’offres du musée d’Aurignac, on s’est dit “c’est pour Abraham”», raconte Lili Laxenaire de l’agence Pièces montées qui a proposé en 2016 à l’artiste de répondre à l’appel d’offres.

Pour la suite, Abraham Poincheval a encore des projets plein la tête, tous plus fous les uns que les autres: il compte rallier Londres en armure, «ce sera une sorte de chevalier errant», dit-il avec un demi-sourire. Et pour 2019, il envisage la construction d’un radeau suspendu à un ballon pour «marcher sur les nuages»!